L’école payante, ethnique et dérogatoire de Mme Le Pen

le-pen-ecoleMarine Le Pen a décidé de lancer l’assaut contre l’école de la République : à l’enseignement public gratuit, laïque et obligatoire, elle entend substituer une école payante, ethnique et dérogatoire. Après les déclarations de sa patronne la veille, Florian Philippot parlant de la scolarisation le confirmait ce 9 janvier sur France-Inter au nom de la « préférence nationale » : « Pour les étrangers en situation légale, on demandera un délai de carence […] Pendant ce délai de carence, il y aura une petite cotisation ».  Où quand la discrimination fait office de nouveau droit.

 Le 8 décembre dernier, Mme Le Pen  déclarait déjà : « Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c’est terminé, c’est la fin de la récréation ! » Avant d’en rajouter : « Je parlais des enfants de clandestins […] Plus de scolarisation des clandestins. Et contribution au système scolaire de la part des étrangers sauf s’ils cotisent en situation légale » Tout juste un mois après, le 8 janvier, considérant sans doute que la répétition est une vertu pédagogique, elle récidivait : « Les travailleurs étrangers devront cotiser quelques années avant de pouvoir accéder au bénéfice de la protection sociale et de la solidarité nationale. J’y inclus l’école publique ».

Interpellé sur le sujet par Léa Salamé, Florian Philippot le confirmait le lendemain au micro en restreignant l’accès à l’école publique et le rendant sous conditions : «Pour tous les Français sans aucun problème ; Pour les étrangers clandestins la question ne se pose pas, puisqu’ils sont clandestins ils n’ont pas vocation à rester en France ; Pour les étrangers en situation légale, on demandera un délai de carence, ça peut être un an, ça peut être deux ans, avant de bénéficier et de rentrer dans le régime général et de la gratuité. Pendant ce délai de carence, il y aura une petite cotisation».

Nous avions déjà noté en décembre en quoi la proposition de Mme Le Pen est régressive en ce qu’elle nie la dimension universelle des droits qui s’attachent à l’enfant. Le droit à l’éducation le considère en tant qu’individu à part entière quand Mme Le Pen le replace sous la tutelle parentale et étend les interdits des uns aux autres. L’éducation ne saurait alors prétendre être une émancipation dès lors qu’elle est d’abord une aliénation des droits. Nous avions également soulevé en quoi la remise en cause du principe de gratuité scolaire a pour corollaire immédiat la fin du principe d’obligation scolaire qui y est consubstantiellement lié depuis les lois Ferry des années 1880. Mais il s’avère qu’ayant ouvert la boîte Pandore, Mme Le Pen, entre deux contradictions, étend déjà les mesures de restriction scolaire qu’elle propose au-delà de ce qu’elle annonçait en décembre.

Ainsi, les précisions de la candidate du FN visaient en fin d’année à circonscrire la fin de la gratuité aux « clandestins ». La mesure était déjà inique, illégale et constituait un délit d’humanité. Trop peu pour Florian Philippot qui balaie déjà ce cas d’un revers de main : « Pour les étrangers clandestins la question ne se pose pas, puisqu’ils sont clandestins ils n’ont pas vocation à rester en France ». C’est donc que la cible n’était pas uniquement ceux-là. Mme Le Pen parlait en décembre de  « contribution au système scolaire de la part des étrangers sauf s’ils cotisent en situation légale ». Un mois après, la même nous dit que « les travailleurs étrangers devront cotiser quelques années », confirmé en cela par son âme damnée Philippot qui ne peut être plus explicite : « Pour les étrangers en situation légale, on demandera un délai de carence ». On est donc passé en un mois des « clandestins », aux « travailleurs étrangers qui ne cotisent pas en situation légale »,  jusqu’aux « étrangers en situation légale » d’aujourd’hui avant qui d’autre demain ? L’abandon de l’égalité est un puits sans fond.

C’est bien que ce sont les fondements de la mesure proposée par Mme Le Pen qui posent problème. Florian Philippot le révèle à son corps défendant : « Tout le monde aura droit à l’éducation mais nous assumons de mettre la priorité nationale dans la constitution ». La priorité nationale redéfinirait le droit. Disant cela, Florian Philippot se rattache à la conception du droit qui circonscrit celui-ci aux « droits de l’homme en société ». Vieille querelle que les réactionnaires font ainsi resurgir pour remettre en cause les « droits naturels » hérités de l’humanisme émancipateur de 1789. La bataille n’est pas que sémantique. La priorité nationale appliquée à la nature humaine est incompatible avec le caractère naturel des droits.

Patrie des Lumières et de l’universalisme républicain, la France arbore depuis plus d’un siècle avec fierté que sur notre sol l’enseignement public est gratuit, laïque et obligatoire. En dévoilant son projet éducatif, Mme Le Pen se met en tête de changer de triptyque : l’école deviendrait payante, ethnique et dérogatoire. Et cesserait d’être française et républicaine en somme.

 

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Un commentaire sur “L’école payante, ethnique et dérogatoire de Mme Le Pen

  1. […] via L’école payante, ethnique et dérogatoire de Mme Le Pen — François Cocq […]

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