La fabrique de l’actualité

francois-lo-presti-afpSi l’actualité ne fait pas l’information, force est de constater que les médias font l’actualité. Mais pas l’information. La couverture médiatique de ce dimanche politique en apporte une illustration éclatante. Revue de presse.

La primaire du PS est moribonde. A quoi bon un candidat PS à la présidentielle pensent de plus en plus de Français. Les médias dominants la maintiennent pourtant sous respiration artificielle en commentant ce qui n’existe pas. Jugez plutôt. A Liévin, Manuel Valls réunissait péniblement 200 cadres et affidés dans une salle de l’hôtel-de-ville. L’événement n’était donc pas dans la dynamique populaire qu’il suscite. Pas davantage dans les annonces qu’il a faites : auto-congratulation pour la politique de l’offre et du CICE, proposition de défiscaliser les heures supplémentaires (que Sarkozy n’y avait-il pensé plus tôt !), mise en place d’un « revenu décent » à 800€, mesure déjà annoncée le … 9 décembre 2016 au lendemain de son entrée en campagne…Tout à l’avenant !

C’est pourtant bien suffisant pour que tous les dits grands quotidiens nationaux se mettent au diapason : «  A Liévin, Valls se pose en candidat du travail et du pouvoir d’achat » titre Le Monde, « Manuel Valls multiplie les appels du pied au peuple de gauche » affiche Les Echos, « A Liévin, Manuel Valls soigne sa gauche et s’inscrit dans les pas de Mitterrand » pour Le Figaro, et encore « A Liévin, Manuel Valls se met dans les pas de Mitterrand » pour La Croix (messieurs dames du Figaro et La Croix, ce n’est pas bien de copier comme ça, fût-ce pour recopier sans réfléchir une dépêche AFP !).

Pour faire bonne figure, au nom du principe d’équité qui leur tient tant à cœur, les bonnes âmes médiatiques font la part belle aux autres protagonistes de la primaire du PS. Le Monde complète son offre publicitaire du jour par un autre article sur Manuel Valls (« Royal juge « difficilement compréhensible » le revirement de Valls sur le 49-3) et un autre sur Benoît Hamon (Benoît Hamon : « Les grands groupes du numérique profitent d’une asymétrie fiscale »). Les Echos font la part belle au même Hamon tandis que Le Figaro consacre lui un encart spécial « Primaire à gauche » (comme si celle-ci ne se réduisait pas de fait à celle du PS !) riche d’un article sur Valls, d’un autre sur Montebourg, d’un troisième sur Hamon, et même d’un autre sur Peillon ; Et comme si cela ne suffisait pas, Valls revient encore mais cette fois dans la rubrique « Politique ». Quant à Libération, le journal éclipse Valls pour mieux lui aussi donner à voir la primaire du PS, rebaptisée comme au Figaro « primaire de la gauche » au nom d’intérêts communs et partagés.

Le mimétisme des teneurs de plume va jusqu’à procéder aux mêmes ellipses. A quelques kilomètres de Liévin, à Tourcoing, c’est un assourdissant silence médiatique qui entoure le déboulé de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise. Que le théâtre de la ville n’y suffise pas et que le candidat soit obligé à une double prise de parole dedans mais aussi dehors pour satisfaire les plus de 600 insoumis qui n’ont pu entrer faute de place pour l’entendre s’exprimer sur la vie au travail et annoncer les futures mesures fiscales et de redistribution des richesses, ne semble constituer ni une actualité, ni une information pour les mêmes journaux que précédemment qui n’ont pas produit le moindre (!) article sur le sujet. La dynamique serait invisibilisée, les propositions étouffées pensent-ils.

Mais la palme revient en la matière au journal de 20h de France 2. Toujours hésitante à choisir entre le PS et Macron, la chaîne est contrainte à une double déferlante pour faire exister l’un et vanter l’autre. Au point de passer complètement sous silence elle aussi la rentrée politique de Jean-Luc Mélenchon. Pas même une mention. Rien. Tout est dit.

Que les médias dominants ne feront-ils pas pour essayer de créer de toute pièce un cadre préétabli, théâtre de marionnettes dans lequel ils pourront tirer les ficelles ? La séquence politique doit selon eux leur permettre de dessiner ce paysage dans lequel ils entendent raconter leur histoire. La primaire du PS est le Kho-Lanta des journalistes, les vrais, qui assument plus facilement en société de se passionner pour les courses de pédalos plutôt que celles en pirogue. Voyez le sondage du jour du JDD. Trois jours après qu’Elabe a sorti un sondage sur les intentions de vote à la primaire du PS, voilà l’IFOP qui cette fois interroge ceux qui n’en demandaient pas tant sur leur « souhaits de victoire ». La question est différente, les résultats le sont aussi, mais voilà comment l’air de ne pas y toucher on entretient une actualité pour éviter qu’elle ne s’évanouisse faute d’en être une. Quant à Emmanuel Macron, il est le pendant de la primaire du PS dans ce beau conte journalistique : il était dimanche soir question du « printemps d’Emmanuel Macron » dans La Croix, tandis que « Macron réussit son début d’année et veut éclipser la primaire de gauche » pour Les Echos, quand « La bulle Macron résiste et inquiète ses adversaires » pour Le Monde. Le story telling n’est pas l’apanage des politiques. Les journalistes en sont passés maîtres non pas pour de l’information mais pour de la création. Le pouvoir n’est décidément pas là où l’on croit.

Dat veniam corvis, vexat censura columbas (La censure pardonne aux corbeaux et accable les colombes) nous enseignait Juvénal, l’auteur des Satires, qui, au tournant du premier siècle, considérait que dans une société corrompue comme celle de l’Empire les scélérats s’en sortent mieux que les honnêtes gens. La recherche d’une expression libre qui permette de s’adresser directement au grand nombre n’est dès lors pas un gadget politique comme l’a bien compris Jean-Luc Mélenchon qui développe le sujet dans sa dernière note de blog. Les cache-cache menteurs de la caste médiatique comme celui de ce dimanche en sont alors réduits à être des épiphénomènes qui fonctionnent en vase clos.

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Un commentaire sur “La fabrique de l’actualité

  1. Lunesoleil dit :

    C’est bluffant ces publicités médiatiques ! Il y a 5 ans au présidentielle 2012, je n’avais pas de télévision, donc exempté de manipulation et c’est vrai que je ressent de plus en plus l’indigestion politicarde.
    Ça en devient fatiguant pour mes neurones… Et bravo à jlm 🏅🏆☂

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