Et pendant ce temps-là, Fillon…

Il n’aura pas fallu 24h pour que retombe le souffle de l’annonce par François Hollande qu’il ne sera pas candidat à sa succession à la présidence de la République. Les déclamations hypocrites du soir vantant « le courage », « la dignité », « le respect » et même pour Manuel Valls « l’affection », ont laissé la place au chaos du matin duquel toute la baronnie du PS cherche déjà à faire émerger un ordre vallsiste. « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère (…) C’est donc quelqu’un des tiens ». Seulement voilà : pendant ce temps-là, François Fillon sort lui les crocs.

L’annonce hollandaise a en effet éclipsé le déplacement le même jour de François Fillon à Chantenay-Villedieu dans la Sarthe. Les annonces qu’y a faites l’ancien premier ministre méritent pourtant qu’on s’y arrête. Car une fois posées, elles sont considérées comme installées par la droite qui n’a cure des atermoiements et de l’inertie des agneaux de la primaire socialiste.

François Fillon annonçait ainsi vouloir « reprendre les privatisations » et que « l’Etat reprenne des capitaux immobilisés dans des entreprises commerciales où il a gardé des participations », exemple de Renault à l’appui. Ce que François Fillon envisage n’est rien moins que prolonger l’aventure portée par son ex-rival de la primaire Alain Juppé qui, en 1996, avait privatisé l’entreprise… Au préalable, la porte avait été ouverte dès 1990 par Michel Rocard, le mentor de Manuel Valls, qui lui avait transformé Renault en société anonyme. Allons bon ! Le remake de 2012 nous aurait été évité pour nous infliger celui des héritiers des années 90 ?

Mais François Fillon ne se contente pas d’être un ultra libéral assumé. Il entend graver sa vision de la société dans le marbre en adaptant notre cadre institutionnel pour qu’il soit le réceptacle d’une telle politique. Pour cela, la parcellisation de l’organisation territoriale républicaine apparaît comme le pendant de l’atomisation sociale qu’il préconise. Après que Manuel Valls eut explosé la République et la démocratie à coup de métropoles, de super-régions et d’intercommunalités conçues pour échapper au regard et au contrôle des citoyens, François Fillon entend en effet mener le projet à son terme en conférant à chacune une large autonomie et en retirant à l’Etat son rôle unificateur : « Je ne veux plus que l’Etat et les préfets aient leur mot à dire sur l’organisation du territoire, fassent des cartes de communautés de communes absurdes ». La loi NOTRe (loi portant nouvelle organisation territoriale de la République) adoptée en 2015 laisse ainsi apparaître sa finalité véritable : le désengagement de l’Etat et la balkanisation de la République en territoires largement autonomes.

La rupture avec l’unité et l’indivisibilité de la République dont l’Etat est  le garant est en effet pour les libéraux le plus sûr moyen pour que le chacun pour soi se décline à l’échelle de notre organisation territoriale. François Fillon ne s’en cache pas : « On peut faire beaucoup d’économies, y compris sur l’emploi public (…) Je veux passer avec les collectivités locales des contrats de cinq ans, dès le début du quinquennat. On met tout : les économies qu’on va continuer à vous demander, la baisse des normes et des contraintes administratives qui pèsent, les charges insupportables (…) On met de la liberté sur la gestion des personnels, on met de la liberté sur votre organisation (…) » Bref l’Etat contractualiserait l’austérité contre moins de droits et des traitements à la baisse pour les agents et le recul du service public. Un modèle perdant-perdant pour les collectivités, les usagers et les administrés.

Pendant que le Landernau du PS en est encore à ramasser les pièces du puzzle, François Fillon avance lui sans coup férir pour volatiliser la République. Sur ce terrain-là aussi, il trouvera fort heureusement Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise qui sont les seuls à s’être prononcés clairement pour l’abrogation de la loi NOTRe et de la réforme territoriale, conscients que le contournement de la souveraineté populaire est toujours le prélude à un vaste coup d’état social.

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