Inertie américaine

trump-clintonTrump a gagné, Clinton a perdu, les médias ne l’avaient pas vu venir, tel est le résumé autorisé de la séquence électorale américaine. Seulement voilà, la cécité préalable des anciens faiseurs d’opinion n’a d’égal que leur aveuglement postérieur. Il faudrait qu’après la psychologisation à outrance des deux candidats durant la campagne, le résultat du vote soit affaire d’affects individuels des électeurs : la colère nous dit-on sur tous les tons ! A refuser de voir le moment populaire qui vient et qui est, le vieux monde finit de s’effondrer dans un entre-soi crépusculaire. Les « Clinton » d’ici et d’ailleurs ne sont d’aucun secours pour s’opposer où que ce soit aux « Trump ».

Des deux côtés de l’Atlantique, les médias ont passé des semaines à dépeindre le profil psychologique de Trump et de Clinton. Il fallait entendre encore la veille de l’élection ces portraits croisés et manichéens diffusés sur les antennes de Radio France pour dépeindre la Belle et la Bête. A l’eau ! Dans un mea culpa ingénu, les médias s’échinent désormais à peindre le portrait psychologique de leurs électeurs. Simpliste. Comme le tableau qu’ils brossent : c’est la colère de chacun qui se traduit dans son bulletin de vote. Et les mêmes de s’échiner à comprendre pourquoi là les femmes ne se sont pas plus détournées de Trump, pourquoi les déclassés ne lui ont pas fait barrage, pourquoi telle ou telle communauté n’a pas suivi son intérêt catégoriel supposé… En individualisant la recherche de la compréhension des phénomènes à l’oeuvre, les bien-pensants passent une fois encore à côté du phénomène : la dynamique qui agrège les gens par un mouvement populaire magmatique dont les élections représentent désormais des éruptions.

Ce ne sont donc pas tant les conditions de l’atomisation qui sont en cause que l’atomisation elle-même. Elle génère désormais en retour sa propre réponse insoumise qui est une puissance dynamique. Aux Etats-Unis d’Amérique, celle-ci s’est retrouvée derrière le drapeau de la droite populaire faute d’avoir pu bénéficier du cadre d’expression naturel qu’elle avait commencé à soulever avec Bernie Sanders avant qu’il soit étouffé par l’establishment. La droite populaire a mobilisé les siens autant qu’elle le pouvait au regard du personnage qui portait ses couleurs, en retrouvant les mêmes étiages (voire même un peu en dessous) qu’en 2012 et 2008 (je vous renvoie aux chiffres dans l’analyse détaillée que fournit sur son blog Alexis Corbière). Par contre, Mme Clinton a de son côté vu son électorat fondre de 10 millions de voix (!) par rapport à 2008, et encore 7 millions par rapport à Obama 2012. Le mouvement populaire s’est clairement détourné de sa candidature. Il se démobilise  tandis que la droite populaire elle se mobilise.

En cela, la victoire de Trump et la défaite de Clinton sont pareillement le fruit d’une absence de mouvement populaire. Aveugles hier, fous aujourd’hui ceux qui prennent le risque de briser des effets dynamiques pour tenter d’y substituer, non plus de gré mais désormais de force comme l’ont prouvé tous les trucages de la primaire démocrate américaine, l’impuissance de l’inertie des cadres oligarchiques traditionnels. Les médias participent de ce jeu mortifère en diabolisant ceux qui peuvent incarner face à tous les Trump du monde un tel mouvement. Les responsables politiques voudraient eux conjurer l’évidence et organiser le nouveau monde avec les lois de l’ancien : les primaires accommodées à toutes les sauces leur servent de paravent quand bien même leur logique intrinsèque est déjà un amortisseur pour lisser les représentations et donc inhiber les dynamiques. Derrière le paravent, la démocratie est nue.

Qui ne voit pas que les les Clinton étatsuniens  ont leurs déclinaisons chez nous. Là leur disciple historique, François Hollande, le porteur d’eau dans les années 80 de la révolution libérale des démocrates au sein du PS ; plus loin Arnaud Montebourg, collègue Young leader du précédent, pareillement pouponné par la French American Fondation ; Emmanuel Macron encore, celui-là même qui comme Madame Clinton fait du carrefour avec la finance le giratoire stratégique ; Nicolas Sarkozy qui concourt au prix de Masterchef avec cette dernière pour le nombre de casseroles qu’il traîne par derrière et par devant lui ; Alain Juppé bien sûr, celui qui représente un pis-aller pour tous mais un choix pour personne et qui n’est donc qu’une bulle spéculative de la politique que dégonflerait le premier Trump venu.

Aucun de ceux-là ne peut prétendre à être un rempart parce qu’ils sont justement l’objet en réponse duquel s’agrège le mouvement populaire dans une réaction d’insoumission. Les bergers des Clintons peuvent dès lors bien s’emporter comme Jean-Christophe Cambadélis qui use de ficelles grosses comme des cordes pour, prenant appui sur la victoire de Donald Trump, essayer d’envoyer paître tout le monde dans le champ du Parti socialiste. Mais Jean-Christophe Cambadélis se trompe sur toute la ligne : la primaire démocrate et l’intégration de Bernie Sanders ont tué l’élan populaire qu’il avait suscité autour de lui et de son action tant est si bien que tous sont aujourd’hui perdants. Les dynamiques ne s’acquièrent pas par ingestion, elles se propagent par diffusion. Alors plutôt que de babiller sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon et le projet et le programme d’insoumission qu’il incarne et de les considérer comme des « enfantillages », le Premier secrétaire du PS devrait faire preuve de plus de clairvoyance et de lucidité pour s’apercevoir, avant le désastre, que cette candidature est au contraire la seule à même d’inspirer un vote de raison au coeur du mouvement populaire. Et qu’en cela elle est déjà devenue le seul vote utile parce que dynamique.

10 commentaires sur “Inertie américaine

  1. Boudine Jean-Pierre dit :

    « Bernie Sanders avant qu’il soit cornaqué par l’establishment. »
    Cornaqué veut dire dirigé.Tu as voulu dire « avant qu’il ne soit écarté par l’establishment. »
    En effet, leSanders ‘s bashing s’est avéré être de la propagande pour Trump, tout comme chez nous, le Mélenchon’s bashing relève de la propagande Le Pen, on le voit bien. TSM signifie : y compris Le Pen.

  2. Ricardo dit :

    Les américains avaient le choix entre Picsou ou Donald , îl ont choisis Donald Picsou
    !

  3. Ricardo.villanova31@gmail.com dit :

    Tout ce « beau » monde des importants se retrouvera dans quelques mois dans un sommet type G20 ou Davos , bras dessus bras dessous et j’espère sans représentant francais si Jean Luc est élu !

  4. JANCAP dit :

    Je ne supporte pas le terme « droite populaire » attribué à Trump car il ne représente pas la réalité. Par définition, il n’existe pas de droite populaire.
    Trump et ses équivalents en Europe représentent un fascisme littéral qui fait du populisme pour s’attirer les faveurs du « petit peuple » défavorisé, afin d’arriver au pouvoir par les élections et imposer une vision machiavélique de la société, avant de l’organiser de manière autoritaire, avec son nécessaire ennemi intérieur qui servira de catharsis pour une société basée sur le culte du chef et l’institutionnalisation des inégalités, mâtinées de charité.

    Historiquement, quand les Gauches trahissent ou désespèrent les Peuples, elles provoquent une montée des extrêmes droites fascistes et populistes, parfois jusqu’au pouvoir par les urnes, comme dans l’Europe de la première moitié du XXème siècle.
    Dans les USA de 2016, la représentante du néolibéralisme mafieux d’une mondialisation qui broie les peuples a provoqué un phénomène de rejet tel qu’il a favorisé l’élection d’un fasciste populiste, en l’absence cruelle d’alternative humaniste et progressiste. Ne doutons pas que les néoconservateurs américains sauront calmer Trump, pour rendre sa présidence acceptable dans la forme.

    L’élection de Trump n’est vraiment pas une bonne nouvelle pour les Peuples des USA, de France et d’Europe…
    En France, la Gauche véritable, émiettée, sourde et aveugle, minée par ses ego, porte la très lourde et redoutable responsabilité de préparer le retour d’une droite dure ou même l’émergence d’un fascisme, représenté par le loup déguisé en grand-mère, en la personne de Marine Le Pen. 2017 peut être un virage périlleux dont la Gauche française portera la responsabilité devant l’Histoire. En novembre 2016, croyons encore à son réveil…

    • Ricardo dit :

      Le PS et le PCF devraient arrêter leurs  » enfantillages » et renoncer à présenter un candidat et se rallier sans attendre à la France insoumise.😉

      • JANCAP dit :

        Vous imaginez, « se rallier » à la France insoumise ? Se rallier au Chef, au Sauveur suprême,à celui qui a raison contre tous, étendard au vent et suivre son panache blanc ?
        C’est quoi cette conception de la Gauche qui renouerait avec le culte du chef ? L’aventure du « socialisme réel » autour de Lénine et Staline ne vous suffit pas ? Je n’aurai pas la cruauté d’évoquer d’autres exemples actuels ou de l’Histoire contemporaine qui, sous le vocable de « Gauche » ou « révolutionnaire », ont coûté si cher aux Peuples.

        Les aventures solitaires, même généreuses, ne sont pas du goût des humanistes et progressistes français. Profitons de ce qu’il nous reste comme liberté et démocratie pour nous respecter, débattre en commun sans taxer les autres « d’enfantillages », tout en refusant les incantations des exaltés qui partent au combat comme Don Quichotte.
        Débattons autour de nos idées et propositions, pour trouver des accords et non des compromis, et nous mettre collectivement au service du Peuple de France.

        Si la Gauche française est en miettes et désespère nos concitoyens, c’est bien à cause de l’ego surdimensionné de ses candidats déclarés, qui de Mélenchon à Montebourg, en passant par Hamon, Liéneman, Jadot et autres Filoche, ne pensent qu’à leur petit destin personnel et non au Peuple et à la France. Ils avaient le temps de débattre pour rassembler. Il ont préféré soigner leur carrière, pour avoir leur nom dans les livres d’Histoire. Pitoyable, dérisoire et inutile…

        « Il n’est pas de sauveurs suprêmes
        Ni Dieu, ni César, ni Tribun,
        Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes
        Décrétons le salut commun.
        Pour que le voleur rende gorge,
        Pour tirer l’esprit du cachot,
        Soufflons nous-mêmes notre forge,
        Battons le fer tant qu’il est chaud. »
        (2ème couplet de l’Internationale »)

      • Ricardo dit :

        Ça y est vous avez fini votre tirade ?
        Vous êtes un bien mauvais acteur dans une mauvaise pièce !
        Vous écrivez « Profitons de ce qu’il nous reste comme liberté et démocratie pour nous respecter, débattre en commun sans taxer les autres « d’enfantillages « .
        Si vous suiviez l’actualité vous sauriez que le terme enfantillage à été utilisé par Jean Christophe Cambadelis après le défaite de H.Clinton pour essayer de rallier au panache du PS tout ce qui n’est pas libéral et réellement de gauche, Mais là mayonnaise ne prend plus , après 4 ans de pouvoir absolu du PS on voit le résultat . Alors vos leçons de moralité politique vous vous les gardez ! La France insoumise n’a pas de leçons à recevoir et nous ne soumettrons jamais au dictat du PS , le coup du vote utile et de l’épouvantail FN on le connaît par cœur. Ce que vous n’avez peut être pas encore saisi c’est que en 2017 le vote utile c’est JLM.
        On vous laisse ramer tout seul mon vieux !
        Pensez ce que vous voulez nous on avance sans tenir compte des blablas des uns et des autres !

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