Débat mérite raison

urrneLa conférence nationale du PCF a voté ce samedi 5 novembre. Elle a privilégié pour la présidentielle le choix d’une candidature communiste au rassemblement avec Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise. Tout en votant à côté de cela une résolution faisant du « rassemblement » son « fil conducteur », selon les termes de son secrétaire national Pierre Laurent. Dont acte donc. Il est pour autant permis de s’interroger sur le sens et donc le genre de décision dont il s’agit là.

Je me le permets car celles et ceux qui sont engagés dans la France Insoumise sont intéressés au résultat, quel qu’il soit. De longue date en campagne et sur le terrain pour se confronter à la droite et à l’extrême-droite, ils doivent en effet gérer au mieux les atermoiements, les croche-pieds et les rebuffades de la direction du PCF et les dépasser pour continuer à amplifier la dynamique autour de la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Les décisions adoptées ce week-end par le PCF méritent donc de leur part quelque attention et un examen factuel de manière à pouvoir continuer à accomplir au mieux leur tâche.

N’en déplaise à Pierre Laurent, le fil conducteur de la résolution du PCF n’est pas le rassemblement mais la centralité accordée à la primaire du Parti Socialiste. En effet, quel que soit l’option retenue dans la résolution qui a été adoptée, celle-ci est renvoyée au résultat de la dite primaire. L’option 1 (candidature Mélenchon) est placée sous la tutelle d’un « tout en poursuivant leurs efforts pour une candidature commune ». Pierre Laurent était plus précis encore le jour même du vote sur les antennes de RTL : « [La victoire de Montebourg à la primaire du PS] serait un évènement tout à fait nouveau. Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg devraient alors discuter ensemble ». Autrement dit l’élément qui déclencherait le rassemblement suggéré serait la primaire du PS. C’est donc elle qui dicterait le calendrier. Mais en se plaçant dans une telle configuration où l’attente d’une victoire Montebourg n’est pas un élément supplémentaire de discussion mais un point de départ, qui ne voit pas que ce qui est dessiné en creux est le fait de mettre au pas la candidature Mélenchon, et donc dans ce cas celle ces communistes avec, et de la placer sous la bannière de l’ancien ministre de Manuel Valls et François Hollande ?

Il n’en est pas autrement si c’est l’option 2 (candidature PCF) qui l’emporte : « cette candidature pourrait, si la situation l’exige, sur la base d’un accord politique et après consultation des adhérent-e-s, se retirer au profit d’une candidature commune d’alternative à l’austérité telle que nous le proposons ». Pourquoi le Parti communiste s’auto-limite-t-il de la sorte en rendant chacune de ses décisions dépendante du PS ? Quand cessera donc ce syndrome de Stockholm qui le paralyse ? Car assujettir aujourd’hui encore sa décision au calendrier de la primaire socialiste, c’est entériner l’idée que le PCF restera dans le giron du PS.

Logiquement, le calendrier en découle. Si la résolution fait ainsi état de « s’engager sans attendre autour d’une candidature », c’est pour mieux préciser « Cet engagement n’est pas le terme de nos efforts de rassemblement ». Et le texte de ne fixer désormais aucune limite, pour « continuer d’agir jusqu’au bout pour parvenir à une telle candidature commune,[tendre] la main et [poursuivre] le dialogue avec toutes ces forces jusqu’au dépôt des candidatures à l’élection présidentielle, pendant et au-delà des échéances de 2017.» Vous avez bien lu : le calendrier ne court plus « seulement » jusqu’à la primaire du PS du 29 janvier mais désormais jusqu’à la mi-mars. Voilà donc un texte qui proclame d’un côté entrer en campagne, mais qui de l’autre empêche d’exister la candidature qu’elle est sensée promouvoir ! Notez d’ailleurs que cette immobilisation atteindrait aussi bien une candidature Mélenchon qu’une candidature communiste, en la suspendant jusqu’au bout à un éventuel désistement. Allez donc faire campagne avec une telle perspective et un tel boulet accroché aux pieds ! Et comme le ridicule ne tue pas, notons que, alors même que la phrase traite de la désignation du candidat, il est question du « pendant et au-delà des échéances de 2017 ». Tout cela n’est donc pas sérieux.

Les bases programmatiques ont-elles alors été débattues avec plus de rationalité ? Ce travail comparatif minutieux a-t-il été effectué pour jauger de L’avenir en commun, le programme de La France Insoumise qui, issu de l’Humain d’abord, reprend 80% des conclusions de la consultation Que demande le peuple lancée cet été par le PCF ? Ou alors les perspectives d’un travail commun avec Arnaud Montebourg, puisqu’il s’agit bien de lui sur lequel lorgne la direction du PCF, ont-elles été mises en regard ? Si oui sur quelles bases ? Celles d’un programme commun comme en 81 ? Où est-il ? Celles de simples accords programmatiques ? Et si oui lesquels ? Ceux issus des propositions exprimées par Arnaud Montebourg dans le JDD le dimanche qui a précédé la conférence, quand le candidat PS refusait toute augmentation du smic et des salaires sauf à les lier à un impossible accord européen, ou lorsqu’il proposait un code du travail spécifique pour les PME négocié branche par branche ? Ou est-ce la privatisation qu’il souhaite engager du parc HLM qui attire à ce point les communistes ? Car qu’une candidature issue du parti communiste soit considérée plus pure au regard de la doxa du parti que la candidature Mélenchon, cela peut s’entendre. Mais enfin si cette candidature a vocation à s’effacer derrière une candidature issue de la primaire du PS, le fond mérite sans doute d’être examiné avec un tant soit peu de précision non ?

La charte proposée par la France Insoumise a également suscité nombre de réactions de rejets. Pour autant, beaucoup de ce qui a été entendu relevait de la propagande malveillante appuyée sur des medias qui ont tout au long des dernières heures ont cherché à envenimer les débats en colportant de fausses informations. Ainsi, l’article du Figaro faisant état que « les aspirants députés devront affirmer, par la ratification de ce texte, leur soutien sans appel au candidat de la présidentielle, une adhésion à son programme l’Avenir en commun, le versement d’une cotisation à l’association de financement de la France insoumise et l’engagement de reconnaître les assemblées citoyennes locales » a été largement relayé et commenté lors de la conférence. Mais chacun jugera qu’une telle description n’a rien à voir avec le document mis en ligne en amont de la conférence par la France Insoumise. La discussion mérite mieux que des caricatures.

Il y a eu beaucoup de passionnel ce week-end. En amont de la votation, mais aussi après quand les dirigeants ont cherché à masquer la crise suscitée par ce vote en se servant de Jean-Luc Mélenchon comme d’un défouloir et en espérant que la cristallisation fasse oublier le reste. Ce n’est pas raisonnable. Ce n’est pas raisonnable, à moins de craindre le changement et la transformation radicale de la société, de chercher à affaiblir notre camp, celui de la Raison avec un grand R, au moment même où cette perspective est enfin à portée de main et où nous sommes en passe de le positionner aux avant-postes pour devenir le vote utile pour battre la droite et l’extrême-droite. Certains en ont déjà tiré les conséquences, au nom de cette même raison. Ainsi, ce lundi dans Le Parisien Christian Favier, président PCF du conseil départemental du Val-de-Marne et sénateur lâchait : « A l’évidence, Jean-Luc Mélenchon est un candidat bien inscrit dans le paysage. La position de raison, c’est de lui apporter un soutien tout en apportant dans la campagne nos propres propositions. ». La raison est nécessaire pour que le résultat du vote des 24, 25 et 26 novembre, quel qu’il soit, puisse être entendu et compris de tous au-delà des seuls adhérents du PCF.

10 commentaires sur “Débat mérite raison

  1. BRETON Daniel dit :

    Excellente analyse ! Trés vrai le PC pose un réel problème .

  2. danielle m . dit :

    Le comportement des cadres du pc est gravissime .Leur gestion de boutiquier passe avant l’intérêt de tous ,à commencé par celui leurs sympathisants .
    Ils s’honoreraient à reconnaître que l’analyse de Jean -Luc était la bonne .
    Ils amplifient l’image désastreuse que les partis donnent sans vergogne de la politique .
    Nous sommes de plus en plus nombreux à respecter Jean-Luc pour la constance avec laquelle il a porté ses idées et donc les nôtres , contre vents et marées .

  3. Ricardo dit :

    Excellente analyse François , comme d’habitude .
    Je n’arrive pas à savoir qui sont les délégué-es qui ont votés le week end dernier et comment ils ont été sélectionnés et sur quels critères ?
    Comment se passe le vote votent ldes militants ? Un vieux communiste avec qui je suis en campagne pour la France insoumise (collage , tractage , réunion en groupe d’appuis ) m’expliquait que lors du dernier vote de son parti, moi je suis PG, que son secrétaire de section à refuser de faire le dépouillement devant les adhérents (cela parait irréaliste , mais je lui fait entièrement confiance ) , il voulait dépouillait seul chez lui , ils en sont presque arrivés aux mains. mon camarade à finalement obtenu satisfaction grâce à l’intervention d’autre militants.

  4. A force de vouloir courir plusieurs lièvres à la fois, penser bénéficier du beurre et de l’argent du beurre, le PCF pourrait très bien perdre bien plus que ce qu’il espérait gagner.

    Au lieu de s’attacher à contester la couleur de la cravate du candidat des Insoumis, sachant qu’il n’en porte pas la plus part du temps, il serait sans doute un peu plus utile à regarder ce qui nous différencie dans nos deux programmes respectifs. Ce n’est sans doute pas ce qui les intéresse le plus en ce moment.

    En attendant le vote des militants et sauf à ce qu’ils désavouent les cadres du parti, tout est possible, on peut s’attendre à un redoublement des coups de pieds en vache à notre égard.

    Comme François Cocq le démontre, le PCF est toujours dans la perspective d’une alliance avec le PS à la présidentielle. Il pourrait en être autant aux législatives, peut être même dès le premier tour en fonction du résultat . On ne sait pas quelle forme prendra cette alliance mais, depuis de nombreux mois déjà, elle avait fait l’objet d’une décision stratégique de la part du parti communiste. A ce stade, seule la dynamique de la candidature de Jean-Luc Mélenchon et le désaveux de la politique du PS et de ses dirigeants ont empêché que cet accord se réalise.

    Les militants ont le choix entre deux propositions qui peuvent se résumer à : proposition 1- candidat Jean-Luc Mélenchon mais qui pourrait en être un autre selon le résultat de la primaire socialiste et une seconde alternative, la proposition 2 -: candidat PCF mais qui est également suspendue à un accord avec un éventuel autre partenaire. Il s’agit bien évidemment du PS et de Montebourg qui pourrait faire l’affaire.

    Le PCF est toujours dans l’entre deux et l’on peut se demander pourquoi faire voter les militants si c’est pour décider au final qu’une alternative, qui ne serait ni Jean-Luc Mélenchon ni un candidat estampillé PCF, est possible si ce n’est espérée.

    C’est du grand n’importe quoi. Il va bien lui falloir qu’il choisisse. On peut penser qu’il n’en sera rien avant le résultat de la primaire du PS.

    150 000 soutiens à la candidature de Jean-Luc Mélenchon à ce jour. Tout le monde est le bienvenu, membre d’un parti ou pas. La campagne électorale n’est pas un long fleuve tranquille comme on le voit. L’essentiel est battre la droite et faire reculer l’extrême droite. En 2017, le seul vote utile, est le vote Jean-Luc Mélenchon

  5. Pat dit :

    100% d’accord avec ton analyse.
    Au demeurant, je pense que nous devons tout faire pour que les adhérents PCF (ceux qui ne sont pas encore convaincus du bien-fondé de la candidature de JLM) ne se sentent pas rejetés ou négligés, même s’ils ne représentent quasiment rien du corps électoral. La contre-propagande qu’ils pourraient produire (sur les réseaux sociaux notamment) serait, quoi qu’il en soit, néfaste.
    Il vaut donc mieux les accompagner avec gentillesse dans une démarche d’auto-détermination et d’émancipation de la voix officielle.

  6. Ricardo dit :

    « Il vaut donc mieux les accompagner avec gentillesse  »
     » même s’il ne représente quasiment rien du corps électoral  » parce que ça c’est une gentillesse ! lol
    Chassaigne ne nous épargne pas !
    Tout le monde à bien compris que les dirigeants du PCF sont le cheval de Troie du PS pour « récupérer » les voix contestataires du 1er tour et les leurs apportaient sur un plateau au second , en échange de quelques postes ici et là . C’est ça le deal entre eux !

  7. JANCAP dit :

    Seul, un candidat unique de la Gauche réunie peut arriver au second tour de la présidentielle, pour l’emporter et générer une Assemblée Nationale à majorité de Gauche (véritable) en 2017.
    Pour cela, trois conditions :
    – que Montebourg se déclare candidat véritablement de Gauche, en cessant ses petites manœuvres à la lisière du néolibéralisme, pour ratisser large dans le PS;
    – négociations France Insoumise, Parti de Gauche, PCF et Gauche du PS, pour établir un programme humaniste, écologiste et progressiste auquel adhérera également le Peuple des abstentionnistes de Gauche et les égarés vers le FN. Faire renaître l’espoir;
    – négociations Mélenchon Montebourg pour convenir d’un candidat unique de la Gauche réunie, en sachant dépasser l’ego surdimensionné des deux candidats et penser à l’intérêt du Peuple de France.

    Toute autre solution est vouée à l’échec assuré, soutien du PCF ou pas à Mélenchon. Au mieux, la droite dure sera élue. Au pire, le loup déguisé en grand-mère Marine Le Pen sera élue présidente de la République, pour peu que le Peuple déboussolé se mette en colère comme aux USA.

    • BRETON Daniel dit :

      Oui ! » un candidat de la gauche réunie » , le classique !,le blablabla ! de ceux qui veulent tout changer pour que rien ne change . Tout sauf ( sous entendu ,sans le désigner luiseul ) Mélenchon parce que lui a un égo surdimentionné ?….. etc . Q
      ue fait on alors ? on recommence avec « les pareils aux mêmes  » les salades les magouilles ……Ces histoires là il faut les raconter à d’autres .Ne nous laissons pas prendre à ce jeu là .Mélenchon est le candidat IDOINE pour 2017 qu’en bien même cela en emmer..rer beaucoup d’autres.

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