Du débat à l’intoxication médiatique : l’effet primaire

primaire-droiteJeudi 13 octobre, TF1 organisait en grande pompe le premier débat de la primaire de droite. Ce devait être LE grand rendez-vous que les françaises et les français n’auraient raté pour rien au monde. Le matin même, France-Info révélait ainsi un sondage Odoxa affirmant que plus d’un tiers des français avait l’intention de suivre l’émission télévisée. Seulement voilà, le monde cathodique a la mémoire courte, les mêmes étant en train de se féliciter le lendemain d’une audience de… 5,6 millions de téléspectateurs. Au final l’émission est ramenée à ce qu’elle est : un programme de divertissement télévisé qui a pour seul objet d’entériner la pensée dominante tout en faisant mieux à l’audimat que les chaînes concurrentes.

Dans le détail, le sondage Odoxa prévoyait donc que 35% des français avaient l’intention de regarder l’émission. Même ramené au corps électoral (environ 45 millions de personnes), cela aurait donc supposé que 15,75 millions de personnes se trouvent devant leur écran. A peine le tiers était pourtant présent au rendez-vous. En survendant l’émission, le monde médiatico politique a révélé son rôle dans la fabrique de l’opinion. En annonçant à cor et à cri LE « grand débat » alors-même que celui-ci n’a pas soulevé la passion des foules, l’establishment a fait miroiter une participation massive à la primaire que tout dément pourtant mais qui sert les intérêts de son champion désigné, en l’occurrence Alain Juppé.

La victoire de celui-ci est en effet présentée à coups de sondages comme inéluctable depuis des semaines dès lors que le taux de participation à la primaire serait élevé. Il fallait donc que le débat télévisé crée lui-même cet appel d’air. Et à défaut ne serait-ce que de brise, il fallait souffler dans les voiles en faisant du débat le grand rendez-vous. Imaginez un peu : tout doit être fait pour conforter les études le donnant vainqueur mais réalisées sur la base de 3 millions de votants. Il faudrait pourtant que plus d’un téléspectateur sur deux aille se muer en électeur. Patatras.

Le ping-pong médiatique qui a accompagné en amont et en aval le débat a nourri l’orgie désinformationnelle. Chacun y est allé de son propre débat sur le débat, de son propre sondage en temps réel ou sortie de l’émission, chacun a traduit en pratique la modélisation du paysage politique dont les sachants cathodiques se sont fait les chantres. Ils n’ont d’ailleurs pas attendu. Dans un registre très anglo-saxon, il fallait dès la sortie de l’émission donner un vainqueur. Peu importe sur quoi, sur quelles bases. Immanquablement, le favori des sondages récupérait la mise. Et peu importe si Sarkozy était jugé « plus convaincant » que Juppé dans une autre étude, l’objet du débat n’était pas de l’être. Voilà qui renvoie le principe même des primaire et le spectacle qu’elles suscitent à l’affaissement du politique en tant qu’objet de dispute intellectuel et idéologique. Le paraître fait disparaître la conviction et l’engagement. Les débats ont d’ailleurs retranscrit cet état d’esprit avec une « course à l’échalotte » surréaliste à qui serait le plus libéral, le plus droitier, le plus conservateur…

Peu nous importe au final ce qui ressortira de la primaire de la droite. Mais l’exercice en révèle beaucoup sur le principe des primaires lui-même. Rien il est vrai qu’Alexis Corbières n’ait diagnostiqué dans son livre « Le piège des primaires ». Celles du Parti Socialiste passeront demain sous les mêmes fourches caudines que celles de la droite.

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