Macron : sortie de route

Macron HollandeEmmanuel Macron tenait mardi 11 octobre au Mans le deuxième de ses trois prétendus rendez-vous de « diagnostic ». Si l’ex-ministre refuse d’endosser un programme, ses constats tiennent pourtant déjà de la feuille de route : « La première cause profonde du chômage, c’est notre modèle de protection sociale et son financement » a-t-il ainsi lancé. En rejetant la responsabilité du chômage sur les salariés et sur le lien social qui les unit, Emmanuel Macron ne se contente pas d’assumer sans ambages son néo-libéralisme, il déconstruit l’idée même de collectif humain au profit du culte de l’individualisme. Sortie de route.

« La première cause profonde du chômage, c’est notre modèle de protection sociale et son financement. […] La deuxième, cause du chômage français, ce sont les normes : trop rigides, trop nombreuses, trop instables ». En abordant d’un côté la protection sociale et de l’autre la régulation (ou la dérégulation en l’occurrence) du marché du travail, Emmanuel Macron s’en prend dans son ensemble à ce qu’il est convenu d’appeler notre « modèle social ». Sans surprise, sur le deuxième aspect, l’ex ministre qui s’est fraîchement auto-exfiltré du gouvernement pour cause d’ambitions personnelles, revendique son néolibéralisme. Il dénonce ainsi les normes qui régissent le droit du travail, considérant qu’« elles apparaissent comme des boucliers mais se révèlent des murailles ».  Eminence grise de la loi El Khomri de sinistre mémoire qui introduit l’inversion des normes, il persiste et signe : « J’assume totalement le principe d’inversion des normes. Il faut transférer la fabrication des normes aux branches et aux entreprises ». Il n’y a donc rien à attendre de ce côté, Emmanuel Macron est un néolibéral qui s’assume.

L’élément nouveau provient de la responsabilité première, la culpabilité même, qu’accorde Emmanuel Macron à notre modèle de protection sociale. Entendons-nous : la protection sociale est l’ensemble des mécanismes de prévoyance collective qui permettent aux individus ou aux ménages de faire face financièrement aux conséquences des risques sociaux, c’est à dire aux situations pouvant provoquer une baisse des ressources ou une hausse des dépenses. La protection sociale a donc à la fois des objectifs matériels et sociaux (réduire l’inégalité dans les risques de la vie et assurer aux individus un minimum de revenus leur permettant d’être intégrés à la société). Là où la protection sociale est donc conçue comme une réponse aux risques sociaux, elle se transforme chez Emmanuel Macron en pêché originel. Par nature, le haut niveau supposé de protection sociale des salariés engendrerait selon lui le chômage. Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ne disent pas autre chose avec leur discours sur « l’assistanat ». Ce ne sont donc plus seulement les normes qu’Emmanuel Macron entend inverser mais bel et bien la responsabilité du chômage qui serait le fait de l’individu.

A ce titre, Emmanuel Macron va plus loin lorsqu’il évoque le rôle négatif que jouerait notre modèle de protection sociale…et « son financement ». En effet, dès lors que la responsabilité du chômage repose sur l’individu, celui-ci devient à titre personnel comptable de son emploi…ou de son non-emploi. Chacun est donc appelé à capitaliser à titre individuel dans un modèle à l’anglo-saxonne. Ce faisant, en détruisant l’architecture de notre modèle social, Emmanuel Macron délite ce qui « fait société ». Dans la République française, le peuple n’est pas une juxtaposition d’individus. Il se définit en tant que corps politique constitué qui a justement fait le choix d’une construction collective qui seule permet d’affirmer le travail en tant que droit. Le préambule de la constitution 1946 repris dans celle de 1958 l’affirme d’ailleurs avec force : « Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi ». La sortie mancelle d’Emmanuel Macron n’est donc pas seulement qu’un énième tête-à-queue néolibéral mais bel et bien une queue de poisson faite au peuple. Sortie de route.

2 commentaires sur “Macron : sortie de route

  1. 321bew dit :

    Quand il met en cause le « modèle de protection social », ça ne veut pas dire qu’il veut supprimer tout « modèle de protection social ».

    M’enfin, quand on veut pas comprendre… c’est qu’on le fait exprès.

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