Face au récit national, les petites histoires d’Olivier Dartigolles

olivier_dartigollesOlivier Dartigolles est indécrottable. Il parle sur tout et sur rien, dernier moyen qui lui reste pour faire causer de sa petite boutique. Et comme à chaque fois, il se prend les pieds dans le tapis. Le voilà qui, aux côtés d’Olivier Besancenot, instruit donc à nouveau un procès à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon pour … avoir proposé de débattre avec Nicolas Sarkozy suite aux déclarations de ce dernier sur « l’identité gauloise » ! Outre la mauvaise foi de la sordide manoeuvre politicienne du porte-parole du PCF qui ainsi prend le risque d’affaiblir le seul candidat capable à la fois d’être un remède à la macronite au 1er tour et dès lors de porter les couleurs de notre camp au second, cette nouvelle saillie traduit surtout l’enfermement minoritaire dans lequel s’enfonce le PCF.

« Moi, je ne veux pas d’une ethnicisation gauloise du débat. Mais oui, je dis que nous sommes les filles et les fils des Lumières et de la grande Révolution. A partir du moment où l’on est français, on adopte le récit national » Voilà la citation de Jean-Luc Mélenchon sur laquelle, de l’aveu de son propre texte, Olivier Dartigolles entend s’en prendre à lui. Il eut été correct, à défaut d’être courtois, de noter que Jean-Luc Mélenchon commence justement par réfuter l’idée même d’identité ethnique que sous-tendent les propos sarkosystes.  Jean-Luc Mélenchon ne fait d’ailleurs pas qu’en réfuter l’idée, il y oppose clairement et fermement l’identité républicaine, celle issue « des Lumières et de la grande Révolution » qui constitue en l’espèce une filiation radicalement antagonique.

Usant de guillemets traduisant autant son horreur que son inculture, Olivier Dartigolles se rengorge alors devant le « récit national ». Il eut été plus avisé de constater au contraire que c’est Jean-Luc Mélenchon qui réintroduit à dessein ce terme de « récit national » face au « roman national » déclamé par Nicolas Sarkozy. Comme l’explicite fort bien l’historien Vincent Duclert, « un récit fait appel au savoir, à la raison. Il peut être vérifié et critiqué sur son exactitude (…). L’idée d’un roman national n’appartient qu’aux nostalgiques de la grande France coloniale et du culte barrésien de la terre et des mots ». Ce n’est donc pas un hasard si lorsque Jean-Luc Mélenchon emploie le terme « récit », celui-ci  apparaît justement après sa référence aux Lumières et à la Grande révolution qui sont les matrices intellectuelles et politiques du savoir et de la raison.

Plus profondément, la réaction d’Olivier Dartigolles traduit un mal nouveau qui gangrène le parti qui l’a chargé de le représenter : l’enfermement dans une culture minoritaire. Ainsi, non seulement il ne faudrait pas aborder le terme de « l’identité » mais il faudrait encore moins en débattre avec Nicolas Sarkozy. Double erreur. Olivier Dartigolles se trompe lorsqu’il affirme qu’un tel débat « créditerait une opération qui tend à rendre centrale la question de l’identité dans le débat politique français ». Cette question est déjà centrale dans le débat public. Que ce ne soit pas une bonne chose, c’est un fait que nous partageons. Mais fuir le sujet ne le fera pas disparaître. Il faut être aveugle ou avoir une bien piètre lecture de la situation, certes ponctuelle mais indubitable, d’hégémonie culturelle qui a été imposée dans un même mouvement par le camp néolibéral et le camp réactionnaire pour penser que la centralité du débat sur les questions d’identité serait à construire. Non : elle a déjà été imposée et ne disparaîtra pas en  se réfugiant exclusivement dans des thématiques traditionnelles de notre camp qui, pour importantes et structurantes qu’elles soient, ne permettent pas de s’adresser dans la phase actuelle au grand nombre. En cela, Olivier Dartigolles rejoint Olivier Besancenot qui s’est exprimé dans le même sens. C’est au contraire en se plaçant sur le terrain des « dominants » que l’on peut espérer bouleverser le jeu et sortir du rôle de figurant, même si j’ai bien compris que celui-ci est pour certains, et moyennant quelques avantages acquis, confortable…

La question du débat avec Nicolas Sarkozy se règle alors d’elle-même :  Nicolas Sarkozy est un adversaire déclaré qui mène une campagne idéologique sur des sujets clivants et dangereusement structurants pour notre société. Après avoir dit son désaccord, Jean-Luc Mélenchon accepte de relever le gant pour convaincre et donc nettoyer la scène de cette question pour rendre les esprits disponibles aux autres thématiques. Mais enfin, de quel autre outil disposons-nous depuis toujours que le débat argumenté ? Avons-nous peur de l’adversaire ? Avons-nous peur de nous-même ? De celui qui arbore pour 2017 un programme enrichi de l’Humain d’abord qui s’appelle Un avenir en commun ? Souhaitons-nous que le débat sur le sujet se limite à une surenchère permanente entre Sarkozy et Le Pen ? Souhaitons-nous que François Hollande, l’homme de la déchéance de nationalité qui a remis le feu aux poudres, se pare des habits de l’opposant ?

Olivier Dartigolles devrait revoir ses classiques et relire La maladie infantile du communisme à laquelle il succombe un peu plus chaque semaine. L’identité est un outil performatif utilisé par l’adversaire que l’on ne peut évacuer par l’incantation. Il convient alors de s’en saisir pour y opposer une identité républicaine qui ne soit pas une identité de plus mais une identité qui transcende l’ensemble de la société en redéfinissant les liens entre les individus non sur la base de l’ethnie, de la religion ou de la communauté, mais pour forger un même corps politique dans lequel chacun-e accepte d’aliéner une part de la souveraineté qui se rattache à sa personne pour la retrouver magnifiée dans le collectif humain ainsi formé.

7 commentaires sur “Face au récit national, les petites histoires d’Olivier Dartigolles

  1. Dominique_C dit :

    Il n’y a pas que Dartigolles qui attaque JLM sur cette histoire de « récit national ». Ce soir, Esther Benbassa a twitté aussi dans ce sens, je cite:

    <<>>

    « Religion »???

    Je me demande: doit-on ne PAS parler de citoyenneté?
    Ça commence à être déprimant, cette manie des femmes et hommes politiques d’isoler des citations hors contexte pour canarder dans tous les sens. Les EELV me déçoivent bien + que certains PCF, car ils seraient censés piger l’urgence de l’unité devant la réalité de plus en plus évidente des crises (climatique, géopolitique, ressources, financière etc…)

  2. BRETON Daniel dit :

    Plaisir à vous lire

  3. Bouyges dit :

    Article d’une nullité complète. Ce journaliste s’est fait plaisir.

  4. claudecarron dit :

    On se demande si ce gars-là connaît sa droite de sa gauche ! Il joue à quoi en attaquant systématiquement JLM sur la plupart des sujets et pour des broutilles ? Il a passé un accord avec le PS pour un strapontin, ou quoi ? JLM2017

  5. Cincinnatus dit :

    J’ai toujours beaucoup de plaisir à vous lire même si je ne suis pas toujours d’accord avec vous. En l’occurrence, je vous suis tout à fait sur ce sujet !

    Cincinnatus

  6. Grya2607 dit :

    Je suis en accord total avec ce texte . Merci pour cet mise au point pour le moins nécessaire par les temps qui courent.

  7. Arguments qui nous aiderons dans la campagne. Ne pas lâcher sur ce terrain ni les autres.

    On peut reprocher beaucoup de choses à Jean-Luc Mélenchon et parfois avec raison, il en fait trop pour certains et pas assez pour d’autres, certains propos maladroits ou excessifs, ces rodomontades contre les journalistes, mais on ne peut pas lui reprocher son engagement dans cette campagne électorale. On ne peut pas dire la même chose du PCF qui se cherche encore, joue la montre, est incapable d’avoir une ligne cohérente à un peu plus 6 mois de l’élection. Notons que parmi leurs militants et électeurs beaucoup ont rejoint la seule alternative actuellement crédible à Gauche Jean-Luc Mélenchon.

    Le PCF est (était) un grand parti. Ce n’est plus le cas même s’il reste encore assez puissant. Ses militants sont nombreux, engagés sur le terrain et dans les différents corps intermédiaires, principalement les lieux de représentation. Électoralement, il ne pèse plus grand-chose de 3 à 5 %. Son érosion est régulière même dans ses bastions qu’il perd au fur et à mesure dés échéances électorales. Il ne doit sa représentation que par des accords souvent tortueux avec le PS qui le lui fait payer le prix fort, celui du renoncement.
    Le PCF (sa structure) est résigné à ne pas mener la campagne des présidentielles 2017 (certains ne l’avis déjà pas fit en 2012, dans le 44 par exemple) ou a minima pour paraître sur la photo. Il attend de savoir de quel côté le vent de la primaire socialiste va tourner. Jean-Luc Mélenchon n’est pas leur premier choix, dont acte. Ne pas appeler à voter pour lui, on peut l’entendre, mais pas le comprendre. Mais aller au-delà pour lui nuire, c’en est de trop. Nous voulons encore croire que le programme de 2012 l’humain d’abord n’est pas au fond d’un tiroir ou dans la poubelle.
    De notre côté, il ne nous reste qu’à avancer, sans se retourner. Rendre coup pour coup lorsque cela s’impose. On comptera à la fin.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s