Enigmes de la politique des bas-fonds

la-tourgueEdito de la lettre du mois de septembre de l’AGAUREPS-Prométhée

« Les bas-fonds de l’Assemblée s’appelaient la Plaine. Il y avait là tout ce qui flotte ; les hommes qui doutent, qui hésitent, qui reculent, qui ajournent, qui épient, chacun craignant quelqu’un[1] ». Deux siècles après, leurs descendants sont tous de sortie pour candidater sinon à l’élection présidentielle du moins à l’une des trois primaires (PS et satellites, EELV, droite) qui la précèdent.

La monarchie présidentielle est un désastre. Parce que l’hérédité élective de la Caste ne saurait souffrir l’émulation, les candidats potentiels sont sommés de goûter au préalable aux bras coudés de l’alambic de la primaire. Incroyablement, tous s’y adonnent avec une délectation narcissique.  Il faut dire que chacun-e est tenu de concourir pour exister à titre personnel ou pour labelliser en interne le courant qu’il anime.

Pourtant, la profusion des candidats fait la démonstration par l’absurde de l’inefficacité du process : voilà les alchimistes de la 5ème réduits à instaurer au pied levé des « primaires des primaires ». Là via un seuil de parrainages. Plus loin en usant du veto sondagier, comme Arnaud Montebourg qui voudrait frapper François Hollande d’impeachment.

Quel qu’en soit le niveau, il est un point commun à ces démarches dilatoires : elles soustraient au peuple souverain la décision. Les primaires, parce qu’elles officient d’abord en tant que tamis social, font leur office de filtre politique.

Rien de bon ne sortira de ce petit monde confiné qui fonctionne en vase clos. Les transferts de voix espérés d’un côté seront abandonnés d’un autre. Le paysage politique se vitrifie. Cette agonie démocratique construit lentement le lit de l’extrême-droite. Le recentrage du débat autour des questions d’identité a renforcé la redéfinition du moi en termes communautaires au détriment de l’universalisme. La construction de l’individu par la frontière humaine qu’il se donne nourrit un processus ségrégatif. Déjà, les passages à l’acte violents se multiplient. Le spectre de la guerre civile rôde.

Parce qu’au-delà il n’y a plus de filet de rappel, 2017 est un point de passage obligé. A côté de la compétition électoraliste stérile et frivole des uns, la dispute politique des autres sera un combat décisif pour l’hégémonie culturelle. Que de la seconde supplante la première et nous serons prêts à lutter pour construire un avenir dont il nous appartiendra qu’il se concrétise en commun.

« A de certaines heures la société humaine a ses énigmes, énigmes qui pour les sages se résolvent en lumière et pour les ignorants en obscurité en violence et en barbarie[2]»

[1] Victor Hugo, Quatre vingt-treize

[2] Ibid

Un commentaire sur “Enigmes de la politique des bas-fonds

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s