Frondeurs, PCF : refus d’obstacle

frondeursDe La Courneuve à La Rochelle, ils étaient nombreux ce week-end à galoper vers les caméras. Mais lancés dans le prix du Président de la République, pas un n’a osé franchir la première haie : refus d’obstacle.

Les dits « frondeurs » viennent en effet de ressusciter l’idée d’une primaire « de toute la gauche » plutôt que de s’organiser pour la primaire initiée par le PS dont ils sont membres et à laquelle ils souscrivent tous. S’ils avaient évoqué une telle primaire en janvier 2016, ils s’étaient ralliés six mois plus tard à la primaire de Jean-Christophe Cambadélis. C’est qu’entre-temps ils avaient bien du prendre acte de la dénonciation sur le fond du processus des primaires par Jean-Luc Mélenchon, de l’organisation par EELV de sa propre primaire, et du refus du PCF de participer à une primaire à laquelle concourrait François Hollande. Mais voilà que désormais, ils n’en ont cure et remettent sur la table pour toute contribution au débat l’idée de « la primaire de toute la gauche ». Se retrouver sans même s’écouter, c’est là une bien curieuse idée du rassemblement. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre…

Sur le fond, la primaire de « toute la gauche » ressort donc de la naphtaline. Non seulement les choses n’avancent pas, mais elles reculent donc. Il y a nécessairement une raison à cela. Celle-ci ne saurait être à chercher du côté de François Hollande, il est l’adversaire idéal. Ce dont convient l’eurodéputé Guillaume Balas : « Si François Hollande gagne la primaire, c’est qu’on est des buses ». La primaire en elle-même ne devient donc dès lors plus l’enjeu. Si ceux-là pensent pouvoir la gagner mais cherchent à modifier les règles du jeu, c’est que la menace est ailleurs. Que s’est-il donc passé depuis la rentrée qui justifie cette volte-face ? La sortie de Macron bien sûr ! Là où l’artefact hollandais ne trouverait pas d’espace politique dans le cas de la candidature de son géniteur, il verrait s’ouvrir un boulevard si les dits-frondeurs empochaient la mise. Où l’on vérifie au passage que les candidatures Hollande et Macron forment un duo qui permet de geler l’ensemble de cet espace politique. La crainte des dits-frondeurs est alors que même gagnants de la primaire (bon, c’est pas gagné, hein, car comme le notait malicieusement Jean-Christophe Cambadélis : «Quand on voit la gauche du Parti socialiste, notre minorité, s’émietter en cinq candidats, ce n’est pas la voie du rassemblement»), il subissent alors la loi d’un Macron qui ne viendra lui en aucun cas dans celle-ci. Le sondage Ifop Fiducial pour Sud Radio et Lyon capitale rendu public le 12 septembre confirme leurs craintes : même vainqueur de la primaire, un Montebourg serait balayé par Macron. Pris entre deux feux, Hollande et Macron, et plutôt que prendre le risque d’être les fossoyeurs du PS en faisant passer celui-ci sous les fourches caudines du second, les dits « frondeurs » préfèrent donc refuser l’obstacle.Pénalité.

Le PCF n’a pas été en reste. Le grand rendez-vous de La fête de l’Huma aurait du être l’occasion pour le PCF d’avancer sur son positionnement pour la présidentielle et les législatives. Seulement voilà : on sort du parc départemental de La Courneuve pas plus avancé que quand on y est entré. La direction du PCF, faisant fi du passé, du programme et de la réalité, a poursuivi son travail de sape en mettant tous les candidats sur un même pied d’égalité. Jeu de dupes qui en se prolongeant accentue l’enfermement et l’isolement du PCF et lui referme progressivement toutes les portes de sortie. Car au final, il faudra bien que le PCF se positionne car nul ne peut faire l’impasse sur la présidentielle s’il veut renverser la table ou même si, plus modestement, il vise à maintenir un groupe parlementaire lors des législatives qui auront lieu deux mois plus tard et à assurer le casse-croûte pour les municipales qui se dessineront déjà à cette occasion. Il faudra donc choisir. Tout sauf Mélenchon ? Soit. Mais qui alors ? Ce fut l’improbable Hulot, ce serait maintenant Montebourg, celui qui déclare que « la finance n’est pas mon ennemie » ? Ce serait Benoît Hamon, le ministre de l’éducation nationale qui après avoir installé la réforme des rythmes scolaires et la mise en place du périscolaire a jeté les bases de la réforme du collège ? Une personnalité communiste alors qui restaurerait dans les urnes le lustre d’antan ? Une femme « providentielle » comme Christiane Taubira qui ménage encore aujourd’hui dans Libération le chef de l’Etat et son bilan ? Qui ? Il devient inconvenant de faire de la politique sans se baser sur le réel. Il devient surtout impossible d’échafauder des stratégies à vocation majoritaire sur la base  de réflexes de préservation de l’appareil. Chacun-e mesure que les propos dilatoires sur le programme ne sont que des arguties qui en se voulant des croches-pattes à Mélenchon mettent en réalité à jour le vide propositionnel du PCF : où est le programme alternatif qui serait meilleur que celui auquel est adossé Jean-Luc Mélenchon et qui s’appelle L’Humain d’abord ? Qui peut croire que les convergences avec les Montebourg, Hamon, et autres Taubira seraient plus évidentes alors que celux-là n’ont pour tout programme que d’avoir quitté François Hollande, ce qui faisait dire non sans raison à Sophia Aram qu’en ce cas, Valérie Trierweiler pourrait elle aussi candidater !

Reste à traiter l’argument usé jusqu’à la corde par les dits « frondeurs » et la direction du PCF pour éteindre tout débat comme on userait d’une référence à Hitler pour étouffer toute pensée : « Il faut un candidat de gauche au second tour ». Très bien. Et ??? Quel est l’élément structurel qui, dans la démarche des uns comme dans celle des autres, est à même de créer les conditions et la dynamique pour que l’improbable devienne réalité ? En quoi la candidature d’un Montebourg, d’un Hamon, ou d’un autre résout-elle cette question ? Chacun attend la réponse. Mais dans l’intervalle chacun notera que l’on ne peut pas dire tout et son contraire : si tel est le postulat de base, la mise à l’écart de François Hollande est pour le moins discutable. Au contraire, le sondage du jour qui place Jean-Luc Mélenchon entre 13,5 % et 14,5 % atteste qu’il est le seul point d’appui crédible non pas seulement pour témoigner voire pour « passer devant le PS » (la belle affaire !), mais pour se faufiler au second tour et partant de là jouer la gagne. Ah, bien sûr les mêmes avec toute l’arrogance de la bêtise viendront faire remarquer que 14 % ce n’est pas 20% (c’est vrai !) ni même 17 ou 18 % (c’est toujours vrai !) qui est pourtant le seuil auquel risque de se jouer la présence au second tour au regard de l’état d’émiettement et de délitement du champ politique. A dire vrai, ceux là raisonnent en comptables et en gestionnaires et non en politiques : on ne fait pas la chasse à des parts électorales quand la débandade démocratique empêche tout un chacun de se reconnaître derrière une simple étiquette. C’est la stratégie du renouveau démocratique, la méthode de la révolution citoyenne, qui est le pivot non pas pour passer des 11% de 2012 aux 18 ou 20% de 2017, mais des 4 millions de voix ‘il y a 4 ans aux 6 ou 7 millions de voix de l’an prochain, de celles et ceux qui ont fait le choix de l’Humain d’abord en 2012 et qui se rassemblent et s’élargissent pour construire Demain en commun.

Ce week-end était leur rivière avant la ligne droite. Qu’ils s’estampillent « frondeurs » ou qu’ils musardent dans les hautes sphères de la place du Colonel Fabien, ils ont pareillement refusé l’obstacle. Une telle gestion du calendrier est malsaine et coupable. A s’opposer aux dynamiques de terrain, à inventer un calendrier interne interminable ou des réunions pour les parrains potentiels pour retenir les siens, on en oublie les perspectives larges et les tâches politiques qui devraient être celles de tous ceux qui militent pour ouvrir une perspective majoritaire pour l’humanisme radical. Beaucoup au PCF ne veulent pas donner le sentiment qu’ils se « rallient » à la candidature de La France insoumise et de Jean-Luc Mélenchon. Notons que personne ne le leur a demandé. Ce serait d’ailleurs une bien mauvaise manière de faire vis à vis du PCF et aussi un cruel manque à gagner pour La France insoumise. Mais constatons aussi que le temps passant, cette porte de sortie allant rester au final la seule praticable, l’image renvoyée sera de plus en plus celle-là au détriment des conditions de l’implication du PCF dans la campagne.

Nul ne peut être dupe des simagrées du week-end car elles nourrissent et participent de la grande désillusion démocratique qui menace de tout emporter. Le primat de la boutique sur le politique est une inconséquence grave devant le pays par les temps que nous vivons et doit être combattu d’où qu’il vienne. Il doit en tout état de cause être maintenu à distance des dynamiques qui par la vertu de l’engagement et la clarté du chemin à pratiquer permettent de franchir les obstacles devant lesquels d’autres font volte-face.

4 commentaires sur “Frondeurs, PCF : refus d’obstacle

  1. GdeC dit :

    10 %/ je te donne rendez-vous au lendemain du premier tour…

  2. Ricardo dit :

    C’est clair comme toujours !

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