La fabrique de l’opinion : en marche vers 2017

JDDLes faiseurs de roi avancent à visage masqué vers 2017. Mais ils avancent. La preuve avec la livrée de la presse dominicale. La Une du JDD, quatre sondages et quatre pages pour Macron plus tard, les attendus de Lagardère[1] sont rendus. Ceux de Bernard Arnault figurent eux en Une du Parisien avec le même. Mais ne nous y trompons pas : la fabrique de l’opinion est un art subtil qui si loin de l’échéance a besoin de diversions et de lièvres. Le système monte en épingle Macron, l’agitateur anesthésiant, pour mieux jouer gagnant le tiercé des canassons Hollande, Sarkozy et Le Pen.

Macron par ci, Macron par là, et quand bien-même la manœuvre vous aurait échappé, on vous dit quoi en penser : « Macron réussit sa sortie » titre Le Parisien. Mais derrière le vernis, les articles prennent bien soin d’utiliser le prétentieux comme un régulateur du système afin de dessiner le paysage souhaité. Et si Hollande en est, lui n’en sera pas.

Le JDD écrit ainsi une pièce en 4 actes : le premier sondage nous annonce que « 85 % des français ne souhaitent pas que François Hollande soit candidat en 2017 » mais que « 74% pensent qu’il sera candidat ». Pour ceux qui n’auraient pas compris, Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’IFOP qui a réalisé l’enquête, traduit : « Le socle électoral de François Hollande est très entamé mais l’opinion a intériorisé qu’il veut se représenter ». Bref, Hollande candidat affaibli, tel est le point de chute.

Oui mais les autres ? Pour quelle personnalité les sympathisants de gauche seraient-ils prêts à voter si elle était candidate à la présidentielle nous demande alors le JDD ? Hollande est de loin le mieux placé pour passer à la vie réelle avec 36% contre seulement 32% pour Montebourg et surtout un maigre 28% pour Macron. Le Parisien raisonne lui par l’absurde mais pour en arriver à la même conclusion : 58% des sympathisants de droite souhaitent que Macron se présente à la présidentielle contre seulement 38% de gauche. CQFD : Macron, le « je ne suis pas socialiste » assumé le 26 août mais le « je suis de gauche » autoproclamé au JT de TF1 le mardi 30 août, est un pur produit du microcosme sans existence réelle. Rejeté par ceux qu’il voudrait voir l’adouber, adoubé par ceux qui lui préfèreront toujours un original à la copie qu’il représente, Macron ne sert qu’à stabiliser l’ordre ancien.

Quant aux primaires, elles ont cette fois réellement commencé : jusqu’au bout elles seront désormais inféodées aux enquêtes et sondages qui feront émerger le résultat. Elles prêtent en la matière un champ d’action considérable : il est possible de considérer comme échantillon les sympathisants d’un parti, ceux d’un camp, l’ensemble des français, ceux qui annoncent qu’ils iront voter à la primaire, ceux qui émettent un souhait, ceux qui livrent une intention de vote…Le sondeur et plus encore son commanditaire piochent où ils veulent en fonction du résultat attendu. Bien peu leur chaut que ces catégories soient dépassées, elles visent avant tout à imposer la posture identitaire dans le vieux monde.

Le JDD en use donc pour faire la pluie et le beau temps à gauche comme à droite.  L’enquête sur la primaire du PS est ainsi là pour montrer qu’il n’est d’autre alternative à Hollande dans le cadre de la primaire : non seulement Hollande devance encore ses concurrents chez les sympathisants de gauche mais il apparaît qu’Arnaud Montebourg lui ne progresse pas malgré son entrée en campagne. Surtout, incidemment, l’article nous glisse que chez les sympathisants socialistes, ceux qui seront la réalité du corps électoral de la primaire, Hollande écrase la concurrence (46% contre 25% à Montebourg). Notons enfin qu’il s’agit là de la « personnalité souhaitée comme candidate » de la primaire du PS et non d’intentions de vote, ce qui renforce encore le président sortant. La preuve par le sondage précédent qui demandait si vous seriez prêt ou non à voter pour telle ou telle personnalité (OUI ou NON, question absurde s’il en est comme si vous deviez vous prononcer lors de l’élection sur chaque candidat et non choisir l’un d’entre eux…) et qui accentuait encore la crédibilité du vote Hollande sur ses concurrents.

A droite, le même travail de sape est à l’œuvre. Le très sarkozyste JDD annonce ainsi que « la montée en puissance de Nicolas Sarkozy se confirme mais Alain Juppé continue de faire la course en tête ». Première salve. La deuxième, plus cinglante est aussi nécessairement plus feutrée : « A l’examen des chiffres, l’avance d’Alain Juppé est surtout due à l’électorat centriste ». Frédéric Dabi prévient son monde : là encore, « la victoire dépendra du corps électoral », lire Juppé est l’arbre qui cache la fôrêt. Et l’article de conclure : « Le rouleau compresseur sarkozyste semble lancé ».

La fabrique de l’opinion est chose subtile dans laquelle les faiseurs de roi sont passés maîtres. L’incohérence générale des outils est leur arme: s’ils savent pertinemment que les résultats des primaires se feront sur la base du socle électoral de celles-ci, autrement dit le parti organisateur élargi, le PS d’un côté, LR de l’autre, ils ne s’en réfèrent pas moins en permanence à une galaxie virtuelle de « sympathisants de gauche», « sympathisants de droite », pour suggérer une compétition interne. A droite celle-ci a vocation à mettre sur orbite la candidature de Sarkozy dans la perspective du 1er tour de la présidentielle, seul rendez-vous décisif. A gauche elle vise à maintenir sous respiration artificielle celle de Hollande et lui permettre d’être le candidat que tout un chacun rêve d’affronter à droite. Les données brutes, Macron ici, Juppé là, sont les paravents derrière lesquels se cachent les choix de demain : les choses doivent être tout juste suggérées pour gagner en efficacité et donner l’illusion à l’électeur de la liberté de son choix. Pendant ce temps, Marine le Pen bénéficie elle du travail de sape et, bien à l’abri derrière les pages de politicaille, profite de titres prétendument neutres qui visent à la maintenir suffisamment haute dans l’opinion pour jouer lors de la présidentielle le rôle de chien de garde du système (« Marine Le Pen lance sa bataille » pour le JDD).

Pour se défaire de la fabrique de l’opinion, un seul remède : être insoumis. De plus en plus de gens l’ont compris puisque les deux enquêtes du jour sur les présidentiables placent Jean-Luc Mélenchon en tête des personnalités plébiscitées par les sympathisants de gauche : 41% seraient ainsi prêts à voter pour lui en 2017 selon l’enquête du JDD selon laquelle il devance Hollande (36%), Valls (34%), Montebourg (32%) et autres Macron (28%) ; quant au Parisien, il place Mélenchon en tête des souhaits exprimés parmi les candidats déclarés pour représenter la gauche avec 12%. Autant de chiffres qui par contre ne figurent pas dans les manchettes…

[1] Propriétaire du JDD

2 commentaires sur “La fabrique de l’opinion : en marche vers 2017

  1. Dominique_C dit :

    François, ce ne serait pas plutôt « Le Parisien raisonne lui par l’absurde » (ça peut arriver à tout le monde)

  2. Ricardo Villanova dit :

    A la question « Seriez-vous prêt à voter pour telle personnalité si elle était candidate à l’élection présidentielle ? », les sympathisants de gauche plébiscitent Jean-Luc Mélenchon (41%) devant François Hollande (36%), Manuel Valls (34%), Arnaud Montebourg (32%), Emmanuel Macron (28%), Benoît Hamon (25%) et Cécile Duflot (21%).

    Envoyé de mon iPad

    >

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