Les délices de Camba

CambadélisNonobstant sa capacité à guider des éléphants, Jean-Christophe Cambadélis n’est pas Hannibal, loin s’en faut. Mais il partage avec le général carthaginois l’abandon aux sirènes du plaisir facile et immédiat qui reste le symptôme de l’échec annoncé. Invité du Grand rendez-vous Europe1-iTélé-Le Monde dimanche 12 juin, le premier secrétaire du parti socialiste s’est laissé aller à une critique généralisée. Là de la CGT, plus loin du reste de la gauche. L’invective et le plaisir du bon mot pour se essayer de se rassurer ne servent au final qu’à se voiler la face. Chacun a le Capoue qu’il mérite.

En ligne de mire de Jean-Christophe Cambadélis, la CGT tout d’abord : « Il ne s’agit pas de céder aux injonctions d’une centrale syndicale, la CGT ». Ainsi donc, les saillies des Carvounas, et autres Vallsistes à l’encontre de la centrale syndicale n’étaient pas le fait de snipers inconséquents du PS. C’est l’ensemble de l’appareil qui derrière son premier secrétaire monte désormais en ligne à l’assaut de la CGT. Dès lors, le PS abandonne définitivement le rôle qui lui était un temps dévolu de transcription dans le champ politique de l’aspiration sociale pour devenir, dans un mouvement contra-cyclique, le relais de la propagande gouvernementale auprès des salariés. Ainsi en est-il de cette injonction au  gouvernement de ne pas céder sur la loi travail : « J’ai dit qu’il fallait maintenir les acquis de cette loi », et notamment l’article 2.

Jean-Christophe Cambadélis va plus loin encore dans les coups qu’il entend porter à l’encontre de la CGT. Le voilà qui s’autorise non seulement à juger des moyens d’action de la centrale (la stratégie de la CGT est « un échec ») mais se permet même de mettre en question sa légitimité en tant que syndicat : « Une organisation syndicale défend les salariés et cherche des compromis. Là ce n’est pas le cas. On n’est pas un syndicat quand on est dans le refus ». Il n’y avait dès lors plus qu’un pas que Cambadélis a franchi allègrement pour jouer de l’opposition entre syndicats : « Il ne faut pas s’étonner si la CFDT gagne les élections professionnelles ». A quoi en sont réduits le PS et son premier secrétaire pour souffler sur les braises de la division entre organisations de salariés…Triste.

Il faut dire que les organisations syndicales ne sont pas les seules à subir les foudres de Camba. Les salariés grévistes qui « ne sont pas touchés par la loi travail » en sont aussi pour leurs frais, le baron de Solferino jugeant qu’ils décrédibilisent le mouvement. Passons sur le fait que par rebond, chacun-e est touché ou le sera par les gouffres que creuse la loi El Khomri. Notons surtout que pour Cambadélis, il ne saurait y avoir de lutte autre que corporatiste, remisant ainsi aux oubliettes la pensée d’un intérêt général. C’est justement la grandeur du combat que portent aujourd’hui ici les salariés de la pétrochimie, plus loin les dockers, ailleurs les taxis, les agents des transports ou les fonctionnaires territoriaux, que de penser non pas à leur situation propre mais aux conditions de travail et donc d’existence de notre génération et des suivantes. C’est cela qui fait société. C’est cette aspiration au basculement de la pensée de ce qui est bon pour soi à ce qui est bon pour tous qui fonde le socialisme républicain. C’est l’émancipation jauressienne que dénie et renie aujourd’hui le PS.

Sans surprise, il ne reste plus dès lors aux caciques du PS que la matraque, agitée comme un moulinet. A l’encontre des « frondeurs » tout d’abord, pour lesquels Cambadélis déclare qu’en cas de vote d’une motion de censure de gauche, les signataires « seront en dehors du PS ». Nous verrons si ceux-là se laisseront une fois encore caporaliser et s’il leur manquera bêtement, comme c’est ballot, deux voix pour déposer une motion de censure. Ou s’il refuseront, masqués derrière de grands principes, d’utiliser la motion de censure à leur disposition pour faire tomber la loi travail et éviter un dynamitage social. Rien n’est moins sûr.

A l’encontre du reste de la gauche, PS compris, ensuite. Car lorsque Jean-Christophe Cambadélis reprend à son compte la primaire, c’est pour user du verrouillage intrinsèque que recèle le processus de la primaire et que le premier secrétaire du PS ne cherche même plus à cacher : pour lui désormais, François Hollande a tout intérêt à participer à une telle primaire « parce que s’il était désigné – et il le sera et c’est pour ça que les autres sont contre – […] toute la gauche serait unie autour de notre candidat ». Le chiffon rose de la primaire est l’outil de rabattage pour Hollande.

D’ailleurss maintenant que l’idée de la primaire est disponible, Jean-Christophe Cambadélis n’entend pas s’en priver pour la retourner contre les agitateurs inconséquents qui la lui ont servi sur un plateau depuis six mois, EELV et PCF en tête. Le voilà qui menace et qui tonne estimant que les élections législatives de 2017 vont être un « problème » pour Europe Ecologie – Les Verts et le Parti communiste : « Réfléchissons ensemble mais surtout, réfléchissez » leur lance-t-il. « Est-ce qu’ils sont pour une alliance de l’ensemble des forces de gauche, ce qui leur permettrait d’avoir une existence dans la future Assemblée, que nous ayons gagné ou perdu la présidentielle? Ou est-ce que par haine d’appareil, ils ont décidé de se suicider? » Avant de répondre lui-même à la question qu’il pose :  « Je fais le pari qu’ils n’ont pas décidé de se suicider et que le congrès passé, on a excité un peu l’ensemble des cadres du parti communiste et des écologistes, on va revenir à une discussion normale ». Le pire serait qu’il ait raison…

Au bout d’une heure de charge à tout-va, Jean-Christophe Cambadélis devait se sentir soulagé ce dimanche. Isolé surtout. Des forces sociales et de progrès de ce pays. Des organisations de gauche. Des derniers militants PS qui ne se résignent pas à l’abandon de leur parti malgré le sabordage en règle organisé par leurs hiérarques. En politique, le laisser-aller n’est pas plus profitable que le laisser-faire. Et quand le laisser-aller vise à laisser le champ libre au laisser-faire, alors c’est Solférino délocalisé à Capoue qui est aussi détruit.

2 commentaires sur “Les délices de Camba

  1. Maximilien R dit :

    Dire que le PCF a du mal à se désintoxiqué du PS !
    Christian Paul, B.Hamon, Pierre Laurent , Clémentine Autain , Philippe Martinez tous unis et réunis au congrès du PC dans un Tout sauf Melenchon

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