Montebourg : primaire quand tu nous tiens…

MontebourgAprès le journal de TF1 il y a 15 jours, après l’ascension vertigineuse du Mont Beuvray lundi dernier, il ne fallait pas rater ce dimanche dans Le Parisien le troisième étage du « teasing » d’Arnaud Montebourg. J’ai donc lu avec attention l’entretien du vice-président d’Habitat. Il ne faut en effet pas avoir l’arrogance de ceux qui considèrent qu’hors les combats qu’ils portent, rien ne peut exister. Surtout quand des appréciations importantes sur la situation peuvent se rejoindre. Mais force est de constater que chez Arnaud Montebourg aussi, le désormais traditionnel enfermement dans « la primaire », en plus de conduire à une impasse, est de plus en plus source de toutes les confusions.

Hors « la primaire », point de salut ! Tel est le leitmotiv d’Arnaud Montebourg : « Ce que je sais, c’est que la primaire est indispensable ». Dont acte. Comme les autres, Arnaud Montebourg non seulement considère que « la primaire » est un passage obligé mais que sans elle, il ne sert à rien d’engager la confrontation de 2017. On ne peut dès lors que s’étonner que plus loin, le même laisse entendre que si une primaire n’était pas organisée (si tel était le cas, les choses se discutent : « Il est prématuré pour moi de prendre une telle décision »), il pourrait éventuellement dans certaines circonstances envisager de potentiellement avancer dans une direction qui le mènerait nonobstant quelques détours vers une possible déclaration de candidature : « S’il n’y a pas de primaire, il est évident que je ferai usage de ma liberté » assène ainsi avec force l’épisode 3 de la sitcom montebourgeoise dominicale. La « primaire » est donc indispensable …sauf si elle n’a pas lieu.

Mais pourquoi la « primaire » leur parait-elle diable, à lui et à ses semblables, si indispensable ? Arnaud Montebourg nous explique que « sans primaire, l’élimination de la gauche dès le premier tour est garantie et programmée ». Une telle assertion appelle deux commentaires. Sa contraposée insinue tout d’abord qu’en cas de primaire, la gauche serait présente au second tour. Pourquoi pas. Mais rien ne permet de l’affirmer, bien au contraire, et quoi qu’il en soit cela ne règle pas l’étape ultérieure qui est celle de la victoire en cas de présence au second tour. Le second est plus une interrogation : pourquoi dans ce cas les thuriféraires de la primaire envisagent-ils d’être candidat hors celle-ci ?

La primaire apparait dès lors pour ce qu’elle est : un rapport de force interne au PS qui au mieux vise à rabattre la gauche sur le PS. La primaire dont parle Arnaud Montebourg est en effet celle issue du PS : « Les primaires (ouvertes à toute la gauche) sont aujourd’hui dans les statuts du PS. J’observe d’ailleurs qu’un groupe de militants a saisi la justice pour faire appliquer la primaire au nom des statuts, non respectés ». Certes ouverte « à toute la gauche », la primaire estampillée PS replace de fait le parti solférinien en position de centralité. Et impose les règles du jeu de celui-ci, et notamment la participation de François Hollande à laquelle Arnaud Montebourg se rallie : « Ce serait de l’intérêt de tous, y compris de l’actuel Président, de s’y soumettre ».

Mis bout à bout, ces éléments replacent la fameuse primaire dans le contexte qui est le sien : celui du prochain congrès du PS. La primaire se réduit à un simple dépôt de plateformes, la présidentielle de 2017 étant comme l’indique Arnaud Montebourg « l’outil de l’unité » et avant tout celle du PS ! Le calendrier lui-même corrobore cette perspective : en se ralliant à l’agenda de François Hollande et de Jean-Christophe Cambadélis (« le calendrier du mois de décembre, avec un vote avant la Noël, paraît sérieux »), Arnaud Montebourg gèle la primaire en termes d’efficacité et la rend caduque pour peser sur autre chose que le PS et notamment sur le résultat de l’élection présidentielle elle-même.

La tactique évacuée, reste le fond et la détermination à rompre avec l’existant pour changer les règles du jeu. Dans le verbe, Arnaud Montebourg est incisif contre le projet de loi travail et nous ne pouvons que nous féliciter qu’il contribue ainsi à la conscientisation générale de par son analyse : « Après le débat fratricide sur la déchéance de nationalité, le passage en force de la loi El Khomri est la déchirure de trop » ; « La politique du coup de force permanent est dangereuse. Faire passer coûte que coûte une loi en utilisant le 49-3, alors qu’elle n’a ni soutien populaire ni soutien parlementaire mène dans l’impasse » ; Il va même très loin sur les risques que fait encourir un tel texte : « Cette politique […], si elle est poursuivie, conduira tout droit à la prise du pouvoir par le Front national ». Pourquoi dès lors les députés Filippetti, Prat, Thévenoud (arghhh !), excroissances d’Arnaud Montebourg à l’Assemblée, n’ont-ils pas franchi le pas le 10 mai en votant la motion de censure qui aurait permis de mettre à terre le projet de loi travail ? Et que feront-ils dans quelques semaines lorsque le texte reviendra devant la chambre ? Il y a souvent loin de la parole aux actes…

Denier aspect évoqué dans l’entretien : la rémunération des « grands patrons ». Arnaud Montebourg rappelle : « J’ai déposé une proposition de loi il y a dix ans, afin que chaque assemblée générale fixe obligatoirement l’écart maximal entre le plus petit salaire et le plus grand. Elle, comme beaucoup d’autres depuis, a été rejetée, au profit d’une soi-disant autorégulation : on a confié le soin au Medef de dire… qu’il est toujours d’accord avec toutes les augmentations, y compris les plus démoralisantes pour les petits salaires de l’entreprise. Il faut donc une réforme de l’entreprise, avec le patronat et les syndicats, pour échanger performance contre partage ». Nonobstant la dernière phrase qui mérite débat, le partage ne relevant de mon point de vue pas de contreparties, je suis d’accord. Mais il convient alors aussi de rappeler que le code AFEP-MEDEF, autrement appelé « code de bonne conduite » (sic !), a été installé dans son principe à la fin du printemps 2013 puis voté à l’Assemblée à la fin de la même année sans que le ministre du redressement productif de l’époque, un certain Arnaud Montebourg, y trouve quoi que ce soit à redire…

De la stratégie aux positionnements de fond, il y a bien sur un fil : la primaire. Qui l’accepte doit se plier à son principe politique, dans l’élection et en dehors. Plutôt que le fil à la patte, mieux vaut alors être insoumis.

 

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