Un « frondeur » nommé Chassaigne

ChassaigneA moins qu’un évènement impromptu ne vienne d’ici là faire dérailler le cours des choses, le projet de loi travail reviendra en seconde lecture devant l’Assemblée nationale dans quelques semaines. Il faudra alors faire plus que témoigner pour empêcher le projet de passer. Or à écouter André Chassaigne sur France-Info le 19 mai, force est de constater que l’enjeu du vote s’est déplacé : la perspective du rassemblement avec les frondeurs prime aujourd’hui sur le combat contre le texte. Et plutôt que d’emmener ces derniers à assumer jusqu’au bout la contradiction avec le gouvernement, voilà que c’est le président du groupe GDR à l’Assemblée qui abandonne la tranchée.

Le retour du projet de loi travail devant l’Assemblée s’annonce comme un moment de vérité. Il ne fait pas de doute que face au nouveau recours au 49-3, une motion de censure « de gauche » sera déposée : celles et ceux qui ont collecté 56 signatures (c’est ballot) en moins de 48 heures n’auront aucun mal à en glaner deux supplémentaires dans le temps qui leur est désormais imparti. L’approfondissement de la crise entre le gouvernement et le pays sur ce texte les y aidera. André Chassaigne en convenait d’ailleurs sur France-Info : « Je suis persuadé que nous arriverons à réunir suffisamment de signatures pour déposer une motion de censure de gauche ».

Seulement voilà : le même voit dans le dépôt d’une telle motion de censure l’échappatoire rêvée pour ne pas avoir à faire tomber le gouvernement : « Pour ma part, dans la mesure où on a une motion de censure de gauche, on vote la motion de censure de gauche et on ne vote pas la motion de censure de droite ». Autrement dit celui qui le 10 mai assumait de voter la motion de censure de droite reculerait demain devant l’obstacle. Il faut dire que le 10 mai était une situation de confort : La partie était jouée d’avance : nombre de récalcitrants qui avaient témoigné la veille de leur opposition en projetant de déposer une motion de censure dite « de gauche » avaient parallèlement annoncé qu’en cas d’échec, ils ne voteraient pas celle déposée par la droite. Ils partirent donc 56, de gauche et d’ailleurs (figurait notamment dans cette liste l’ex-Modem désormais non-inscrit Jean Lassalle) pour témoigner. Ils se trouvèrent une quinzaine seulement (11 députés du groupe GDR + Isabelle Attard, Sergio Coronado, Pouria Amirshahi et Philippe Noguès) à assumer un passage à l’acte…dont ils savaient que dans ces conditions il était sans conséquence.

Mais André Chassaigne va plus loin : non seulement il n’est plus prêt à voter une motion de censure déposée par la droite, mais il ne souhaite pas non plus que la droite se rallie à la motion de censure de gauche : « Imaginons que la motion de censure de gauche soit votée par des gens de droite, cela ne vous poserait aucun problème ? » interroge par le journaliste. André Chassaigne répond tout de go : « Je ne le souhaite pas ». Fermez le ban. En refermant les deux éventualités, André Chassaigne fige la situation et abandonne les seules possibilités concrètes de mettre un coup d’arrêt au projet de loi travail par l’exercice parlementaire. L’immobilisme donne de fait quitus au gouvernement.

Pour tenter de justifier ce renoncement, André Chassaigne invente une dichotomie artificielle entre le fait de repousser le projet de loi travail et le fait de faire tomber le gouvernement : « Ce que je veux dire, c’est que même s’il n’y a pas une majorité sur une motion de censure pour faire tomber le gouvernement, ce qui est important pour nous c’est qu’il y ait une majorité dans l’Assemblée nationale pour que le gouvernement retire la loi travail ». Non seulement André Chassaigne n’est donc pas prêt à faire tomber un gouvernement qui mène une politique de casse sociale et d’effondrement républicain avec la 3ème reconduction de l’état d’urgence, et qui gouverne en soumettant la représentation populaire à coups de 49-3 autoritaire, mais il est aussi prêt pour cela à laisser aller la loi travail.

Si André Chassaigne rejoint aujourd’hui la colonne des couteaux sans lame que sont les « frondeurs », c’est que « la primaire » et les recompositions supposées qui vont avec occultent le champ de l’action politique pour mieux éclairer celui des intérêts boutiquiers. Si la primaire se fait hors Hollande, elle se veut comme un contrepoint interne (au PS et à ceux qui se rallient à sa logique) à la candidature de celui-ci. Et nécessite donc que la déroute du pouvoir hollandiste soit ménagée et s’étire dans le temps, au moins jusqu’en 2017. La primaire est dès lors le meilleur allié de la candidature Hollande car elle est l’acceptation de la défaite annoncée du pouvoir hollandiste vue comme un tremplin post 2017. Mais c’est la double peine qui est infligée au peuple car c’est aussi au prix de l’abandon des luttes engagées d’ici là. La primaire n’en finit décidément pas de faire des ravages. Où quand le politique disparait sous la politique…

16 commentaires sur “Un « frondeur » nommé Chassaigne

  1. Domergue dit :

    Il faut ne plus voter pour un élu qui est resté « socialiste » après l’intronisation du pseudo republicà Valls.

    Il faut ne plus accorder sa confiance à ces élus, même si ils changent (de partis par exemple).

    Plus jamais. No pasaran.

  2. Jean Paul MAÏS dit :

    Bien peu de parlementaires trouvent grâce à vos yeux. Mais pour qui donc roulez vous ?
    Il est aisé d’ avoir toujours raison quand on est seul, mais cela est rarement constructif !

    • Maximilien R dit :

      François Cocq est loin d’être seul , il a ,pour l’heure , avec lui les 105.000 Insoumis, c’est autre chose que 577 député(es) , je vous conseille de nous rejoindre sur #JLM2017.fr

  3. Marie Labat dit :

    pas pu voir ce qu’a vraiment dit Chassaigne mais je me demande si vous ne lui faites pas un mauvais procès : apparemment il veut directement voter la motion de censure de droite et ne pas en déposer à gauche pour ne pas donner à ceux de gauche une bonne excuse pour ne pas voter celle de droite. Bref, je ne suis pas sûre mais j’ai l’impression que vous n’avez rien compris ou que vous faites de la mauvaise foi ( et juré craché, je ne suis pas au pcf)

    • francoiscocq dit :

      @Marie J’accepte la suspicion de mauvaise foi et de mauvais procès mais malheureusement André Chassaigne a réitéré ce week-end de telles déclaration dans Le Figaro…Pour se faire une idée raisonnée (car il est normal de ne pas se fier à mes commentaires), je vous invite à cliquer sur le lien qui figure dans l’article pour écouter les paroles mêmes d’André Chassaigne (vers la minute 9)

  4. Marie Labat dit :

    J’ai écouté et effectivement pfou !!!! Vous avez raison, soit ce monsieur est est vrai tordu soit il est vraiment atteint s’il espère que la simple existence d’une motion de censure de gauche qui à l’arrivée ne sera pas votée puisse par sa simple existence pousser le gouvernement à retirer sa loi !

  5. Maximilien R dit :

    Il apparaît de plus en plus évident que l’objectif du PCF et des « frondeurs » n’est pas le retrait de loi travail mais de couper la route à Jean Luc Melenchon et d’occuper l’espace à la gauche du PS si l’on considère que le PS est encore de gauche.

    • DANO dit :

      Je suis de votre avis :le PCF veut couper la route à JL Mélenchon…Comme ça le PCF fera réélire le PS… Une solution : votons massivement JLM;

  6. Liennart dit :

    Votre façon de faire est lamentable et votre anticommunisme est à la hauteur de Valls et consorts. J’avais décidé de faire campagne pour Mélenchon. Mais avec l’esprit de rassemblement et la mauvaise foi qui vous anime……

    • Maximilien R dit :

      Ce n’est absolument pas de l’anticommunisme mais nous refusons de retomber dans le piège de 2012. Nous pensons au PG que nous n’avons plus rien à faire ni de près ni de loin avec le PS considérant qu’il n’appartient plus au camp de la gauche . Si le PCF veut faire des primaires avec le PS c’est son droit le plus strict , pour nous c’est NON.
      Les frondeurs devraient quitter le PS en bloc mais en auront ils le courage et l’envie tout ce qui leur a manqué jusque là ?

  7. maurel solange dit :

    relu 3 fois le dernier paragraphe »si André Chassaigne… » et je ne comprends pas ce que cela veut dire. Pourtant ça m’intéresserait de comprendre.quelqu’un peut-il développer?merci

    • Maximilien R dit :

      Les « socialistes » savent que c’est grillé pour 2017 et donc chacun prépare l’après et se positionne politiquement pour être majoritaire au sein du parti.
      En clair c’est une lutte de pouvoir entre l’aile droite Valls Macron Hollande et l’aile « gauche » les frondeurs qui se déroule sous nos yeux. Tout aussi hypocrite les uns que les autres vis à vis de loi El Khomri qui n’est qu’un prétexte .
      J’espère que c’est plus clair.
      Jean Luc Melenchon refuse, lui , de se prêter à ces tambouilles politiciennes et perdre son temps avec des primaires qui n’auront peut être pas lieu et qui si elles ont lieux ce sera en Décembre ou Janvier , beaucoup trop tard . De toute façon si Hollande Valls ou Macron sort vainqueur des primaires il est hors de question pour le Parti de Gauche d’appuyer une de ces candidatures.

      • maurel solange dit :

        merci, c’est effectivement un peu plus clair, et je suppose qu’il faut comprendre qu’André Chassaigne se positionne dans la même stratégie que cette aile gauche du PS..Je n’ai en ce qui me concerne aucune illusion sur cette aile « gauche » .

      • Maximilien R dit :

        Les vrais socialistes ont quittés ce parti depuis longtemps il à perdu
        40 000 adhérents depuis 2012 .
        Ils ne restent plus que des opportunistes et des ambitieux qui espèrent faire une carrière politique ( c’est plutôt mal parti pour eux ) ou qui ont un intérêt quelconque.
        Comment un socialiste sincère peut il accepter toutes les mesures de droite prise par ce gouvernement ?
        Il n’y a effectivement aucune illusion à se faire avec les frondeurs , ils ne songent qu’à leurs réélections et ils savent pertinnment que sans la gauche alternative qui est dans la rue aujourd’hui ils ne seront pas réélus . Hollande lui préfère faire des cadeaux à ceux qu’il considère à tort comme son électorat ( les profs , les chercheurs ) .

  8. […] motion de censure.  L’enjeu de la motion de censure « de gauche » étant lui-même limité, les « frondeurs » et leurs acolytes tels André Chassaigne ayant mis comme préalable au dépôt…. Bref, dès le début, on savait qu’il s’agissait de brasser du […]

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