Qui goûte à la primaire doit avaler Hollande

Hollande primaireA lire les commentateurs, la primaire à gauche serait enterrée. Le conseil national du PS et le conseil fédéral d’Europe Ecologie-Les Verts qui se sont tenus ce week-end la maintiennent pourtant bien vivante. Pire, leurs petits calculs de croquemorts ouvrent la voie pour qu’un mort-vivant, François Hollande, en prenne le leadership.

En apparence, tout va bien pour les partisans de la primaire : le PS et EELV en ont adopté ce week-end le principe pour choisir le candidat de la gauche à la présidentielle de 2017. Cela fut même fait à l’unanimité au sein du PS ce qui en dit long sur les potentialités que peut générer cette primaire pour certains. Au PS on appelle ça « la synthèse », et en général c’est Hollande qui est choisi pour l’incarner.

Mais outre le principe lui-même, le ralliement généralisé du PS à la primaire s’est effectué dans un souci partagé de verrouiller l’espace démocratique pour les autres forces de gauche et les obliger à entrer de gré ou de force dans l’entonnoir. Ainsi, il est confirmé par le PS que la primaire ne sera organisée que début décembre. L’espace pour toute autre candidature est donc gelé d’ici à cette date. Et bien au-delà : imaginons ainsi une autre organisation qui voudrait s’inscrire dans la primaire et qui serait même prête à s’affranchir de la pierre angulaire du processus réaffirmée ce week-end : tous ceux qui concourent se rangent ensuite derrière le vainqueur. Pour cette organisation, le lancement d’une candidature alternative serait matériellement impossible à cette date…sauf à accepter que cette candidature ne soit l’hirondelle du printemps, un petit tour et puis s’en va. Elle ne pourrait quoi qu’il en soit apparaître que comme une candidature visant à rabattre des électeurs sur le PS du fait des convergences affichées  jusqu’alors sur estrades et tribunes communes.

Mais ce n’est pas tout : le PS a repoussé à juin le choix de laisser concourir un seul ou plusieurs candidats issus de ses rangs…tout en gravant dans les tables de la loi du PS et donc de la primaire la participation de François Hollande à celle-ci s’il le souhaite puisqu’il ne faut pas « exclure la possibilité que le président sortant puisse se présenter ». Ce qui est lâché d’un côté est donc vite récupéré de l’autre : les familles du PS pourront bien présenter autant de candidats qu’elles le veulent, on sait par avance que François Hollande en sortira vainqueur s’il s’inscrit dans cette démarche, effet de système oblige. Concourir à la primaire au sein du PS ne se fait donc pas pour gagner mais pour prendre acte. De fait qui sait, l’expérience de 2011 nous a enseignés qu’avec 5% on pouvait trois ans plus tard conduire aux destinées du pays. Encore faut-il pour cela être hollando-compatible…

A EELV, ils continuaient à parler pendant que le piège se refermait. Des prisonniers consentants en somme. C’est à croire que la captivité est source de promesses législatives. Leur conseil fédéral a en effet adopté une motion établissant une série de conditions à une éventuelle participation qui doit être tranchée définitivement au congrès du mois de juin. Parmi celles-ci figure la mise en place d’un « périmètre politique », un «socle de valeurs» qui doit selon eux «engager» le candidat qui sortira vainqueur du scrutin. Le terme polysémique « périmètre » n’a sans doute pas été choisi par hasard. Certains feignent de croire qu’il recouvre des promesses politiques, celles-ci n’engageant que ceux qui les croient, l’actuel quinquennat en étant le terrible exemple. Mais le « périmètre » définit avant tout des frontières inclusives pour celles et ceux qui se reconnaissent issus d’une même tradition politique…au point de participer à une même primaire. François Hollande n’a pas grand souci à se faire : il ne pourrait être rejeté par EELV dès lors que ceux-ci entent dans un processus avec le PS qui lui reconnaît le président sortant. EELV s’est encore fait phagocyter par le PS…  

Du côté du PCF, la manœuvre du PS n’est pas passée inaperçue. Tant est si bien qu’on ne sait plus sur quel pied danser. Pierre Laurent dit le samedi que « Hollande est disqualifié pour porter les couleurs de la gauche » mais l’Iznogoud de la place du Colonel Fabien Olivier Dartigolles accepte le dimanche de concourir avec le président sortant. Comprenne qui pourra. D’un côté Pierre Laurent assume d’avoir essayé de susciter le débat par la primaire mais prend acte que la porte se referme : « une primaire pour recycler François Hollande ne sert à rien » disait-il encore ce lundi sur LCI.  De l’autre Olivier Dartigolles ne baisse pas pavillon et poursuit jusqu’au bout son travail de rabattage pour la primaire sans manquer d’essayer d’atteindre à nouveau Jean-luc Mélenchon. Profitant de la vacuité médiatique des fins de semaine, il a dégainé à nouveau ce dimanche sur France-Info contre Jean-Luc Mélenchon qui devrait selon lui « retrouver le collectif ». Sauf que le collectif en question, c’est la primaire : « On veut, et on participe aux réunions d’organisation de la primaire en ce sens, qu’il y ait un maillage territorial de réunions publiques, permettant de faire se lever dans le pays les exigences essentielles des femmes et des hommes de gauche, y compris l’électorat de François Hollande du premier tour de 2012 qui se sent, à juste raison, trahi par la politique de renoncement menée depuis cinq ans, et que chemin faisant, on puisse, à partir de ce socle politique, dégager une candidature commune qui ait l’ambition de figurer au second tour de l’élection présidentielle pour la gagner » avouait-il ce dimanche sur France-Info. Le même peut dès lors feindre de vouloir exclure François Hollande, le loup est déjà entré dans la bergerie par la porte PS et Olivier Dartigolles ne peut plus après le texte adopté par le PS faire semblant de ne pas le savoir.

La primaire est devenu exactement ce qui avait été annoncé : un exercice politicien par excellence, un jeu de dupes où c’est bien le PS et son « candidat naturel » qui tirent les ficelles. Au-delà des arrières-pensées qui ont pu prévaloir chez certains à s’engager dans ce processus, la raison politique appelle à acter que la fenêtre s’est refermée si tant est qu’elle ait à un moment été ouverte. A 12 mois de l’échéance de 2017, tout atermoiement ultérieur ne pourrait désormais être interprété autrement que comme une tentative de jouer contre son propre camp.

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