Leçons partielles de gauche

ObsTribune publiée sur Le Plus de l’Obs le 15 mars (ici)

S’il faut se garder de donner à des élections partielles la valeur d’une élection générale, de telles confrontations avec les électrices et les électeurs n’en sont pas moins riches d’enseignements. C’est d’autant plus le cas quand comme aujourd’hui elles sont surdéterminées par des considérations de politique nationale qui laissent finalement peu de place aux évolutions locales. Les 3 partielles dont le premier tour a eu lieu ce dimanche 13 mars dans la 2ème circonscription des Yvelines, dans la 2ème circonscription de l’Aisne et dans la 10ème circonscription du Nord, donnent ainsi une lecture avancée d’un phénomène en dynamique : la perte de centralité du PS au sein d’une gauche évanescente.

Ces trois nouvelles élections partielles ont bien sûr été une nouvelle gifle pour le PS. S’il n’y aura pas cette fois dans l’affaire perte de députés, les sortant-e-s étant de droite, ce sont bien trois nouvelles défaites cinglantes : deux candidats éliminés dès le 1er tour dans l’Aisne et le Nord et un ridicule 12,98 % dans les Yvelines. Celles-ci s’inscrivent dans la longue hécatombe des partielles pour le PS depuis le début du quinquennat : sur 18 élections, le PS et affidés n’ont sauvé que 2 sièges et en ont perdu 5. Ils ont même été éliminés 8 fois dès le premier tour !

Cette fois encore, le PS entraîne la gauche dans le trou : dans les Yvelines, le total gauche fait 28,71 % là où il faisait 35,38 % en 2012 soit un recul de 18,85 % ; dans le Nord, la « gauche » abandonne 31,5 % de son pourcentage en passant de 38,6 % en 2012 à 26,44 % cette fois-ci ; dans l’Aisne, le total gauche affiche 28,51 % contre 42,81 % il y a 3 ans et demi soit une baisse d’un tiers en pourcentage ! Quand bien même « la gauche » ou certains de ses candidats se rassembleraient, les 1+1 sont au mieux des additions (et encore pas toujours en politique) alors que le rapport de force électoral impose aujourd’hui des multiplications.

Certes tout cela s’était déjà vu lors des précédentes élections partielles mais le phénomène va s’accentuant. Ce qui change par contre, c’est qu’en dépit de la pluralité de micro-candidatures illisibles et invisibles, le PS voit sa centralité au sein de « la gauche » remise en question. Dans l’Aisne, le PS ne représente plus que 55 % du total « gauche » quand il occupait 83 % de cet espace en 2012. Phénomène identique dans le Nord où les 42 % d’aujourd’hui sont à mettre en regard avec les 80 % d’il y a 3 ans, ou dans les Yvelines où les 45 % du jour sont un effondrement par rapport aux 86 % antérieurs ! Le chantage au vote utile a désormais du plomb dans l’aile…

Lors des précédentes élections partielles mais aussi encore lors des régionales de décembre dernier, le PS avait pourtant maintenu voire conforté son statut de chef de file d’une gauche en décrépitude électorale. Celui-ci s’érode désormais à vitesse grand V. C’est que depuis, de nouveaux éléments structurants du débat public ont été imposés par François Hollande et Manuel Valls, à commencer par le projet de loi travail. Celui-ci ne se contente pas de toucher au partage des richesses comme les pactes de compétitivité et de responsabilité ou l’accord national interprofessionnel (ANI) antérieurs. Il vise cette fois l’un des principes même d’organisation sociale de notre pays. En cela, il s’inscrit dans le prolongement de la déchéance de nationalité ou de la constitutionnalisation de l’état d’urgence intervenus depuis décembre : il ne s’agit plus simplement d’une mise à distance de la gauche, de son histoire, de sa culture, de ses valeurs comme en début de quinquennat, mais d’un avilissement du peuple en tant que corps politique constitué et de la place qui lui est laissée dans la vie institutionnelle, économique et sociale.

La politique de l’exécutif se caractérise donc désormais plus encore par sa nature conservatrice que par son caractère libéral avéré. Les électeurs qui restaient jusqu’alors fidèles au PS ne l’étaient pas pour sa politique de gauche puisqu’elle ne l’est pas. Mais les voilà qui quittent à leur tour le navire : dans la deuxième circonscription du Nord, le candidat PS a recueilli ce dimanche 1 938 suffrages contre 11 550 en 2012 ! Pour autant, le report sur le reste de la gauche ne se fait pas car la gauche elle-même n’est plus un rempart dès lors que c’est la société dans son fondement qui est visée. Le PS réussit littéralement à faire se volatiliser des électeurs.

La déshérence atteint donc son paroxysme. Les partielles du 13 mars ont proposé une fois encore une offre politique figée. Or on le voit, il ne peut y avoir d’issue dans l’univers carcéral démocratique de la 5ème République des partis. A ne plus pouvoir être représentés, les électeurs refusent le jeu électoral : 34 % de participation dans l’Aisne, 29 % dans les Yvelines et … 21,7 % dans le Nord ! Parce que l’élection de 2017 sera un moment de cristallisation politique, il faut qu’une issue positive nouvelle s’ouvre pour que s’exprime cette France insoumise. Ce positionnement, les électrices et les électeurs viennent de confirmer que ni le PS, ni les autres boutiques du reste de la gauche ne peuvent prétendre à l’incarner.

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