Courrières, 10 mars 1906, 110 ans après…

Courrières« Par quelle tragique et significative rencontre la catastrophe de Courrières coïncide-t-elle avec les combinaisons de la crise ministérielle ? Du fond des fosses embrasées, c’est une sommation de justice sociale qui monte vers les délégués politiques de la Nation » Jean Jaurès, éditorial de l’Humanité le 11 mars 1906

Courrières, 10 mars 1910 : 1697 mineurs sont descendus ce jour-là. 1099 y sont morts.

Les jours qui précèdent, la situation au fond s’était détériorée. Le feu couvait. Un simple mur visait à le contenir. Et pendant ce temps les conditions de travail se détérioraient : l’aérage défectueux, les gaz, les poussières.

Les mineurs savaient. Mais leur état de dénuement et leur précarité les contraignaient à prendre l’ascenseur.

La compagnie aussi savait. Mais ses profits valaient plus que leurs vies.

Le 17 mars, alors que des centaines d’hommes manquent à l’appel et sont encore sous terre, c’est le ministre de l’Intérieur, Clémenceau, qui vient menacer et rétablir l’ordre face à la colère qui gronde. C’est encore lui qui en avril positionne la troupe, 25 000 militaires, face aux 70 000 grévistes.

Mais la force ne peut rien face à une idée dont l’heure est venue. Dans les larmes, les mineurs de Courrières ont permis à la classe ouvrière tout entière d’élever son niveau de conscience et de se dresser pour réclamer des droits face aux salaires qui s’effondraient, aux règles de sécurité qui n’étaient pas respectées, aux heures supplémentaires non payées, au matériel défectueux…

C’était en 1906, il y a 110 ans. Et si le drame de ces 1099 vies abandonnées à des centaines de mètres sous terre invite à ne pas établir des comparaisons mal placées, il n’est pas interdit de se souvenir de l’héritage que ceux qui sont descendus et ceux qui sont remontés nous ont légué.

Car par-delà la figure de Clémenceau, le maître à penser de l’actuel hôte de Matignon, les mots de Jaurès à la chambre en juin 1906 cinglent à nos oreilles : « Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité ».

Des Goodyear à Air France, des #OnVautMieuxQueCa aux centaines de milliers d’insoumis qui étaient dans la rue le 9 mars, on se souvient. Et désormais on sait.

Et les « délégués politiques de la Nation » selon l’expression de Jaurès, ont-ils eux aussi, 110 ans après, enfin entendu cette « sommation de justice sociale » ?

Nous serons-là dans les semaines à venir non seulement pour la leur rappeler mais pour la leur imposer.

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