Et vous Madame Vallaud-Belkacem, quelle est la finalité de votre action ?

Demain 26 janvier, les enseignants seront doublement mobilisés. En tant que fonctionnaires bien sûr, ils appelleront à raviver le service public pour que ne soit pas abandonnée la primauté de l’intérêt général dans notre modèle d’organisation sociale. Plus spécifiquement aussi en tant que dépositaires et relais d’une part du savoir universel. De ce point de vue, ils ont raison de maintenir une ligne de front face à la réforme du collège qui subrepticement change la finalité même de l’Ecole : les enseignant-e-s qui sont tenus de participer aux stages de prosélytisme pour la réforme mis en place par la ministre découvrent en effet que : « Le socle commun […] définit les finalités de la scolarité obligatoire ». Où comment Najat Vallaud-Belkacem signe par décret la mise à mort de l’ambition d’émancipation individuelle et collective pour tous les enfants de la République.

Revenons un peu en arrière car nous avons ici-même traité de ces questions il y a tout juste un an (lire ici). A l’époque, la ministre se voyait remettre un rapport par Michel Lussault, celui-là même qu’elle avait installé peu avant à la tête du Conseil supérieur des programmes (CSP). Le dit rapport explicitait que « l’acquisition par tous les élèves des connaissances, des compétences et de la culture définie dans le socle commun est la finalité principale de la scolarité obligatoire ».

Une telle formulation représentait alors, fut-ce sous la plume du rapporteur, une bascule terrible. En effet, tant dans la loi d’orientation Fillon qui instituait le socle commun en 2005 que lors de la loi d’orientation Peillon en 2013, le socle, pour minimaliste et utilitariste qu’il ait été, représentait encore un noyau (« ce que tout élève doit savoir et maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire […]. Il rassemble l’ensemble des connaissances, compétences, valeurs et attitudes nécessaires pour réussir sa scolarité, sa vie d’individu et de futur citoyen»). Cet objet iconoclaste n’excluait cependant pas a priori, du moins dans les termes, la nécessité d’être complété pour tous les élèves par une culture commune de haut niveau.

En une phrase, le rapport du CSP faisait donc basculer le champ couvert par le socle d’un noyau à la finalité de l’Ecole et donc à la totalité de ce qu’elle se doit de représenter. C’est pourtant cette formulation que la ministre a choisi de reprendre à son compte. Le décret n° 2015-372 du 31 mars 2015 relatif au socle commun de connaissances, de compétences et de culture (lire ici) que les enseignants se voient jeté à la figure pour leur imposer la réforme explicite ainsi : « Le socle commun doit devenir une référence centrale pour le travail des enseignants et des acteurs du système éducatif, en ce qu’il définit les finalités de la scolarité obligatoire et qu’il a pour exigence que l’école tienne sa promesse pour tous les élèves ».

Ce qui était la lubie d’un adorateur du socle est donc devenu la nouvelle définition de la scolarité obligatoire, autrement dit de ce qui s’adresse à tous les enfants de la République. Désormais, l’Ecole ne se doit plus que de permettre l’acquisition du socle commun. cette définition nie l’école dans sa visée émancipatrice et humaniste. Elle la circonscrit au contraire à un objet minimaliste et utilitariste.

En créant un plafond artificiel, elle nie la capacité de chaque élève à progresser, à dépasser ce qu’il est pour devenir meilleur demain.

En limitant le champ de l’école au socle, elle acte et organise l’existence d’une éducation à plusieurs vitesses où la plèbe pourrait se contenter du socle quand celles et ceux qui disposent par ailleurs d’un capital social et financier seront invités à se donner le moyen de le dépasser.

Par cette phrase, l’Ecole cesse d’être l’outil collectif qui crée du sens commun. Chacun-e sera désormais comptable de sa propre réussite ou de son échec, et renvoyé à un parcours individualiste au sein duquel il ou elle pourra, ou non, compléter le smic éducatif que l’Education nationale se contentera désormais d’assurer.

Les enseignants ont bien une double raison de se mobiliser le 26 janvier. Mais les différentes raisons finalement n’en font qu’une : le souci de l’intérêt général. Tout ce que ce gouvernement est décidément incapable d’appréhender sinon pour le mettre à mal.

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