Le Grand Paris post-démocratique

VallsCe vendredi 22 janvier, la première séance de l’assemblée du Grand Paris a installé 209 conseillers métropolitains. Ceux-là ont désigné en leur sein un exécutif. Avant même la séance, les 20 vice-présidences ont été négociées : huit pour les Républicains, quatre à l’UDI, quatre au PS, deux au PCF, une à Ensemble, et une à EELV.

Ailleurs, sur chacun des 12 territoires du Grand Paris (les Etablissements Publics de Territoires ou EPT) qui se mettent en place, c’est la même comédie d’exécutifs gauche-droite qui se joue depuis le 1er janvier. En préemptant les présidences et vice-présidences pour mieux se les répartir, les maires dans la diversité de leurs obédiences en font déjà un nouvel échelon de vieux mâles cumulards.

Au-delà de la connivence et de l’entre-soi que révèlent ces pratiques, c’est surtout la co-gouvernance gauche-droite chère à Manuel Valls qui s’impose par le biais de la réforme territoriale. Les ballons d’essai lancés par le Premier ministre aux régionales atterrissent ainsi quelques semaines plus tard seulement dans les métropoles et les intercommunalités.

Ce ralliement général derrière une même politique qui s’imposerait à tous est destructeur. Il sème de la confusion chez les citoyen-ne-s et les destitue de leur pouvoir souverain en faisant croire qu’il est des décisions qui s’imposent à tous quelles que soient les orientations défendues. Les politiques font ainsi disparaître le politique derrière la technocratie. Ce qui est en jeu, c’est le remplacement du gouvernement des idées par celui du consensus au centre anesthésiant pour mieux occulter la volonté populaire

C’est aussi bien sûr un renoncement à dessiner une majorité et une opposition. Toute décision prise au sein d’un exécutif pluriel s’imposera naturellement à tous ceux qui y participent. Impossible dès lors de contester à l’échelle des territoires les injonctions qui demain tomberont d’en haut. Pour quelques postes, certains se lient les mains et rallient le principe du « consensus majoritaire », nouveau garrot pour étouffer la démocratie locale.

Car au final, c’est bien de démocratie dont il s’agit. De quelle légitimité peuvent donc se parer ces élu-e-s pour ainsi rompre avec le fait majoritaire et s’inscrire dans le mélange des genres ? La seule légitimité sur laquelle ils peuvent prendre appui pour justifier de leur action au niveau intercommunal est pourtant celle de leur élection aux municipales de 2014. C’est donc bien dans le cadre communal que s’est exprimée la souveraineté populaire. Et celle-ci est directement reliée aux orientations et engagements sur la base desquels les candidat-e-s se sont présentés devant les électrices et les électeurs. L’élection au sein des intercommunalités du Grand Paris ne découle quant à elle que d’un scrutin indirect au sein des différentes assemblées municipales. Elle est par ailleurs le fruit de constructions artificielles, la métropole du Grand Paris ou les établissements de territoire imposés arbitrairement par l’Etat étant l’antithèse des EPCI institués sur la base de regroupements volontaires ou de projets comme pouvaient l’être ceux nés après les lois de 1992 ou 1999.

Il en découle que les élu-e-s à la métropole ou dans les EPT sont tout à la fois les représentants de leur collectivité, mais aussi les dépositaires, certes partiel, du choix d’orientation majoritaire qui a été donné par leurs administrés. Entériner les exécutifs gauche-droite, c’est renier cette double dimension et refuser de la porter dans sa dualité au sein de la métropole et des territoires.

De telles pratiques qui existaient déjà dans des syndicats ou des regroupements intercommunaux volontaires ou de projets s’imposent donc comme une nouvelle norme institutionnelle à l’échelle du pays par le biais d’une carte de l’intercommunalité remodelée. Le cours post-démocratique de la société est pris. Voilà qui ne manquera pas d’alimenter le discrédit jeté par nos concitoyen-ne-s sur la politique. Et qui rend d’autant plus nécessaire d’imposer à tous les niveaux et dans la clarté une réelle « dispute politique », seule à même de restaurer la primauté de la souveraineté populaire, et non une pseudo « compétition électorale » anesthésiante qui laisse ensuite le champ libre aux regroupements par-delà les engagements.

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