Hollande, la 5ème sécuritaire

Hollande Les 3 jours de deuil national arrivent à leur terme et, si l’émotion reste vive et appelle à ce que la fraternité perdure pour guider le rassemblement populaire, le temps du débat doit aussi reprendre ses droits. Le front des idées ne doit pas être déserté sous couvert d’une factice « unité nationale » si l’on veut que la perte de ceux des nôtres qui sont tombés sous les assauts des assassins vendredi 13 novembre ne serve à l’édification d’un mantra sécuritaire qui se substituerait à la nature républicaine de notre régime commun.

A dire vrai, François Hollande n’avait pas attendu ce délai pour rompre lui-même la trêve. Devant le Congrès et à l’applaudimètre, le chef de l’Etat a en effet reçu le succès d’estime qu’il était venu chercher à Versailles lundi 16 novembre. Comment eut-il pu en être autrement quand son discours reprenait point par points les desiderata de la droite et de son extrême avec l’approbation sidérante d’un parti socialiste en perte de repères qu’il a lui-même contribué à effacer.

Ainsi, François Hollande a-t-il rejoint le FN sur la déchéance de nationalité pour les binationaux : «Nous devons pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour atteinte aux valeurs de la République, même s’il est né français, dès lors qu’il bénéficie d’une autre nationalité » a dit le chef de l’Etat. Une telle mesure fait l’objet des demandes répétées du Front national mais aussi de parlementaires de la droite dite forte, Lionel Lucas et Eric Ciotti en tête et jusqu’à Christian Jacob, président du groupe LR au Sénat qui, reçu dimanche 15 novembre par François Hollande, a insisté sur ce même point.

Cette proposition est bien sûr sans aucun effet pratique. En quoi la déchéance de nationalité permettrait-elle de mieux prévenir les assauts d’un français qui est de fait repéré et suivi puisqu’une procédure de déchéance de nationalité a pu être engagée à son encontre ? Souvenons-nous qu’en janvier 2015, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve avait répondu à Nicolas Sarkozy à propos de la déchéance de la nationalité qu’une telle mesure serait contraire à la Convention européenne des droits de l’homme. Cela ne semble pourtant plus être un obstacle pour le gouvernement. Il s’agit désormais pour François Hollande de donner des gages dans le registre du symbolique. Mais quel symbole ! En liant la lutte contre le terrorisme à la question de la nationalité, y compris pour les français nés en France, François Hollande enfonce à la fois un coin dans le droit du sol mais instille aussi l’idée de Brice Hortefeux d’un « ennemi de l’intérieur ».

De la même manière, François Hollande abonde dans le sens de Nicolas Sarkozy, lequel demandait que les « fichés S » soient équipés d’un bracelet électronique et assignés à résidence. Or le système des fiches S est un système de surveillance et de renseignement. Mettre en œuvre une telle mesure en changerait la nature et conduirait donc à traiter en coupables des individus de manière préventive sans que le passage à l’acte voire même la velléité de produire celui-ci soit avérée. Le monde de « Minority report » apparait par rapport à cela comme un havre de liberté…

François Hollande a par ailleurs ouvert la voie à la redéfinition de la légitime défense pour les fonctionnaires de police : « La question de la légitime défense des policiers et des conditions dans lesquelles ils peuvent faire usage de leurs armes devra être traitée toujours dans le cadre de l’état de droit », a souhaité le président. Le pire est à craindre quand l’état d’exception s’applique au quotidien et qu’au nom de la sécurité face à une menace spécifique on entreprend de transformer une règle générale dont la définition repose justement la garantie de la sécurité collective de tous.

Ce glissement vers la généralisation de l’état d’exception, François Hollande va même jusqu’à vouloir le constitutionnaliser. Ainsi, le chef de l’Etat a annoncé vouloir introduire à l’article 36 de la Constitution l’état d’urgence en plus de l’état de siège. Pour l’heure, l’état d’urgence relève d’une simple loi de 1955 adoptée pour faire face à la crise algérienne. Il acquerrait ainsi valeur constitutionnelle. Bien sûr, trop occupé à user de la synthèse avec la droite comme autant de chausse-trappes politiques, le Président n’entend pas soumettre la révision de celle-ci au peuple français et lui préfère les artifices du jeu parlementaire.

Les prochaines semaines vont voir le débat grandir sur l’ensemble de ces questions. Mais avant cela, François Hollande entend dès cette fin de semaine prolonger l’état d’exception que constitue l’état d’urgence pour une durée de 3 mois. Avant même que d’être constitutionnalisé, celui-ci se permanentiserait. Les parlementaires sollicités jeudi et vendredi ne doivent commencer cette discussion en plaçant celle-ci sous l’égide d’un état d’urgence déjà instauré. De la même manière, tenir des élections en état d’urgence est un problème. Mais le problème, ce ne sont pas les élections régionales des 6 et 13 décembre qui participent de la vie démocratique de ce pays et qui ne sauraient s’effacer sous les assauts des agresseurs du 13 novembre. C’est l’état d’urgence qui serait concomitant à l’élection et à la campagne qui poserait problème !

Par ses annonces devant le Congrès, François Hollande a institutionnalisé la discussion. Ce faisant, il entend prolonger la dérive sécuritaire de la 5ème République. Il dispose pourtant déjà de tous les moyens d’action nécessaires pour répondre à la situation actuelle. Les mettre en œuvre éviterait au peuple de faire les frais d’une utilisation mesquine de la tragédie qui le frappe déjà si durement.

Un commentaire sur “Hollande, la 5ème sécuritaire

  1. MAÏS Jean Paul dit :

    Dis-moi François, une « mantra », c’ est quoi ? J’ aime bien tes articles, mais si tu souhaites que ton billet soit lu par le plus grand nombre – ce dont je ne doute pas – éviter un langage trop savant !
    Amicalement et bon courage,

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