Après l’externalisation, Carvounas fait payer les rythmes scolaires

Carvounas VallsIl y a 18 mois, alors que Vincent Peillon imposait son décret sur les rythmes scolaires. Nous avions ici-même diagnostiqué le processus d’externalisation et de privatisation rampante des activités périscolaires que constituait cette réforme (lire ici). Il n’avait d’ailleurs pas fallu attendre longtemps pour que le très valsiste Luc Carvounas en fasse la démonstration en procédant à un appel d’offre pour attribuer le « marché » des nouvelles activités périscolaires (NAP) dans la ville d’Alfortville dont il est sénateur-maire (entre autres). Un an plus tard donc, le deuxième étage de la fusée est lancé : Luc Carvounas a annoncé aux parents d’élèves par courrier daté du 10 juin 2015 que non seulement les taux d’encadrements seraient ramenés à leur niveau plancher, mais que parallèlement les NAP deviendraient payantes dès la rentrée de septembre. CQFD !    

La fuite en avant de Luc Carvounas dans la marchandisation des temps éducatifs mérite d’être examinée dans son ensemble tant le processus met en lumière tous les maux de la réforme des rythmes scolaires et le panurgisme de celles et ceux qui l’appliquent benoîtement. Dans son courrier (lire ici), le cumulard d’Alfortville bafoue ainsi les principes démocratiques élémentaires en termes de concertation, fracasse la qualité supposée des NAP, et rend ces dernières payantes. Bref, la course au moins-disant sur le dos des citoyen-ne-s est lancée.

Luc Carvounas prend ainsi d’abord soin de livrer une vision apologétique de la mise en place de réforme des rythmes scolaires à Alfortville. Selon lui, « les travaux menés par une commission composée de parents, d’enseignants, et de représentants de la ville ont conclu […] à un bilan globalement positif ». Dans la presse (lire ici), il est même dithyrambique allant jusqu’à parler « d’excellence ». Pourtant, dans son courrier, l’édile convient que « des mesures d’amélioration […] devront être impulsées dans le domaine de la communication et des échanges avec les parents », mais aussi « en matière de posture et de formation des animateurs » ainsi que sur « le contenu des parcours ». Résumons : les rythmes scolaires à la sauce Carvounas sont déficients dans le lien avec les familles, insatisfaisants en termes de qualité d’encadrement et de qualité des activités proposées, mais le maire les juge « excellents ». Avec un tel commercial, le prestataire qu’est La Ligue de l’Enseignement n’a pas de souci à se faire !

Ceux qui par contre peuvent y trouver à redire, ce sont les parents d’élèves. D’ailleurs, ils ne s’en privent pas (lire ici). Car Luc Carvounas les prend délibérément en otages pour les associer bien malgré eux à ce bilan qui ne partagent en rien. Ainsi, bien que membres du comité de pilotage, ils n’ont pas même été destinataires (et ont donc d’autant moins validé) les comptes-rendus des visites de bilan. A défaut d’un processus de contrôle et d’amélioration citoyen qu’aurait pu être ce comité de suivi, Luc Carvounas a préféré mettre en place un gadget pour servir sa posture idéologique et se draper dans les habits d’une démocratie locale qu’il met en lambeaux.

Mais les principaux méfaits du sénateur-maire sont encore à venir. Luc Carvounas annonce ainsi dans son courrier que « quelques points d’ajustement seront conduits par notre prestataire à la rentrée, notamment en matière de taux d’encadrement ». « Ajustement », voilà pour l’euphémisme : ce que fait Luc Carvounas, c’est ramener les taux d’encadrement aux taux plancher ! Impossible de faire moins ! Concrètement, il y aura à Alfortville à la rentrée 1 animateur pour 14 enfants en maternelle là où il y en avait jusqu’à présent 1 pour 10, et 1 animateur pour 18 enfants en élémentaire là où il y en avait 1 pour 14. Au panier les promesses de celui qui s’engageait en septembre 2014 à maintenir les taux d’encadrement. Pince sans rire, il justifie son reniement par « des questions d’optimisation de coûts et de gestion ». Optimisation de gestion ? Autrement dit la « gestion » des enfants et leur mise en activité serait optimisée, rendue maximale, en réduisant le taux d’encadrement ? De qui se moque-t-on !

Il convient à ce stade de se souvenir du maire d’Alfortville qui, la main sur le cœur, déclarait en 2014 que l’appel d’offres lancé par sa municipalité pour les NAP devait permettre d’assurer un encadrement en nombre et en qualité car il était très compliqué d’y répondre dans le cadre du service public : « En régie publique, ce serait impossible. Comment voulez-vous trouver autant de monde (300 animateurs seraient nécessaires) pour occuper si peu de plages horaires ? La masse salariale représente déjà 53 % du budget de fonctionnement. Mieux vaut un délégataire dont c’est le métier, entouré d’animateurs formés ». Un an après, l’argument a volé en éclats !

Reste la fin de la gratuité. Il y a un an, sur ce blog, j’évoquais lors de l’exetrnalisation initiée par Luc Carvounas : « Et la réalité anti-républicaine d’une école différenciée selon les territoires comme le théorise la réforme Peillon de se décliner d’un coup très concrètement. Soit les villes sont « riches » et elles pourront continuer à assurer un service public de qualité et gratuit. Soit elles le sont moins et elles auront le choix entre le fait de rendre payantes les activités périscolaires…ou les externaliser, ce qui d’ailleurs reviendra au même, la gratuité maintenue d’aujourd’hui préparant l’appel au financement par les familles de demain ». Nous y voilà rendus.

Se cachant derrière « un contexte financier particulièrement difficile » dont il est pourtant l’un des hérauts en relayant le dogme austéritaire de son maître Manuel Valls, Luc Carvounas se voit contraint « pour maintenir un niveau satisfaisant de service » de « mettre en œuvre une tarification des NAP ». Est-ce donc à dire que les nouvelles activités périscolaires, pour « maintenir un niveau satisfaisant de service », ne peuvent qu’être rendues payantes ? Et donc que la réforme des rythmes scolaires porte intrinsèquement en elle le virus de l’externalisation, puis de la tarification auprès des familles, et donc en fin de compte de la privatisation ?

L’aveu de Luc Carvounas n’est pas une petite affaire : c’est en effet du principe de gratuité que découle le principe d’obligation scolaire, fondateur du triptyque de l’école publique laïque, gratuite et obligatoire. Rompre la gratuité, c’est rompre l’égalité devant les apprentissages à l’heure où est instillée la porosité entre temps scolaire et temps périscolaire. C’est l’école à plusieurs vitesses (ou à plusieurs prix) des marchands qui remplace l’Ecole de la République. Luc Carvounas est un apprenti sorcier et Alfortville est son laboratoire. Mais là où les alchimistes cherchaient à transformer le plomb en or, lui réduit la République en cendres en s’attaquant d’abord à son Ecole.

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