Valls, le polyglotte libéral

VallsLa dérive sémantique de Manuel Valls est telle que si l’on n’y prenait garde, on s’y habituerait. Mais le valssisme est une langue à part entière : celle des libéraux brutaux et coloniaux. Dernier exemple en date, les piques assassines de Manuel Valls à l’encontre du peuple grec et de la démocratie depuis le Portugal. Comme toujours l’air de ne pas y toucher. Va donc pour le dictionnaire reverso.

Yanis Varoufakis, le ministre grec des finances était à Paris ce 9 avril. C’est pourtant depuis le Portugal où il était en visite officielle que Manuel Valls lui a donné la réplique ce 10 avril dans une interview au journal Diario Economico. Inquisiteur, le Premier ministre en a profité de manière subliminale pour mettre en garde les portugais contre tout nouveau soubresaut au moment où les partis du système ont réimposé dans le pays avec le FMI et la BCE l’orthodoxie libérale. Et quelle menace plus efficace à l’encontre du Portugal que l’affichage de l’asservissement imposé au peuple grec.

Mettant ses pas dans ceux des agences de notation, Manuel Valls s’est empressé de juger « insuffisants » les progrès d’Athènes. Fort de son coup de semonce, il serre avec une perversité apparemment jouissive le nœud coulant passé au cou des grecs : « Comme vous le savez, le temps presse. L’Etat grec doit faire face prochainement à des échéances de remboursement importantes. Et les choses sont simples: pour que l’assistance financière européenne puisse jouer normalement, le gouvernement grec doit définir rapidement une liste de réformes plus profondes». Dénigrement, urgence, menace, tous les moyens de pression sont bons pour celui qui se joint à la horde menée par sa chef de meute Angela Merkel.

Car depuis le début de la semaine, la pression monte encore quoi que fasse à Athènes. Le 9 avril, le gouvernement grec s’est bien acquitté d’une échéance de 459 millions d’euros due au FMI, mais cela ne saurait suffire à Washington. A Bruxelles, c’est sur le terrain des « réformes » à mener que le groupe des dits experts de l’Euro Working Group ont cloué les grecs au pilori en rejetant mercredi 8 avril les nouvelles propositions du gouvernement grec. Le chantage au précipice bat comme toujours son plein avant la prochaine réunion de l’Euro groupe (ministres des finances de la zone euro) le 24 avril qui doit décider de débloquer ou non les 7,2 milliards d’euros prévus.

Merkel, Draghi, Juncker, Lagarde, Valls : si le club des cinq monte ainsi à l’assaut, c’est que l’inquiétude gagne le rocher de l’Europe austéritaire qui se voulait inamovible. Alexis Tsipras est en effet en visite d’état en Russie. Et si les seigneurs de l’Europe sont prêts à sacrifier la Grèce, ils ne sauraient souffrir qu’elle ouvre une nouvelle perspective en se tournant à l’est et plus encore qu’elle essaime en Chypre, en Hongrie ou encore en Autriche. Quitte à pratiquer la politique de la terre brûlée.

Alors Manuel Valls use du bâton. Voilà le peuple grec sommé d’obéir et sa souveraineté remise aux calendes locales : « La position de la France n’a jamais varié: il faut tenir compte du vote du peuple grec, mais il y a aussi un cadre institutionnel et des engagements pris. Ils doivent être respectés ». Ainsi donc pour Valls la souveraineté populaire doit elle être simplement « prise en compte ». Ce n’est plus elle qui pour le Premier ministre structure le champ démocratique. La souveraineté populaire doit elle aussi passer sous les fourches caudines de la pensée unique berlino-bruxelloise et se soumettre au « cadre institutionnel ». En une phrase Manuel Valls a résumé sa pensée : la démocratie doit faire place nette à la technocratie libérale. Cynique, le Premier ministre va jusqu’à déclarer au quotidien économique portugais qu’il défend une « solution acceptable pour tous », se repeignant en garant de l’intérêt général pour des grecs qu’il réduit au silence.

Le langage vallsiste n’est certes plus une surprise. Au point que Christiane Taubira critique ouvertement « cette gauche qui a adopté les mots de la droite ». Mais le glissement est plus profond que la simple partition du champ politique. Il traduit un alignement avec les libéraux atlantistes tant en termes d’économie que de visions géostratégiques. Il induit une redéfinition du rôle de France non plus en tant que nation universaliste mais comme prédatrice. Il officialise le basculement de la souveraineté populaire vers l’accaparement du pouvoir par les élites. En récitant ce catéchisme, Manuel Valls est certes devenu polyglotte. Mais il en a oublié la langue de la France humaniste et universaliste.

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