Le classement 2014 des lycées des ministres

Comme tous les ans, c’est la foire au classement des lycées. Et depuis quelques années, l’Education Nationale elle-même se livre à cette tartufferie. Alors tant qu’à être dans le grotesque, examinons cette année le classement des lycées de nos ministres. Ô surprise ! La valeur négative attribuée en correction à la plupart d’entre eux nous pousserait presque à croire que l’action gouvernementale des intéressés a été intégrée dans les paramètres. Le détail ici.

Avant de passer à la liste tant attendue, un préalable comme le fait le ministère de l’éducation nationale. L’éducation nationale s’est désormais saisie de ce classement des lycées. Derrière l’affichage qui consiste à ne pas laisser ce sujet à la presse aspirateur de neurones, force est de constater que le ministère de l’éducation a ajouté son poids institutionnel aux promoteurs du consumérisme éducatif en s’engageant derrière ce processus. Ou quand les politiques se rallient au système au mépris des idéaux…

Car ici se trouve le hiatus. Nul ne saurait aujourd’hui au ministère défendre l’école de l’égalité quand l’institution elle-même fait la promotion de ses différences en accréditant l’idée que tous les lycées ne se valent pas. Najat Vallaud-Belkacem peut bien ânonner « carte scolaire, carte scolaire, carte scolaire », c’est elle qui organise la mise en concurrence entre établissements et qui alimente les pratiques consuméristes des parents en matière d’éducation.

Le ministère prétend instaurer des correctifs entre « résultats réels » et « résultats attendus » au regard des profils des élèves accueillis. Pour autant, comme l’évoque Agnès Van Zanten dans une interview au Monde (lire ici), ces paramètres « ne sont pas simples à lire ni à interpréter » pour les familles. Ils sont d’abord des outils au service des « familles dites averties » au détriment des « familles plus populaires […] qui respectent davantage les critères d’affectation, de proximité ». Et la chercheuse de rappeler que ce classement est quasi une spécificité française (avec la Grande et les Pays-Bas mais à l’inverse des pays nordiques que toutes les belles âmes de la rue de Grenelle prennent pourtant en exemple à longueur de journées) et que les retours outre-Manche confirment l’utilisation de ce classement d’abord « par les parents des milieux favorisés ». Bref, ce classement est bien un outil au service des détenteurs d’un capital socio-culturel qui mettent à profit leur capital économique pour pratiquer l’entre soi et exacerber les inégalités.

Il est jusqu’à la structure institutionnelle de l’éducation nationale qui est impactée par ce classement. Ainsi, l& propagande du ministère présente sur son site ce palmarès comme ayant pour objet de « diffuser au grand public des éléments d’appréciation de l’action propre de chaque lycée ». L’action propre de chaque lycée. Le critère proposé aux familles s’inscrit donc dans les pratiques et offres différenciées des lycées et n’est au final rien d’autre que l’instillation dans les esprits du grand nombre des vertus supposées de l’autonomie des établissements. Plus loin, ce classement est présenté comme un instrument de pilotage interne pour « les responsables et enseignants des lycées ». Sans doute est-ce pour cela que la primeur de ce classement est donnée au Figaro, au Monde, à Libé et autres Parisien avant d’être publiée sur le site du ministère comme ce fut une fois encore le cas cette année.

Chacun-e le mesure, ce classement est purement idéologique. Toute autre présentation serait grotesque. Nous pouvons donc nous sentir autorisés à prolonger la farce et à aller regarder de plus près le bilan 2014 des établissements fréquentés par le Président de la République et les ministres du gouvernement Valls.

1er Prix : Lycée Delambre à Amiens : 71% de réussite au bac mais surtout 9 point de moins entre « le résultat réél » et le « résultat attendu ». Cela ne s’invente pas, c’est le lycée qui a vu s’épanouir…la ministre de l’éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem.

2ème prix : Lycée Janson de Sailly dans le très chic VIème arrondissement de Paris avec un différentiel négatif de trois points, comme une sanction à l’atlantisme invétéré du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius qui en fut l’élève. Mais entre belles personnes, on en reste quand même à un taux de réussite au bac de 94%.

3ème prix : Lycée Pasteur à Neuilly-sur-Seine où, à tout Seigneur tout honneur, un éloge négatif de deux points a été rendu au Président François Hollande, bien peu cher payé il faut le dire au regard des désastres engendrés tout le long de l’année. La Caste locale a malgré tout assuré ses arrières avec un taux de réussite de 96%.

Au pied du podium, le lycée Carnot de Dijon qui enregistre un résultat décevant (-1) comme le sont ceux de son ex-pensionnaire François Rebsamen sur le front de l’emploi, et le lycée Charlemagne de Paris IVème où le la différence de -1 entre le réalisé et l’attendu par Manuel Valls relève du doux euphémisme.

Henri IV qui a hébergé Michel Sapin et Emmanuel Macron ne risque pas un tel recul : son taux de réussite se maintient à 100 %. Pour jouer gagnant, jouons placé…

Notons enfin que le même Macron avait fait ses classes dans le privé au lycée La Providence d’Amiens. Là, le fameux classement de Najat Vallaud-Belkacem ne trouve rien de mieux que de valoriser cet établissement privé en bonifiant son évaluation de deux points.

Absurde vous avez dit ?

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