Avec Luc Carvounas, vogue la galère vers les régionales

Carvounas VallsA contre-courant. En 2011, dans sa volonté de conquête du Val-de-Marne, le premier fédéral du PS94 Luc Carvounas avait voulu faire rendre-gorge au Front de Gauche en s’opposant systématiquement aux candidats de la gauche radicale. Echec patent. En 2015, le même, plombé par la politique gouvernementale de son mentor Manuel Valls mais adepte du grand écart, en appelle cette fois à « l’union de la gauche », laquelle devrait selon lui se matérialiser lors des élections régionales à venir. Le scrutin départemental vient pourtant de faire la démonstration inverse : c’est par la mise à distance du PS que le Front de Gauche a su conserver le département alors même le parti solférinien subit dans ce département comme ailleurs un échec retentissant. Mais que diable irions-nous donc faire dans cette galère ?

Quelle armada ! Si François Hollande pédale, Luc Carvounas rame. Le sénateur-maire d’Alfortville vient de subir une double sanction populaire. C’est bien sûr la politique de Manuel Valls et dont il est le chantre qui a été désavouée dans les urnes les 22 et 29 mars. Mais c’est aussi un échec personnel pour le premier fédéral PS du Val de Marne. Ainsi, si grâce à son autonomie par rapport au PS au 1er tour le Front de Gauche a pu conserver le département face aux assauts de la droite et renouveler 18 conseillers départementaux, le PS porte lui la responsabilité de la perte de deux de ses cantons et perd plus de 20 % de ses conseillers départementaux (de 9 à 7).

Partout, les reculs en voix du PS sont manifestes par rapport aux municipales d’il y a tout juste un an : à Ivry le PS perd en un an 34,8 % de ses voix (1835 contre 2818), à Chennevières 33,1 % (de 827 à 553), à Chevilly plus de 60 % (de 1385 à 549). A Alfortville, chez Luc Carvounas, le recul est de plus de 23 % en douze petits mois et à Villiers, la perte de 33,5 % des électeurs a conduit à l’élimination du PS dès le premier tour ! Le plus bas historique du PS n’est pas situé le 23 mars 2014 lors des municipales comme Manuel Valls voudrait nous le faire croire, mais les 22 et 29 mars 2015 à l’occasion de ces départementales. Le naufrage continue !

Alors pour échapper à la noyade, Luc Carvounas essaie de colmater les brèches de son propre rafiot. Le voilà qui réécrit l’histoire et cherche à s’arroger la paternité de la victoire : « la stratégie d’union que je défendais depuis septembre est la seule équation qui permette à la gauche de résister à une droite en phase de conquête. Le Val de Marne a montré que lorsque l’on se rassemble, on peut gagner tous ensemble ». Voilà celui qui a transformé son « titre » de secrétaire national du PS aux relations unitaires en secrétaire national aux relations extérieures qui vient donner des leçons d’unité. Mais surtout, faut-il rappeler à Luc Carvounas que des listes du Front de Gauche faisaient face à ses listes PS dans 22 cantons sur 25 ? Là où l’union dès le premier tour avait conduit à la perte d’un bastion communiste historique comme Villjejuif il y a un an, là où l’union autour du PS a conduit à la perte de l’Essonne hier, la confrontation dans les urnes avec le PS a permis lors de ces départementales dans le Val-de-Marne une démarcation qui a évité au Front de Gauche de se faire aspirer dans le tourbillon solférinien.

Certes au second tour des rassemblements se sont opérés et, il faut bien le dire, des nuages ont obscurci la clarté nécessaire au débat public quand des éminences sont venus défiler pour singer une campagne main dans la main. Mais ces parades n’ont pu masquer que ces rassemblements n’ont pu se faire que parce que la centralité du Parti Socialiste avait été invalidée dès le premier tour et que les électrices et les électeurs savaient que leur vote permettait de donner une majorité Front de Gauche pour la majorité à venir. Le Parti Socialiste ne peut plus agréger par lui-même. Tout juste peut-il se faire réceptacle de la volonté de voir la gauche radicale offrir une alternative à l’alternance des partis du système.

L’appel de Luc Carvounas à l’union pour les régionales relève donc tout autant du déni de l’échec du PS aux départementales que de l’impasse stratégique dans laquelle il souhaite enfermer le Front de Gauche. Son assertion selon laquelle « demain, les régions ne resteront à gauche qu’à condition d’être rassemblées » a été invalidée hier dans les faits.

Pour autant, force est de constater que l’autonomie et la mise à distance du parti socialiste sont des conditions nécessaires mais pas suffisantes. Dans le Val-de-Marne, au prix d’une extraordinaire campagne militante, le Front de Gauche a certes offert une belle résistance face à la droite. Mais celle-ci passe néanmoins de 18 à 22 sièges au sein de l’assemblée départementale. Quant au FN, s’il n’a pu faire valoir un résultat décisif dans le Val-de-Marne, il serait dangereux d’ignorer qu’il gagne 5551 voix depuis les européennes de mai dernier soit une augmentation de presque 10 %. La pente est là.

Le Front de Gauche a su dans le Val-de-Marne consolider son assise électorale en mobilisant les siens. C’est un succès incontestable et indispensable en ces temps de reflux. Les 55% d’abstention dans le département, s’il faut bien sûr les regretter, ont fait le reste. Mais on l’a vu, cela ne répond pas au mouvement de fond qui secoue les tréfonds du pays. L’insurrection froide qui se manifeste par la grève électorale laisse aller le cours vers la grande catastrophe.

Le PS est non seulement incapable d’y répondre mais il s’avère être un obstacle à la solution. Le sursaut ne peut donc venir que par la mise en mouvement des immenses énergies citoyennes qui se réfugient ou se complaisent dans l’abstention. C’est là que se situe le réservoir pour ne plus avoir à se contenter de résister mais pour être source de reconquête du champ de l’humanisme universel face à la droite et à l’extrême droite. Il est temps d’offrir à notre peuple, dans la clarté, une nouvelle alliance populaire, crédible, indépendante de ce gouvernement et qui secoue le joug ancien.

Les élections régionales ne peuvent pas être l’occasion d’une ultime et inutile union de façade entre organisations mal assorties comme le propose Luc Carvounas. Cela doit être au contraire le rassemblement des citoyennes et des citoyens qui partagent la même visée de l’intérêt général humain, le rassemblement de toutes celles et tous ceux qui veulent plus déléguer mais reprendre en mains leur souveraineté. Il est temps de détacher les fers qui nous emprisonnent dans cette galère. N’en déplaise à Luc Carvounas, l’heure de la grande bifurcation démocratique a sonné.

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