Cambadélis met un contrat sur la tête de la République

sans-titre (16)Invité de la matinale de France-Inter mercredi 11 mars, Jean-Christophe Cambadélis a enterré le cadre national républicain pour céder lui aussi aux sirènes de la régionalisation et de la France fédéraliste. Le premier secrétaire du Parti Socialiste a annoncé rien moins qu’une contractualisation avec les régions pour supprimer dans un avenir proche des départements ! Ce n’est donc plus la Loi républicaine qui définirait le cadre institutionnel de notre pays au regard de ce qui doit être bon partout et pour tous, ce seraient les contrats passés avec les nouvelles régions qui imposeraient leurs particularismes à la souveraineté populaire. Décidément, à force de côtoyer ses collègues acculturés du PS, il ne reste à Jean-Christophe Cambadélis plus rien de sa formation initiale…

Interrogé par Patrick Cohen sur la suppression des départements, Jean-Christophe Cambadélis s’est positionné en fer de lance de la réforme territoriale dans sa version la plus valssiste : la suppression ou non des départements sera réglée par contrat avec chaque région.

Jean-Christophe Cambadélis offre donc aux régions la responsabilité de définir le cadre institutionnel en leur sein. Celui-ci ne serait donc plus le même à l’échelle de la République. Que l’on habite dans une région ou dans une autre, il y aurait ici des départements qui subsisteraient, ailleurs ils disparaitraient laissant une place vide qu’occuperait la région, ailleurs encore ils seraient fusionnés…Les citoyens, pour peu qu’ils aient encore des droits sociaux égaux, devaient les exercer dans des cadres différents, et donc sous des modalités différentes, et donc avec des différences de traitement évidentes, selon l’endroit où ils se situeraient sur le territoire national. C’est bien l’Egalité qui est la première victime de la République à géométrie variable à laquelle s’est rallié le premier secrétaire du PS.

Mais regardons-y de plus près. Ce que dit Cambadélis, c’est que les régions seront partie prenante de l’élaboration du cadre institutionnel à l’échelle de leur territoire. On peut même penser que la dévitalisation que cela engendrerait du côté de l’Etat leur permettrait de traiter avec lui d’égal à égal voire de lui imposer leurs vues. Elles seraient les nouvelles dépositaires d’une fraction de la souveraineté populaire qui se verrait ainsi divisée. En effet, la Nation française en tant que corps politique ne serait plus prescriptrice de ce qui en terme d’organisation institutionnelle serait bon pour tous ses membres liés par une même adhésion à un contrat politique et social. Le cadre institutionnel délégué aux régions organisant la déclinaison de la souveraineté populaire, celle-ci ne pourrait dès lors plus s’exprimer dans la Nation mais uniquement dans ses parties. La France ne serait plus Une et indivisible mais un agrégat de régions qui décident sur leur territoire des formes démocratiques (ou non d’ailleurs). La France fédérale en somme.

La troisième rupture manifeste qu’exprime Jean-Christophe Cambadélis, c’est la primauté hollandaise du contrat sur la loi jusque dans la définition du cadre institutionnel de notre pays. Un cadre institutionnel n’étant jamais neutre mais défini au regard d’une politique donnée, il n’est finalement pas étonnant que la pensée économique libérale se décline jusque dans celui-ci. Ainsi donc, ce ne serait plus au peuple, par référendum par exemple, ou même à sa représentation, de définir une structure commune où les parties d’un tout commun pourraient s’exprimer de la même manière. La Loi comme expression de la volonté générale disparait derrière le contrat passé au cas par cas avec chaque région et l’intérêt général s’efface derrière celui des particularismes locaux. Le peuple politique s’éteint derrière des communautés territorialisées.

Nul n’était dupe. Manuel Valls avait fait mine de reculer sur la suppression des départements pour mieux les faire disparaitre à l’horizon 2021. Mais par la méthode révélée par Jean-Christophe Cambadélis sur France-Inter, on constate que ce n’est pas seulement le département en tant qu’échelon territorial qui est visé, mais la République et la souveraineté populaire qui la nourrit qui doivent être démantelées. Dans 10 jours à l’occasion des dernières élections départementales, les fossoyeurs de la République devront être enterrés sous le poids du rejet en plus de l’être sous celui de la honte.

 

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