Quand les banques sont invitées à venir endoctriner à l’école

A l’occasion de la Semaine de l’argent organisée par la Fédération des banques européennes, ce sont donc une soixantaine de classes d’élémentaire qui ont été sélectionnées pour participer à l’expérience de la Fédération bancaire française, organisme qui défend les positions des banques du pays, Voilà les banksters qui se jettent dès le plus jeune âge sur un public captif pour leur inculquer le dogme de la bien-pensance capitaliste. Les mêmes qui ont lancé une charte de la laïcité à l’école se précipitent pourtant pour livrer et nos enfants aux marchands du temple. Les banquiers dehors ! Et pensez à embarquer Najat Vallaud-Belkacem avec vous !

Lundi 9 mars avait lieu à Ormesson (94) la première expérience d’atelier dit « ludopédagogique » d’éducation budgétaire. Le tout avec l’assentiment d’un ministère de l’Education nationale qui en labellisant de telles initiatives spécule ouvertement sur l’avenir de nos enfants.

 Sous couvert d’un jeu de plateau de questions/réponses, un banquier se trouve face aux jeunes élèves de primaire et distille les préceptes du bon capitalisme. Ainsi, l’objet du « jeu » est d’avancer sur le plateau pour arriver au magasin de souvenirs avant la fermeture et ainsi pouvoir mettre en application ce qui aura été inculqué : consommer !

Là se situe la matrice de cette opération. Les formulations des questions et réponses (ici et ici) ont été travaillées de manière à laisser le moins de prises possibles à la contestation. Pourtant, toutes placent l’enfant face à une situation d’achat. L’émancipation made in Vallaud-Belkacem passe donc par la consommation.

Au-delà du jeu, la présence du banquier dans la classe prend tout son sens pour les tenants du système quand ce dernier présente aux élèves le document « J’invite un banquier dans ma classe » (à télécharger ici). Celui-ci vise à « compléter le jeu. Vous pouvez sonder vos élèves ou répondre à leurs questions quant au fonctionnement de la  banque, à son rôle dans l’économie et dans la vie quotidienne ». L’enfant n’est plus simplement acteur, il reçoit un cours d’économie libérale qui reprend tous les leitmotivs de la bien-pensance libérale. Jugez plutôt.

A la question « Que fait une banque », les élèves se voient apporter une réponse idéalisée dégagée des oripeaux de la financiarisation : « Une banque collecte l’argent », « elle fournit des moyens de paiement », « elle prête de l’argent aux particuliers, commerçants, entreprises, collectivités territoriales, etc… ». Finalement, tout est dans ce « etc… » bien utile pour masquer l’activité principale des banques aujourd’hui qui consiste à spéculer sur la misère, à jouer des milliards à la roulette russe et se goinfrer sur le dos des peuples. Mais sans doute la vérité est-elle indicible face à des enfants.

Dès la deuxième question, le système financier se cabre : « La banque est-elle un service public de l’Etat ? ». La réponse est sèche et brutale des fois que le retour de banques nationalisées soit envisagé : « Non, une banque est une entreprise privée ». Fin de la discussion.

Puis vient le gavage des esprits autour du remboursement de la dette. Si les enfants n’avaient pas assez de TF1 et consorts pour être abreuvé de la pensée des austéritaires, ils se la voient désormais aussi infligée à l’Ecole. Le point 6 pose la question : « Que se passerait-il si les clients ne remboursaient pas leurs prêts ?». Et bien c’est tout perdant pour vous vous dit votre maître-banquier pour vous culpabiliser : « La banque ne pourrait pas restituer les dépôts ». Bref, la mauvaise santé de l’économie serait de votre faute. Voilà un thème qui doit sacrément être bien reçu quand les banquiers l’abordent avec les élèves grecs dans le cadre de cette campagne européenne qui se déroule dans 22 pays….Pour celles et deux qui n’auraient pas compris, votre banquier y revient au point 10 : « Pour emprunter, il faut être majeur et pouvoir rembourser ». Ou encore au point 5 : « Les remboursements de ces crédits par les emprunteurs permettent à chacun de pouvoir retirer son argent à la banque ». Rembourser c’est compris ?

Cette opération est un pur scandale complaisamment orchestré par le ministère de l’éducation nationale, les lobbys banquaires et l’Union européenne. Où quand les dépositaires de la République livre la principale richesse de notre pays, ses enfants, à la canaille. Les digues anti laïques sautent les unes après les autres à l’Ecole. Un jour ce sont les établissements scolaires privés que PS et gouvernement veulent promouvoir (lire ici). Le lendemain, les enfants sont confinés dans une classe avec un gourou-banquier. Les libéraux de tous poils se répartissent le travail. Pour le Val-de-Marne, là c’est le PS Luc Carvounas, le sbire de Manuel Valls qui co-signe le rapport du PS sur la ‘cohésion républicaine » et dans lequel on trouve la volonté de développement des établissements scolaires privés. Ailleurs c’est la maire UMP d’Ormesson Marie-Christine Ségui qui justifie l’irruption des banquiers dans les classes par le fait que : « L’objectif est de promouvoir l’éducation financière comme une des dimensions essentielles de l’éducation des citoyens, et tout particulièrement des jeunes ». Affreux ! Mais il faut dire qu’hier l’actuel président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, alors président du Conseil général du 93, avait ouvert la porte en permettant à BNP-Paribas de venir faire son auto-promotion dans les collèges de Seine-Saint-Denis.

Chacun-e mesure qu’il s’agit là d’une rupture avec l’essence même de l’école républicaine. Avec Najat Vallaud-Belkacem, les nouvelles valeurs de l’école publique visent désormais à promouvoir l’émancipation au travers de la propriété et des croyances. C’est à l’anti thèse même de la création de l’école républicaine qui pose l’émancipation au travers de la mise à distance des préjugés, qui apprend à avoir du recul sur la société et ses valeurs afin que le citoyen ensuite fasse ses choix en conscience. Il ne suffit pas d’afficher à l’entrée de l’école la « Charte de la laïcité » comme un guide de bonne conduite pour les usagers mais au contraire de garantir les conditions de l’émancipation en mettant les enfants à l’abri de toute forme d’endoctrinement pour qu’ils puissent par la raison penser par lui-même.

Les banquiers doivent être chassés des écoles de la République. Et les ministres complices doivent s’acquitter de la dette qu’ils viennent de contracter auprès de la Nation en permettant une telle forfaiture en remettant leur démission. Puisqu’il faut bien rembourser…

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