Partielle du Doubs : usurpation totale

La 5ème République est un naufrage. A eux deux, les qualifiés pour le second tour de l’élection législative partielle de la 4ème circonscription du Doubs n’ont recueilli dimanche 1er février les suffrages que 23,5 % des inscrits ! C’est pourtant entre ces deux-là que les méprisés par la Caste devront choisir dimanche prochain. Ou plutôt seront comme toujours appelés à éliminer. Peu importe que cette fois ce soit le candidat PS qui soit au second tour face au FN et non l’UMP. Ce qui importe, c’est la permanence qui s’inscrit de scrutin en scrutin : pas un des candidats, pas un, n’est légitime pour exercer le mandat qui justement n’a pas été confié par le peuple. Tel est le hiatus démocratique désormais indépassable dans le cadre de la 5ème République.

Les commentateurs aux ordres peuvent bien chercher la nouveauté, imaginer un sursaut, parler d’un « effet attentats », gloser sur l’échec du retour de Sarkozy, se pâmer devant le FN, disserter sur le « front républicain » pris dans un sens ou dans l’autre…rien n’y fait. Quels que soient les protagonistes, ils ne peuvent s’appuyer sur aucune légitimité populaire. Verdict sans appel infligé par les citoyen-ne-s ce dimanche comme les précédents. En décembre dernier, lors de l’élection législative partielle de la 3ème circonscription de l’Aube, l’abstention avait atteint 75,37 %. Dans le Doubs, on dépasse encore ce dimanche les 60 % ! les rapports entre la participation et l’abstention se sont dans un cas comme dans l’autre très exactement inversés depuis les élections législatives de 2012 ! Quant aux deux qualifiés de l’aube, ils représentaient ensemble 16,4% du corps électoral en décembre. Et donc moins de 24 % cette fois dans le Doubs.

Les autres candidats ne sont assis sur rien. Le candidat du Front de Gauche dans le Doubs recueille les suffrages de 1,4 % des électeurs ! Il n’existe pas. Inutile dans ces conditions de chercher à interpréter des franges qui sont insignifiantes. Le Front de Gauche perd un quart de ses voix dans le Doubs depuis 2012 ? Et alors ? C’est moins que les 54,8% de recul en voix du PS ? Et alors ? EE-LV se maintient ce qui lui permet de grimper à …1,2% de l’électorat ? Et alors ? Voilà qui peut occuper les singes d’appareil mais le regard lucide doit se défier de s’arrêter à ces hochets. Les forces du système ont toutes été balayées.

L’échiquier politique lui-même demeure pour donner l’illusion que rien ne change. Ainsi, de l’Aube au Doubs, dans un synchronisme quasi parfait, la « gauche », dans la diversité de ses candidatures, a perdu entre 2012 et 2014 24,5% de son score d’un côté et 24,9% de l’autre. Dans l’Aube FDG et EE-LV faisaient l’appoint du PS pour 41% du total « gauche ». Dans le Doubs pour moins de 18%. Peu importe donc les équilibres au sein de la « gauche». Celle-ci s’effondre pareillement quelle que soit la nature de son électorat. De la répartition de la misère démocratique ne naîtra jamais la reconquête de la souveraineté.

Derrière les larmes de crocodiles, l’abstention de masse est un phénomène politiquement construit. Les usurpateurs ont pris le soin de faire le vide populaire autour d’eux. Pour cela, ils ont patiemment déconstitué ce qui fait sens commun pour mieux atomiser et museler le peuple. Maintenant, ils nous confisquent le pouvoir en se drapant des habits d’une démocratie d’apparat au cours d’élections en catimini démocratique. Le peuple est destitué en tant que souverain. Fin de l’acte II.

Mais ce qui définit la souveraineté demeure un point de cristallisation indépassable. Quand le pouvoir n’est plus légitime, le peuple est habilité à gifler ceux qui se sont arrogés sa représentation au cri de « Vous ne nous représentez pas » comme l’ont scandé de samedi des centaines de milliers d’espagnols plaza de la Puerta del sol à Madrid à l’appel de Podemos.

Le point de rupture est atteint. La seule réponse à l’effondrement de la part du système se situe dans la conflictualisation du choc. C’est ce qu’exprime en France la scénarisation de l’extrême-droite. C’est ce que traduit la terrible sentence de Jean-Claude Juncker, VRP de l’oligarchie, qui ce 28 janvier lançait à la face des grecs mais des peuples en général : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens». Que chacun mesure l’inversion totale des polarités démocratiques que contient cette phrase. Non seulement les traités signés entre représentants de la Caste s’opposent selon l’aveu même de Juncker au pouvoir de décision du peuple, mais ils s’imposent à la souveraineté populaire dans la hiérarchie des normes démocratiques. Le vote n’est donc qu’un pis-aller et les citoyens l’ont bien compris. Plus rien ne se joue à travers lui dès lors que le cadre lui-même serait respecté. C’est donc le cadre qu’il faut abattre.

Le sens de la bataille politique qui s’engage ne saurait être diluée dans les équations politiciennes qui n’ont plus de sens. La seule question qui vaille encore est : « Qui décide ? » Là est la césure entre celles et ceux qui veulent rendre le peuple souverain et celles et ceux qui s’accommodent de l’effondrement pour leurs calculs boutiquiers voire qui, comme le Fn, ont inscrit leur stratégie de prise de pouvoir dans ce délitement du système dans lequel ils batifolent. Pour eux tous, « Il faut que tout change pour que rien ne change » selon la formule de Lampedusa. Pour nous, un seul mot d’ordre : « Dehors ! »

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