Hollande et la Fête de l’âne

François Hollande a réussi le tour de force de transformer le 14 janvier de date de célébration en date de commémoration : il y a un an jour pour jour, à l’occasion d’une conférence de presse, le déjà calamiteux quinquennat présidentiel prenait en effet un nouvel élan pour mieux dévaler la pente. François Hollande annonçait la mise en place dans un même mouvement du pacte de responsabilité, la baisse de 50 milliards d’euros de la dépense publique, et les contours de la réforme territoriale. L’offensive idéologique s’accompagnait alors de la mise en oeuvre d’un processus déconstituant de ce qui fait sens commun en République. Une façon pour François Hollande de ressusciter l’oubliée Fête de l’âne qui tous les 14 janvier célèbre pour les chrétiens la fuite en Egypte de la famille de Jésus. Les blasphémateurs ne sont finalement pas ceux qu’on croit.

Le 14 janvier marque depuis l’an dernier un nouveau point de rupture. Non que le hollandisme n’ait pas produit en amont ses ravages. Mais lors de sa conférence de presse de rentrée, François Hollande a donné une dimension institutionnelle à l’offensive libérale et austéritaire qu’il déclinait. C’est en effet au cours de celle-ci que le Président a exposé dans le détail son pacte de responsabilité et ses 41 milliards d’euros de cadeaux aux entreprises, sans contreparties, notamment à travers le CICE.

Hasard du calendrier, c’est demain 15 janvier que l’Assemblée nationale débattra du rapport de la mission d’information sur le CICE. Il ne faut pas s’attendre à de grandes envolées contradictoires, les partis du système ayant de longue date anticipé l’union nationale sur ce sujet. Pourtant dès l’été 2014, on apprenait qu’au moment même où le CICE avait commencé à être distribué aux entreprises pour rien moins que 7 milliards d’euros, le CAC 40 augmentait au second trimestre 2014 les dividendes versés aux actionnaires de 30,3 % pour un total de 40,7 milliards de dollars (étude du gestionnaire d’actifs Henderson Global Investors (HGI) !

Mais le 14 janvier 2014, François Hollande ne s’était pas arrêté là. Il avait également annoncé une saignée à hauteur de 50 milliards d’euros dans la dépense publique d’ici à 2014. Il s’était alors vanté de s’apprêter à réaliser ce que d’aucun avant lui n’avaient osé faire. Et le problème, c’est qu’il est passé aux actes : 11 milliards d’euros de baisse des dotations des collectivités d’ici à 2017, 19 milliards de baisse à travers la réforme de l’Etat à venir et pour laquelle Thierry Mandon, secrétaire d’état à la réforme de l’Etat, nous dit que bien sûr « certaines missions de l’Etat devront être transférées ou abandonnées ». Depuis, tout est bon pour dénigrer l’action publique et c’est notamment Didier Migaud, le premier président de la cour des comptes (lire ici et ) qui s’y emploie sous couvert d’une indépendance de vue autoproclamée.

En privant la puissance publique de son levier d’action budgétaire, François Hollande faisait alors le choix de priver le peuple des outils sociaux dont il s’était collectivement doté. Par-là, le Président niait la force du service public en tant que structure d’appropriation et de réversion collective pour traduire l’égalité en droit en égalité tout court. Le processus déconstituant de ce qui fait sens commun était enclenché.

La réforme territoriale formalisait alors ce processus dans le champ institutionnel en même temps qu’elle était l’outil indispensable des austéritaires pour contourner la souveraineté populaire et imposer aux français-es les réformes libérales qu’ils ne voulaient pas. Quelle meilleure preuve du lien entre réforme territoriale et les politiques d’austérité que cet incroyable avis de la Commission européenne qui, se prononçant le 3 juin 2014 sur le pacte de stabilité de Hollande et Valls, jugeait nécessaire d’encourager la réforme territoriale en précisant qu’il fallait « fixer un calendrier clair pour le processus [de réforme territoriale] en cours et prendre les mesures d’ici fin décembre 2014 en vue d’éliminer les doublons administratifs, de faciliter les fusions entre collectivités locales… ». La Commission n’a pas seulement été entendue, Hollande lui a obéi. Le processus déconstituant s’attaquait alors aux racines mêmes de ce dont la Nation s’était dotée pour créer les conditions d’une appartenance à un même corps politique. En-cela, le processus déconstituant devenait destituant en privant le peuple de sa souveraineté mais nous aurons l’occasion d’y revenir.

Pour l’heure, il convient de garder à l’esprit le fil politique né de la conférence de presse du 14 janvier 2014 et qui guide encore la politique de François Hollande. Cette mise en perspective est d’autant plus nécessaire que s’annonce la nouvelle conférence de presse de rentrée de François Hollande et que les commentateurs impatients s’empressent de relégitimer un pouvoir jusqu’alors en déroute en proclamant à coups d’unité nationale le retour d’un peuple prétendument homogène pour mieux nier son rassemblement sur ce qui fait sens commun. Il y a fort à parier que dans un registre différent, la conférence de presse à venir ne soit pas moins lourde de dangers que celle de 2014. Au moins peut-on espérer que le délit de blasphème soit partout abrogé (encore que les engagements précédents de François Hollande visaient au contraire à le constitutionnaliser). Cela permettrait a minima tous les 14 janvier de commémorer en l’honneur d’un François Hollande buté sur sa politique une fête de l’âne qui ne soit pas réservée aux seuls catholiques…

 

 

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