La prime aux recteurs qui décoiffe Najat Vallaud-Belkacem

Pas vu pas pris croyait la ministre Najat Vallaud-Belkacem : un arrêté ministériel daté du 23 décembre 2014 a en effet augmenté de plus de 65% l’« indemnité de responsabilité » annuelle des recteurs. Bien sûr, une telle annonce choque alors qu’austérité faisant loi, les salaires des enseignants sont bloqués par le gel du point d’indice depuis 2010 et au moins jusqu’en 2017. Mais le geste de la ministre n’est ni gratuit ni anodin. Il s’inscrit dans le prolongement de la part variable de ladite prime mise en place par Luc Chatel en 2010 et sur laquelle Najat Vallaud-Belkacem s’est bien gardée de revenir. Elle intervient aussi quelques jours seulement après la divulgation de la future carte de l’éducation prioritaire qui installe les primes et salaires différenciés entre enseignants. De Chatel à Vallaud-Belkacem, c’est décidément la culture d’entreprise l’Oréal qui est toujours à la tête du ministère de l’éducation nationale.

 La prime annuelle des recteurs dite « indemnité de responsabilité » va donc grâce à Najat Vallaud-Belkacem augmenter de 10.000€. Mais la décomposition de cette prime mérite qu’on s’y attarde. Depuis 2010, celle-ci est en effet formée d’une part fixe et d’une part variable introduite par le ministre de l’éducation nationale d’alors, Luc Chatel qui se vantait en tant qu’ancien responsable de l’Oréal d’introduire le management d’entreprise au sein du prétendu « mammouth ».

 C’est la part fixe qui va donc passer de 15 200 € à 25 620 € soit une hausse de 10 000 €. Quant à la part variable, Najat Vallaud-Belkacem n’a rien trouvé à y redire. Pire ! Celle-ci peut toujours aller jusqu’à 45% de la part fixe (soit un maximum de 37 140 €) et est donc mécaniquement augmentée par l’augmentation de la part fixe !

 Il faut se souvenir des objectifs qui avaient présidé à l’introduction de cette part variable. Luc Chatel, qui avait reconduit le procédé en augmentant quelques semaines après la prime des chefs d’établissements de 6000 € sur 3 ans moyennant un dispositif « au mérite » et un « contrat de performance », en revendiquait la logique : « C’est un système éducatif moderne qui se fixe des objectifs et qui cherche à améliorer ses performances », « comme cela existe dans l’immense majorité des entreprises de notre pays ». La gestion managériale de Luc Chatel visait à l’époque à faire taire les mécontentements qui s’exprimaient jusque dans la haute administration de l’éducation nationale face aux suppressions de postes d’enseignants et à l’application abjecte de la RGPP. Elle servait aussi le dessein d’accroître l’autonomie des établissements en instaurant à chaque étage, en commençant par le haut, l’individualisation des primes et rémunérations sur des contrats d’objectifs comme l’avouait Luc Chatel interrogé le 25 janvier 2011 sur France-Info sur les critères d’attribution de ces primes : « Je pense à la politique de projet pédagogique d’un établissement qui doit être partagée, je pense aux performances, aux résultats scolaires d’un établissement par rapport aux prévisions qui ont été faites, je pense à la capacité d’intégrer des élèves en grande difficulté, c’est ça qui nous intéresse. »

 Non seulement Najat Vallaud-Belkacem n’est pas revenue sur cette part variable, mais elle en a donc renforcé la portée par l’augmentation de la part fixe. C’est que les objectifs suivis par la ministre rejoignent ceux de son prédécesseur. A partir de la rentrée 2015, les enseignants de REP recevront ainsi une prime annuelle de 1.734 euros (soit une augmentation de 50%) et ceux de REP + une indemnité de 2.312 euros (+100% par rapport au montant actuel). Ceux qui piloteront un projet pédagogique particulier ou qui seront coordonnateur d’une discipline, référent numérique ou culture, bénéficieront aussi de primes en plus. Bref à la rémunération par le salaire, Najat Vallaud-Belkacem substitue elle aussi progressivement les primes pour mieux installer l’autonomie, cliver les personnels entre eux et demain jouer de la baguette avec les récalcitrants.

 Il est jusqu’aux justifications de l’entourage de la ministre qui rejoignent celles de son prédécesseur pour expliquer l’augmentation de la prime aux recteurs : « Ce n’est ni une fleur ni un cadeau fait aux recteurs. On rectifie une anomalie, car les recteurs gagnaient moins que leurs subordonnés – inspecteurs d’académie et secrétaires généraux ». Les recteurs seraient les « oubliés » des revalorisations précédentes des autres personnels d’encadrement et subiraient « un énorme retard ». Luc Chatel ne disait pas autre chose en 2010 en justifiant l’augmentation de la prime des recteurs par le fait de la mettre en conformité avec celle des autres hauts fonctionnaires, comparant le montant de celle-ci à celle des sous-préfets.

 Ce serait faire offense à la ministre Najat Vallaud-Belkacem que de croire que l’augmentation de la prime aux recteurs est dépourvue de visée idéologique. C’est bien le même prolongement de la visée libérale pour l’Ecole que traduit cet arrêté. Du PS à l’UMP en passant par le FN, tous se sont ralliés à l’autonomie des établissements. Savamment et méthodiquement, ils en créent à chaque étage les conditions pour en permettre la mise en place par la fragmentation des personnels. En 2010, nombreux étaient ceux qui pour la prime Chatel parlaient de « prime à la casse ». Alors qu’un décompte du Monde montrait que seuls 3600 postes avaient été créés depuis 2012 sur les 60 000 promis, que diront les mêmes pour la prime NVB ?

 

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