Autour de Hollande, ça tombe comme à Gravelotte

Faouzi Lamdaoui vient de démissionner. Le conseiller de Hollande à l’égalité et à la diversité vient d’être cité à comparaître dans une affaire d’abus de bien social. Le jour même, on apprenait que le sénateur Robert Navarro qui avait conduit la campagne présidentielle en Languedoc-Roussillon voyait le Parquet demander son renvoi en correctionnelle dans une affaire d’abus de confiance. La liste en s’allongeant se resserre autour de François Hollande. Si celui-ci n’est (à ce stade) pas visé, sa pratique du pouvoir est par contre déjà compromise. Pire, elle est le produit et l’expression d’un système : ceux de la Caste qui se croit au-dessus des lois.

Les affaires Lamdaoui et Navarro du jour ne sont pas un épiphénomène. Elles entrent en résonnance avec la litanie des magouilles qui occupent depuis de longs mois l’espace des serviteurs du président. Il y a tout juste 15 jours, c’était le secrétaire d’Etat Kader Arif, fidèle du Président, qui avait été lui aussi contraint à la démission après des perquisitions dans le cadre d’une enquête préliminaire portant sur des soupçons de favoritisme. Il était alors le quatrième ministre de Hollande à être poussé vers la sortie après Cahuzac, Benguigui et Thévenoud. Le quatrième fidèle coopté pour gravir les pentes du Gotha élyséen qui dévissait en cours de route.

Parce que la Caste, pour mieux dominer, ne met pas tous ses œufs dans le même panier, elle s’organise aussi pour grenouiller parmi les plus fidèles des siens. Les postes de conseillers du Prince sont dès lors très prisés. Et leurs pratiques sont immanquablement été mises à nue. Celles d’Aquilino Morelle, le cireur de pompes cirées, démissionné en avril 2014. Celles de « l’ami » Jouyet, secrétaire général de l’Elysée, qui résiste contre vents et marées alors même que son mensonge public dans l’affaire Fillon-Sarkozy est apparu aux yeux de tous. Sans parler des compagnes et compagnons, femmes et maris, comme ce Monsieur Vallaud-Belkacem qui vient de rejoindre le cénacle présidentiel pour mieux faire corps avec les siens.

Le suffrage présidentiel, parce qu’il soustrait les élu-e-s au contrôle citoyen durant la durée de leur mandat, n’exonère pas plus de ces mauvaises pratiques. Certes, parmi les 21 parlementaires actuels autour desquels ont été ouvertes des enquêtes et/ou procédures judiciaires pour des faits de fraude ou de corruption, tous ne sont pas des hollandais. Mais certains d’entre eux sont députés et même ministres, présents ou passés, et ont pourtant triché sur leur déclaration de patrimoine comme Jean-Marie Le Guen ou sont aujourd’hui même inquiétés comme Arnaud Montebourg.

A ce jour, il n’y a dans les faits rien à reprocher à François Hollande. Mais sa pratique du pouvoir qui vise à s’entourer d’une garde rapprochée elle-même compromise est politiquement et moralement répréhensible. Elle révèle à la fois l’entre-soi au sein de la Caste et les dérives individuelles au sein de celle-ci. La conjonction des deux atteste que ce ne sont plus dès lors des déviances individuelles auxquelles nous sommes confrontés mais bien des phénomènes systémiques.

La 5e République est à bout de souffle et ce n’est pas qu’une question institutionnelle. Elle génère des parcours, des comportements, des pratiques qui confortent l’intérêt de quelques-uns et éloignent de l’intérêt général. Parce que la 5e République est soumise à l’austérité jusque dans les traités qui l’encadrent, elle jette dans les griffes de l’oligarchie et de la finance ceux qui sont sensés la servir et attise la convoitise via les puissances de l’argent. François Hollande est le pur produit de cet ancien monde qui s’achève et il en a ramené les excipients jusqu’aux marches du palais. Mais les bons amis du Président dévalent maintenant les marches.

« Ça tombe comme à Gravelotte » aurait dit l’autre. Sauf qu’en 1870, à Gravelotte, l’armée avait préféré se retirer ce qu’Hollande serait bien inspiré d’envisager. Mais qu’importe, l’armée et le bonapartisme affairiste avaient été malgré tout emportés. Quelques semaines plus tard, la Commune battait son plein et le peuple affirmait ses droits. C’est une pareille vague populaire qui bientôt fédèrera le peuple face à l’austérité et aux affaires, face et envers d’une même pièce, celle de la Caste. Vite, la 6e République !

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