Quand le gouvernement ferme les yeux sur les déserts d’école publique

 L'Ecole du peupleFin novembre, le Collectif pour la promotion de l’école publique dans les Mauges, dans le Maine et Loire, lançait une pétition nationale salvatrice (ici). Terre éducative abandonnée par la puissance publique à l’enseignement privé, les Mauges vont enfin accueillir à la rentrée 2015 un lycée public, premier du genre sur ce territoire. Mais de collège public, toujours pas. Et donc toujours pas de continuité éducative. Le droit à l’éducation et la laïcité restent bien l’angle mort de ceux qui, en 2012, ont affirmé leur priorité à l’éducation et se font aujourd’hui les chantres de l’immobilisme dévastateur et conservateur.

Beaupréau, «au cœur des Mauges», est un canton rural de plus de 25000 habitants qui compte trois collèges privés, un lycée d’enseignement général privé et un lycée professionnel privé. Par contre, il n’y a pas un seul établissement secondaire (collèges et lycées) public sur ce territoire. Quant aux 80 communes des Mauges, 40 ne possèdent pas d’école publique alors même que toutes ont une école privée sauf une, Cossé d’Anjou !

Pas étonnant dans ces conditions que le Maine et Loire scolarise dans le public une part nettement moins importante d’élèves que sur l’ensemble de la France. 61,7 % des élèves du premier degré (maternelles et élémentaires) sont inscrits dans des écoles publiques contre 86,6 % sur l’ensemble de la France. Pour le second degré, 53,8 % des élèves fréquentent les établissements publics dans le Maine et Loire contre 78,7 % au niveau national (données 2013). L’histoire et la prégnance du catholicisme local n’expliquent pas tout. C’est aussi et même peut-être d’abord aujourd’hui le déficit d’accueil public qui contraint au rabattement de nombre d’élèves sur le privé.

Au-delà du constat, la mobilisation citoyenne et des syndicats et associations a commencé à faire bouger les lignes. Pourtant, faute de volonté politique depuis 2012, l’école publique reste dans les Mauges au milieu du gué. Reprenons. Dans les années 80 un comité a été créé pour l’implantation d’un lycée public à Beaupréau. Malgré les nombreuses actions, dont une manifestation «historique» en 1985 où les manifestants posèrent symboliquement la première pierre de ce lycée, François Fillon président de la région refusa systématiquement sa construction. Après la défaite de la droite aux régionales de 2004, des parents et des représentants locaux des syndicats d’enseignants ont crée le «Collectif pour la promotion de l’école publique dans les Mauges.» Après maintes manifestations, pétitions, réunions, le nouveau président de région Jacques Auxiette a enfin décidé de construire un lycée public à Beaupréau. Celui-ci ouvrira en 2015.

Pour que la République assume enfin le droit à l’éducation pour tous ses enfants, il faudrait maintenant construire un collège pour assurer sur le canton la continuité du service public d’éducation de la maternelle au lycée. Mais là, patatras. Christophe Béchu, président UMP du Conseil Général s’y oppose fermement. Hors de question pour le baron conservateur de revenir sur le monopole local concédé à l’église catholique. Pire, il manœuvre sournoisement pour réfuter la nécessité de cette ouverture. Il avait en effet dû concéder une ouverture de principe sous conditions : au moins 750 élèves dans les deux collèges publics des cantons voisins. Mais aujourd’hui, alors que ces critères sont atteints et même dépassés, les élu-e-s revoient les règles du jeu. Il faudrait désormais 850 élèves par collège ! Et dans le même temps, la carte scolaire est revue pour soustraire des écoles publiques à la zone de recrutement de ces collèges et faire ainsi diminuer leur nombre d’élèves au mépris de la qualité de vie des enfants et de leurs familles qui voient les temps de transport exploser. Béchu muselle le peuple par la bidouille.

Dès lors, l’arrivée au pouvoir de François Hollande aurait dû constituer le plus sûr moyen de s’affranchir des reliquats féodaux d’ancien régime et de restituer la République dans ses droits. Le collectif pour la promotion de l’école publique dans les Mauges ne s’y est pas trompé en interpelant par courrier dès le 18 mai 2012 le Premier Ministre et le ministre de l’éducation d’alors afin qu’ils appliquent les articles L211-3 et R211 du code de l’Education pour imposer le collège public de Beaupréau. Ceux-ci stipulent en effet que « L’Etat peut créer exceptionnellement des établissements d’enseignement public du premier et du second degré dont la propriété est transférée de plein droit à la collectivité territoriale compétente en vertu du présent titre. Les créations ne peuvent intervenir que dans le cas où la collectivité compétente refuse de pourvoir à une organisation convenable du service public. Elles doivent, en ce qui concerne les établissements du second degré, être compatibles avec le schéma prévisionnel des formations prévu à l’article » et « Dans le cas où l’organisation convenable du service public de l’enseignement du second degré l’exige, le préfet peut, sur proposition de l’autorité académique, et après avis du conseil départemental ou académique de l’éducation nationale, mettre en demeure la collectivité compétente de procéder à l’inscription de l’opération d’investissement nécessaire au programme prévisionnel des investissements et d’accepter son inscription sur la liste annuelle des opérations de construction ou d’extension prévues respectivement aux articles L. 211-2, L. 213-1 et L. 214-5. Faute pour la collectivité territoriale d’avoir pris, dans le délai fixé par le préfet, les décisions faisant l’objet de la mise en demeure, le préfet saisit le ministre chargé de l’éducation qui décide de la création ou de l’extension de l’établissement. »

Pourtant, depuis 2012, rien n’a bougé. Le ministère s’est contenté de donner une réponse administrative dilatoire. Peillon pouvait bien jouer les fiers à bras en écrivant des livres sur Ferdinand Buisson, quand il s’est agi de passer aux actes pour faire respecter la laïcité et le droit à l’éducation pour toutes et tous, il a disparu des radars. Après le passage de Casper Hamon au ministère, c’est donc désormais la ministre Valaud-Belkacem qui est interpelée par le collectif. Celui-ci a lancé une pétition que je vous engage à signer (ici) car seule la mobilisation citoyenne est à même de faire plier ceux qui se rangent dans le giron des lobbys issus de l’alliance des marchands et du goupillon.

Le cas des Mauges est emblématique mais il n’est pas isolé. Pire, les déserts éducatifs publics vont s’étendre par dilution. La politique de territorialisation de l’Ecole de Hollande, prolongeant celle de Sarkozy, conduit à des regroupements qui vident des territoires entiers d’écoles publics et organisent le rabattement sur le privé. Les regroupements pédagogiques intercommunaux sont ainsi, sous couvert d’économies, les outils qui légitiment l’absence d’écoles publiques et offrent ainsi des espaces où le privé, à caractère confessionnel et/ou marchand, viendra suppléer le manque d’offre publique éducative.

Ça suffit ! Les enfants ne peuvent pas se voir imposés d’interminables trajets pour rejoindre le collège public du canton voisin, les familles n’ont pas à être condamnées à payer les frais exigés par l’établissement privé. Le préambule de la constitution du 27 octobre 1946 réaffirme que : « L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’État ». Pourtant, non seulement le gouvernement s’apprête à se dessaisir de tous ses moyens d’action en livrant les clés de la France fédérale aux barons locaux avec la réforme territoriale, mais il capitule par avance devant le roitelet local sur la laïcité et le droit à l’éducation. Halte au gouvernement des inutiles, pour que la République retrouve enfin ses droits.

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