Manuel Valls, le clown agressif de la République

Manuel Valls est un clown agressif. Prononçant un discours devant le Sénat ce 28 octobre, le Premier Ministre a poursuivi ses pitreries : toujours pas de date pour les élections régionales et de la bouillie sémantique sur le devenir des conseils départementaux. Mais il s’est aussi montré toujours aussi agressif envers la République en annonçant vouloir… « adapter la réforme territoriale ». Autrement dit faire du particulier dans le particulier et atomiser la République.

Certain-e-s attendaient beaucoup de ce discours de Manuel Valls au Sénat à l’invitation de Gérard Larcher. Au final, une seule annonce, beaucoup de pitreries et de maquillage clownesque, et surtout une sale blague qui vous laisse un goût amer dans la bouche.

Commençons donc par « l’annonce » : le clown blanc Manuel Valls et son gouvernement se voient contraints de reculer sur la suspension du fonds d’amorçage pour les rythmes scolaires qui figurait dans le projet de loi de finance pour 2015 (art 55). Contrairement aux engagements du Ministre Hamon, le projet de loi prévoit en effet la suppression de la part fixe (pour tous les élèves et toutes les communes) du fonds de compensation distribué par l’Etat aux communes. Autrement dit non seulement la réforme est mauvaise et inégalitaire, mais elle contraindrait encore plus qu’aujourd’hui les collectivités à chercher des financements pour les activités périscolaires….que ce soit en faisant payer directement les familles ou en en les faisant payer par la bande par les impôts locaux. Au moment où les collectivités locales vont se voir ponctionner 3,7 milliards d’euros l’an prochain (tiens donc, la même somme que le gouvernement prétend avoir « trouvé » en 24h pour répondre aux exigences de Bruxelles et qu’il consacrera à rembourser la dette), la levée de boucliers a été trop forte et le gouvernement a donc décidé de reculer. Grand bien lui fasse. Cela ne peut être qu’un premier pas, c’est désormais le décret sur les rythmes qui doit être remisé. En annonçant ce recul à l’occasion d’un discours sur la réforme territoriale, Manuel Valls vient de lever le voile qui pouvait subsister sur l’enjeu réel de la réforme des rythmes scolaires : la territorialisation de l’éducation. Désormais, le lien est fait par le Premier ministre lui-même.

Les pitreries, c’est d’abord le silence du gouvernement sur la date des futures élections régionales. Si le Premier Ministre a confirmé au détour d’une phrase la tenue des élections départementales les 22 et 29 mars prochains, les régionales qui doivent avoir lieu théoriquement en mars 2015 ne sont toujours pas officiellement reportées…tout en sachant qu’elles ne peuvent se tenir avant décembre 2015. Le clown blanc s’est transformé en Auguste et prend le parti du ridicule.

Ridicule, Manuel Valls l’est tout autant quand il aborde la question du devenir des départements et des conseils départementaux. Qu’adviendront-ils ? Bien malin celui ou celle qui aura réussi à dissiper l’enfumage vallsiste tant le Premier Ministre a tourné autour du pot. On retiendra que Manuel Valls a présenté comme une évidence et le résultat d’un consensus le principe de la disparition des départements sur les aires métropolitaines. Ce n’est bien sûr pas le cas. Pour le reste, il s’est contenté de signaler « qu’après 2020, le paysage territorial aura évolué ». La tirade venant après l’explicitation du transfert des compétences auprès de la région et des intercommunalités, on comprend que le travail de dévitalisation des départements aura fait son œuvre sournoisement et que Manuel Valls n’a donc pas même besoin d’annoncer une disparition qui dans les faits sera effective.

Mais là où Manuel Valls ne nous fait plus rire du tout, c’est quand il s’en prend frontalement à l’unité et l’indivisibilité de la République. Le Premier Ministre a eu beau rappeler les termes mêmes du pacte républicain, ils sortent de sa bouche comme autant de paroles creuses auxquelles dont on sent immédiatement qu’il n’a pu les faire siennes faute d’y croire. Pour preuve, Manuel Valls a proposé « d’adapter la réforme territoriale », autrement dit d’adapter une loi qui elle-même instaure l’adaptabilité. Là où la Loi, et plus encore lorsqu’il s’agit d’un cadre institutionnel, doit partir du général, Manuel Valls inverse l’ordre de ce qui fait sens commun pour partir des spécificités locales et les intégrer dans la loi ou les traduire en « expérimentations ». Le problème n’est dès lors pas simplement constitutionnel. C’est aussi une remise en cause de ce qui prévaut à cette unité et cette indivisibilité que Manuel Valls s’écorche les lèvres à prononcer.

C’est sur ce même modèle que Manuel Valls va chercher à affaiblir l’Etat. Non content d’annoncer qu’il va « renforcer les régions » et « faire émerger le couple régions-métropoles », le Premier Ministre précise que « les régions devront bénéficier de leviers puissants, de leviers stratégiques, pour préparer l’avenir de notre pays ». Voilà donc l’avenir du pays remis entre les mains des régions, comme si la France était déjà un état fédéral ! Mais Valls va plus loin et développe sa méthode. Il se dit ainsi « favorable » à de « nouveaux transferts de compétences » de l’Etat vers les régions « en matière de développement économique et d’accompagnement vers l’emploi »… sous formes d’expérimentations pour ce dernier point. Les résultats des clowns Valls et Hollande sont tellement désastreux sur l’emploi qu’on en comprendrait presque la logique si elle ne remettait en cause le droit au travail dont l’Etat se défausse sur les régions. La réforme de l’Etat qui va de pair avec la réforme territoriale sera donc bien celle de son dessaisissement.

Et le peuple là-dedans ? Le cadet des soucis du Premier Ministre, trop soucieux de caresser dans le sens du poil les élus de tous bords en vantant les mérites des uns et des autres dans ce grand œcuménisme qu’il appelle de ses vœux. C’est d’ailleurs l’une des vertus qu’il trouve aux intercommunalités, « ces lieux où l’intérêt général prime », sous-entendu contrairement aux communes. Les intercommunalités ! Ces points noirs obscurs de la République ! Voilà le modèle rêvé de Valls, les intercommunalités dont il se félicite qu’il y ait désormais un scrutin fléché lors des élections municipales pour en élire les membres ! Elle est belle la clarté démocratique quand on entend faire élire les décideurs des futurs lieux de pouvoir par la bande sur des listes de structures (les communes) qui elles seront dévitalisées. Un hochet ?

« Clarté, efficacité, baisse de la dépense publique, proximité » : c’est par ces termes que Manuel Valls a voulu résumer la réforme territoriale. « Enfumage, technocratie, austérité, localisme » auraient été plus adaptés au reste de son discours. Le numéro du Premier Ministre était affligeant, grotesque même. Plus qu’un clown. Un pitre.

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