Germain et nous

A table ! Après avoir participé au déjeuner des « frondeurs » ce samedi à la Fête de l’Humanité, Jean-Marc Germain était ce midi l’invité de France-Culture. A 24 heures du vote de confiance (ou non) suite au discours de politique générale du Premier Ministre, le député présumé frondeur en a profité pour justifier son action … en l’inscrivant dans le prolongement de la politique menée depuis le début du quinquennat. Tel Germain, l’anti-héros observateur amorphe du quotidien dans la bande-dessinée « Germain et nous » de Frédéric Jannin, Jean-Marc Germain laisse lui filer la politique de Valls pour mieux se réclamer de celle de Hollande. Observateur amorphe disiez-vous ?

On pensait pourtant avoir atteint le fond de l’inaction par l’annonce, une semaine à l’avance, de l’abstention groupée de Jean-Marc Germain et de ses congénères frondeurs à l’occasion du vote de confiance au gouvernement, quitus déguisé donné à Manuel Valls pour appliquer sa politique. Mais voilà que pour mieux servir les intérêts de son mentor Martine Aubry, Jean-Marc Germain rajoute à son rôle de spectateur celui de caution de la continuité.

Car celles et ceux qui pensaient que le Jean-Marc Germain, rapporteur et ardent défenseur en 2013 du texte sur l’Accord National Interprofessionnel (ANI) qui a fracassé le code du travail, avait disparu derrière le frondeur en sont pour leurs frais. C’est bien le même qui ce midi déclarait : « on a considéré que la politique qui était menée, la politique économique, chose qu’on a évidemment soutenue et dont on est très fiers… ». Puisqu’il en l’un des promoteurs, il peut effectivement difficilement se soustraire à la paternité. Pour mieux embrayer sur la ligne fixée par la maire de Lille, le voilà qui minimise les derniers actes posés par Hollande et Valls. Ainsi, à propos des 50 milliards de coupes dans la dépense publique et dont François Hollande disait lui-même le 14 janvier dernier que « cela n’avait jamais été fait par personne», Jean-Marc Germain croit bon de nuancer : «  ces 50 milliards, même si c’est pas immense, c’est important, ça représente quand même 2 points de PIB ».

Mais le doute s’est chez lui installé quant à la prolongation de cette politique. Il ose donc demander … « une inflexion ». Il va décidément falloir sacrément infléchir pour rompre ! A moins que ce ne soit en aucun cas l’objet de la démarche engagée. En atteste l’objectif économique affiché : « Le nœud du problème, c’est d’arrêter ou de faire une pause pour mieux réduire les déficits à terme ». En atteste surtout la remise au centre du jeu de…Martine Aubry : « Martine Aubry a dit une deuxième chose ce week-end […] : il faut s’asseoir autour d’une table pour écrire cette page des trois ans à venir », avant d’ajouter : « Par notre abstention sur le vote de confiance, c’est ça qu’on veut dire ». Où quand le vote de confiance se transforme en grande négociation interne au parti socialiste…

Germain et nous, c’est donc non seulement une différence notable d’approche quant à la politique qui doit être menée, mais aussi un rapport au peuple substantiellement différent. Ainsi, pour le député, « la seule façon démocratique de le faire [infléchir la politique], c’est soit repasser devant les électeurs, ce que personne ne souhaite à gauche, personne ne souhaite la dissolution, soit passer un contrat avec les parlementaires, le contrat de majorité qu’on réclame ». La souveraineté populaire pour Germain ne peut donc prendre que les formes de la dissolution (dont il s’arroge le fait de savoir ce que toute la gauche doit en penser), quand pour nous le peuple doit pouvoir faire irruption citoyenne, que ce soit par le biais d’un référendum révocatoire et plus sûrement encore par un grand coup de balai pour remettre à l’endroit les institutions d’une 6e République. Mais surtout, Germain lui préfère les combinaisons parlementaires issues d’un « contrat de majorité » dont les termes mêmes de l’écrit, à défaut d’avoir validé par le peuple, peuvent être renégociés par ses représentants. L’élection des représentants de la Nation ne vaudrait dès lors guère mieux qu’un scrutin indirect et au second degré.

Alors demain Germain va voter. Et s’abstenir puisqu’il l’a annoncé. Et Nous ? Nous, nous allons à notre tour l’observer, sans rien attendre de lui, car il n’est rien qu’il puisse apporter au peuple sinon la désespérance. Celle qui nait de ceux qui confondent théâtre et réalité avant d’être emportés par la marée.

3 commentaires sur “Germain et nous

  1. claudecarron dit :

    Je crois que devant ce triste spectacle des « frondeurs socialistes » qui ne sont l’un ni l’autre, le peuple réel pourrait bien voir sa patience être à bout et virer toute cette clique en réclamant un référendum d’initiative populaire.

  2. garcia benjamin dit :

    ce spectacle désolant ne fait qu’accroître ma radicalité contre un ps qui a définitivement viré sa cuti vers le libéralisme.

  3. MAÏS Jean Paul dit :

    Pour ceux qui en auraient encore douté, il est donc bien clair qu’ il s’ agit d’ un abus de confiance au sein d’ un parti où les fraudeurs sont plus nombreux que les vrais frondeurs (ceux qui voteraient NON à la question de confiance).

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