La 6e République est sur les rails, la preuve, Alain Duhamel s’y oppose

Dans le petit monde oligarchique, rien de plus efficace pour mesurer l’avancée d’une idée que de constater l’opposition qu’elle suscite. Face à l’ébullition qui entoure aujourd’hui la 6e République, la peur est en train de changer de camp si bien que le chef de file des médiacrates Alain Duhamel s’est précipité pour préserver les intérêts de la caste et publier dans Libération daté du 4 septembre une tribune intitulée « Le mythe de la 6e République ». Prenons-la pour ce qu’elle est en réalité : un singulier coup de pouce à la cause tant la parole du paltoquet médiatique est démonétisée.

Serge Halimi et Acrimed ont suffisamment explicité les intérêts du personnage pour qu’il soit utile d’en rajouter sur le poussiéreux Alain Duhamel. Contentons-nous de souligner que depuis l’élection de François Hollande, il s’est notamment vu propulsé membre de l’Académie des sciences morales et politiques depuis le 10 décembre 2012, mais a aussi été fait commandeur de la Légion d’honneur en mars 2013. Voilà qui invite, d’un plateau de Canal + à un bocal de RTL en passant par les colonnes du sacro-saint Libération, à assurer le service après-vente du système.

 Venons-en donc sur le fond du propos. Pour Alain Duhamel, « la France ne souffre pas d’un excès de pouvoir présidentiel mais au contraire d’une faiblesse visible de ce pouvoir présidentiel ». Tout accaparé par le monde subliminal dans lequel il batifole, Duhamel confond l’impopularité sondagière (et réelle) du Président avec sa capacité à imposer contre vents et marées sa ligne politique. François Hollande ne fait pas ce qu’il a dit, fait ce qu’il n’a pas dit, s’affranchit des engagements pris devant le peuple et pourtant, protégé par le cadre institutionnel de la monarchie présidentielle, il continue à décréter et à ordonner depuis son palais élyséen. Faiblesse ou violence institutionnelle ?

 Alain Duhamel tord pareillement la réalité de la vie parlementaire pour préserver les atours de celle-ci. A la question qu’il s’auto-pose « les parlementaires sont-ils étouffés, asphyxiés ? », il répond : « Pas du tout. Ils pèsent lourd sur ce quinquennat, comme toujours lorsque la majorité est étroite ». Quelle confusion entre les salmigondis médiatiques des frondeurs et et autres 40ème rugissants et leur action réelle ! Que reste-t-il au final et à chaque fois des incartades des « réorienteurs » sinon l’abattement du peuple devant le manège de ceux qui refusent d’endosser le pouvoir bien réel dont ils disposent et qui s’abstiennent pour mieux honorer le passage du cortège mortuaire piloté par les croque-morts Hollande et Valls. De l’ANI aux retraites en passant par le projet de loi de finances rectificatif ou par les votes de confiance, on a vu ce qu’on a vu. Le 16 septembre à l’occasion du nouveau vote de confiance, ou à l’occasion du débat en octobre sur le budget de l’Etat ou sur celui de la sécurité sociale, on verra ce qu’on verra. Mais qu’il nous soit permis de voir et de ne rien en attendre au regard de l’expérience.

 Alain Duhamel ne peut d’ailleurs pas décemment donner foi à son propos dans la séquence ouverte par Manuel Valls lundi 25 août avec la démission de son propre gouvernement. Si celle-ci s’est prolongée depuis avec les attaques sur les 35 heures, par la suppression des seuils sociaux dans les entreprises, par le démantèlement de la loi logement, par le recours aux ordonnances pour imposer le travail le dimanche, par la chasse aux chômeurs lancée par Rebsamen et celle aux immigrés conduite par Cazeneuve, c’est qu’Hollande et Valls veulent acter du rapport de force qu’ils imposent sans grande résistance pour définitivement transformer la nature du PS. Le poids des parlementaires de la majorité est réduit, mais ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à celui de simples cautions.

 Alors en désespoir de cause Alain Duhamel cherche à créer des vérités parce qu’un écrit serait posé sur le papier. Ainsi, il affirme : « Jamais le pouvoir exécutif n’a été aussi contrôlé depuis 1958, que ce soit par le Parlement, par le Conseil constitutionnel, par la Cour des comptes ou par les citoyens ». On a vu ce qu’il en était pour le Parlement. Quant au Conseil constitutionnel, Monsieur le professeur de sciences apolitiques, il vérifie la constitutionnalité des textes proposés ce qui ne relève en rien du contrôle gouvernemental. Quant à la Cour des comptes, elle ne contrôle rien, elle impulse ! C’est bien pour cela que la caste s’arrange pour nommer l’un de ses éclaireurs à sa tête. Didier Migaud est là pour jouer au bulldozer libéral et anticiper les prescriptions commandées depuis l’Elysée et Matignon. Tout cela relève du théâtre d’ombre qu’il nous faudra bien mettre en lumière. Quant au contrôle par le peuple, que Hollande accepte ce que lui-même proposait en 2006 et se soumette à une vérification de la légitimité de son action par le peuple à mi-mandat et nous en reparlerons. Pour l’instant, le peuple, il s’assoit dessus.

 Duhamel a enfin la mémoire courte mais surtout sélective. Il devrait se méfier de faire haro sur la 6ème République le jour anniversaire de la proclamation de la (IIIème) République et de mise à terre au cri de « Déchéance ! » de l’Empire pourri et gangréné par la corruption, les affaires, l’entre soi et déjà le rejet populaire. Car ce faisant, il s’enterre avec le vieux monde et exprime son incapacité à sortir du schéma de pensée du système qui l’a fait roi médiatique comme quand il assène en conclusion : « Comme si à gauche (par idéologie archaïque) ou à droite (par pulsion politicienne), certains oubliaient que la Constitution reste le principal atout, peut-être le seul rempart face à la crise ». La constitution pour Duhamel, c’est la Vème. Au-delà (et en deçà), point de salut ! Au contraire, c’est justement parce que la Constitution est l’outil du peuple pour définir une destinée commune qu’elle doit être rebattue, rediscutée et redéfinie par le peuple lui-même dans un processus constituant pour une 6e République. C’est sans doute cela qui inquiète Duhamel, que l’on ne s’en tienne pas au seul champ économique, celui où il considère « que la Constitution reste le principal atout, peut-être le seul rempart face à la crise ». Celui-là, la caste sait le verrouiller. Au-delà, c’est le champ des possibles qui s’ouvre pour la multitude. Et dès lors, ce n’est plus simplement la peur qui change de camp. C’est aussi la joie, l’allégresse et le bonheur.

2 commentaires sur “La 6e République est sur les rails, la preuve, Alain Duhamel s’y oppose

  1. claudecarron dit :

    Que rajouter à cet excellent article ? Bravo ! et vive l 6e. ARAMIS

  2. […] phrase illustre parfaitement ce que disait François Cocq dans « La 6e République est sur les rails, la preuve, Alain Duhamel s’y oppose » : « Dans le petit monde oligarchique, rien de plus efficace pour mesurer l’avancée […]

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