Elections régionales : le nouveau bidouillage électoral de Manuel Valls

Pendant que Manuel Valls voguait sur un bateau ivre à La Rochelle, les rats de cabinets de l’oligarchie solférinienne désormais tapis sous les ors des palais ministériels détricotaient méticuleusement le fil ténu de ce qui fait République. Après les 35 heures que veut revisiter le banquier Macron, après la TVA pour laquelle Hollande a passé commande pour une augmentation de 15 milliards d’euros, après le travail du dimanche que Valls veut libéraliser à coup d’ordonnances, c’est aux prochaines élections départementales et régionales que s’attellent les apprentis sorciers technocrates : annoncées pour décembre 2015, elles seraient maintenant envisagées en juin 2015. Objectif de la manœuvre, couper l’herbe sous le pied du peuple souverain et l’empêcher de trancher sur la réforme territoriale et donc sur l’organisation de la République.

En termes de magouilles électorales, Manuel Valls n’en est pas à son coup d’essai. C’est lui qui, ministre de l’intérieur, a géré le redécoupage des cantons pour les futures élections départementales. C’est lui qui a proposé de supprimer l’envoi des professions de foi pour les élections européennes. C’est encore lui qui depuis la place Beauveau a orchestré la désorganisation de la tenue des dernières municipales. C’est toujours lui qui a refondu la grille d’inscription des partis politiques pour mieux mettre en exergue le FN et conforter le tripartisme qui lui sied si bien. Il faut donc aujourd’hui être un mouton-journaliste bêlant avec la caste pour reprendre en cœur depuis 48 heures les arguments délivrés, toujours hors micros et sous couvert d’anonymat, par les conseillers des puissants, pour justifier d’avancer les élections départementales et régionales par rapport à un calendrier que Manuel Valls avait lui-même retardé.

Ainsi apprend-on cette fois que « Matignon » aurait confirmé à l’AFP «un travail et une réflexion pour sécuriser constitutionnellement le calendrier des élections cantonales et régionales». Mais de quoi s’agit-il ? De s’apercevoir aujourd’hui que le mandat des conseillers généraux en mars 2008 et qui devait s’achever en mars 2014 serait ainsi prolongé par le fait du Prince de 21 mois pour s’achever en décembre 2015 ? Ce qui ne posait donc pas problème le 18 juin dernier quand le gouvernement présentait son projet de loi en conseil des ministres et quand son porte-parole annonçait la tenue des élections à cette date serait donc devenu durant l’été « risqué » constitutionnellement ? Le conseil constitutionnel a bon dos pour endosser les magouilles vallsesques. Et là où le Premier Ministre feint de s’inquiéter de la décision du Conseil constitutionnel, il ne trouve par contre rien à redire sur le fond, lui qui avec François Hollande a organisé le tripatouillage en cours de route de la durée des mandats délivrés par le peuple avec une échéance initiale du mandat déjà dépassée de 6 mois !

Il y a donc autre chose derrière cet écran de fumée. Cela pourrait par exemple être l’incapacité du gouvernement à tenir les délais qui veulent que le mode de scrutin soit « figé » un an avant l’élection. Autrement dit que le processus parlementaire du projet de loi relatif aux élections départementales et régionales soit achevé en décembre de cette année. Mais de cela aussi, Valls n’en a cure. Ses services font ainsi savoir que le délai de battement d’un an ne serait qu’un « principe républicain » et qu’en tant que tel, Hollande et Valls peuvent bien s’assoir dessus comme ils ont pris l’habitude de le faire à tout propos. Et encore, le mode de scrutin ne serait pas selon eux modifié par cette réforme. Faut-il leur rappeler cette incongruité présente dans le projet de loi et qui veut que pour éviter d’avoir à introduire la proportionnalité, des binômes soient élus sur de nouveaux cantons redécoupés ?

La raison qui préside à ce nouveau calendrier apparaît par contre en clair-obscur lorsque les chiens savants de Matignon annoncent qu’il faudra modifier la date d’entrée en vigueur du découpage régional actuellement à l’étude dans le projet de loi portant sur les élections départementales et régionales. Prévue pour le 1er janvier 2016, dans la foulée donc des élections qui auraient dû (devraient ? n’auraient jamais dû ? rayer la mention inutile) avoir lieu en décembre 2015, celle-ci serait précipitée pour coller au scrutin : « Si l’on doit avancer la date des élections ce qui semble probable, il convient de créer des régions à une date antérieure » annoncent lesdites sources, précisant qu’un travail est « en cours » pour en trouver les modalités. Pendant que les technocrates d’appareil sont donc au travail, députés et sénateurs sont encore renvoyés au stade de miséreux de la République, eux qui ont planché tout le mois de juillet en session extraordinaire sur un texte qui est réécrit alors même qu’ils en ont adopté une version en première lecture à l’Assemblée nationale…

L’avancement du calendrier électoral en parallèle du redécoupage régional trouve là sa principale vertu pour Manuel Valls : circonscrire le vote des électrices et des électeurs à ce seul enjeu ! L’exécutif donne un hochet au peuple pour mieux le détourner de ce qui est vraiment décisif : le périmètre, les compétences, la structuration de l’exercice de la souveraineté par le peuple dans ses assemblées, bref tout ce qui permet l’expression de ce qui fait République. Voilà ce qui est l’objet du second projet de loi, celui portant organisation nouvelle de la République, et qui serait ainsi soustrait à la décision populaire en transformant les élections départementales et régionales en plébiscite pour les nouvelles régions.

Il faut ainsi noter que la discussion parlementaire sur ce second projet de loi promise pour l’automne 2014 ne figure toujours pas à l’ordre du jour du Parlement qu’il n’est nulle garantie que son examen soit terminé (entamé ?) à la date nouvelle des élections (juin voire mars 2015). D’autre part, là où la cohérence libérale entre les deux textes apparaissait en effet trop visiblement par l’emboitement des dates entre la création des nouvelles entités (1er janvier 2016) et les transferts de compétences (s’étalant jusqu’à septembre 2017) dans le projet de loi portant organisation nouvelle de la République, Manuel Valls saucissonne les enjeux pour mieux éviter l’écueil d’une discussion sur le fond à ce qui préside à l’organisation institutionnelle qu’il entend imposer avec François Hollande : l’instauration de baronnies fédérales mises à distance du peuple souverain et livrées à la caste politico-financière nourrie biberonnée à la compétitivité.

Faut-il ainsi s’étonner que ce soit ce second texte qui contienne la loi à géométrie variable chère à François Hollande, la capacité de proposition législative des assemblées régionales déniant à la représentation nationale la légitimité à incarner la volonté générale, la « dévitalisation » (selon la formule d’André Vallini, secrétaire d’Etat à la réforme territoriale) des départements et des communes, l’ouverture à la concurrence des services publics locaux, le remodelage de la fonction publique avec le transfert des agents…Pour éviter le référendum pourtant nécessaire sur un tel projet de réforme territoriale mais surtout pour mieux poursuivre tapis dans l’ombre le processus déconstituant qu’ils ont engagé, François Hollande et Manuel Valls préfèrent livrer en pâture au peuple un cahier de dessin à l’occasion d’élections qu’ils veulent dépolitisées.

 Mais le peuple français est d’abord politique et c’est ce qui le fonde en Nation. Et c’est au nom de l’universalisme républicain qu’il exhale qu’il ne peut laisser les fossoyeurs de l’Elysée et de Matignon enterrer le squelette qui le vertèbre. Le seul cadre institutionnel qui vaille, c’est celui dont le peuple se dotera lui-même en fondant la 6e République.

Un commentaire sur “Elections régionales : le nouveau bidouillage électoral de Manuel Valls

  1. Roses de Left dit :

    Vous etes plus concis d’habitude ; la bataille parait mal engagee!
    Dites seleument constituante souveraine et on reprend nos communes et nos departements!
    Ca oui! ca peut etre un reve!

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