Manuel Valls éteint le Parlement

images (5)De projets de loi en menaces et exhortations, rien n’y fera : le pouvoir exécutif a dans notre pays perdu toute forme de légitimité autre que celle d’apparat. Manuel Valls a beau dénigrer la représentation nationale comme il l’a fait ce week-end devant le Conseil national du Parti Socialiste, c’est bien la 5e République agonisante qu’il est obligé de tordre pour maintenir en place un pouvoir dont même la dérive autoritaire reste sans effet.

Rappelant à l’ordre les parlementaires de son parti qui, diable, envisageraient d’intervenir sur le projet de loi de finance rectificatif, le Premier Ministre a asséné cette gifle non seulement aux siens mais à la représentation du peuple : « Si la tradition de la Ve République, de la majorité parlementaire automatique sous menace du 49-3 n’a jamais fait partie de notre culture, celle de la reparlementarisation à outrance des institutions n’est pas tenable. »

Voilà en un tour de main le Parlement rappelé à ses obligations supposées d’obéissance dans le monde rêvé de Manuel Valls et François Hollande. Impossible de ne pas faire le parallèle avec le projet de loi sur la réforme territoriale présenté le 18 juin en Conseil des ministres qui, en donnant aux conseils régionaux un pouvoir propositionnel législatif en lien direct avec le Premier ministre, organise dans les faits le contournement du Parlement, des représentants de la Nation et donc du peuple.

Que trouvent à redire ces fameux députés socialistes auteurs de « l’appel des 100 » directement visés par la sentence ? Vont-ils se contenter de répondre sur la forme à Manuel Valls qui déclarait à la sortie de ce Conseil national « Il ne faut pas tomber dans une guérilla parlementaire » en simplement déposant des amendements ? Ou vont-ils prendre la mesure du présupposé idéologique qu’est le contournement de la souveraineté populaire qu’expriment tour à tour Manuel Valls et François Hollande et enfin en tirer les conséquences qui devraient s’imposer ?

Quand c’est le cadre même de l’expression et de la représentation du souverain qui est posé, quand par ce biais c’est le souverain lui-même, le peuple, qui est remis en question, nul ne peut faire mine de ne pas voir la violence de l’assaut des barricadés de Matignon et de l’Elysée. Et chacun devrait prendre ses responsabilités. Car François Hollande n’est plus légitime dans les urnes, on l’a vu lors des deux derniers scrutions. Il n’est plus légitime au sein de la gauche quand le parti dont il est issu ne représente que 40% de la gauche. Il n’est plus légitime dans son parti quand la menace et l’autorité le poussent dénier aux siens leur légitimité démocratique. Il n’est plus légitime devant la République quand il pervertit et salit les principes mêmes qui ont érigé le peuple en souverain.

Si la représentation nationale est incapable d’engager le procès en trahison de François Hollande sur la politique conduite, alors ce sera au peuple de proposer des formes nouvelles d’expression pour l’exercice de sa souveraineté qui rompent avec la représentativité passive. La 6e République s’affiche chaque jour un peu plus comme une nécessité urgente et finalement, François Hollande en sera peut-être bien malgré lui l’élément déclencheur comme Louis XVI fut par ce qu’il était mais aussi par sa conduite celui de la Grande révolution.

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