Didier Guillaume, l’idiot utile du hollandisme

sans-titre (8)On se croirait revenu au temps du sarkozysme, celui où s’exprimaient de fausses oppositions internes pour mieux avaliser les sombres projets présidentiels. Mercredi 21 mai, parlant devant l’Association des journalistes parlementaires, Didier Guillaume, président du groupe socialistes et apparentés au Sénat, vient de faire fort en la matière. Non content de valider le discours présidentiel, le voilà qui souhaite falsifier le principe républicain d’unité et d’indivisibilité en y adjoignant dans la constitution le terme de « diversité ». Absurde !

Se déclarant tout d’abord hostile à l’idée « de supprimer purement et simplement les conseils généraux », le sénateur socialiste a ensuit enchaîné en baissant pavillon devant François Hollande sur la suppression des départements sur les aires métropolitaines : « En zone urbaine, c’est-à-dire les grandes métropoles, les départements de plus d’un million d’habitants, il n’y a aucun problème, c’est possible, et ça personne n’est contre ». Du Hollande dans le texte, le sénateur de la Drôme se contentant d’évoquer le fait que « dans les autres, il faudra pouvoir assurer la solidarité territoriale. Pour cela, il faudra qu’il y ait des élus qui se rencontrent pour en parler ». Chaque sortie de l’un des membres du squad Hollande confirme donc un peu plus le calendrier qui verrait la suppression des départements sur les aires métropolitaines dès 2016 et la disparition des autres départements d’ici à 2021, le tout sans référendum ni même révision constitutionnelle. Ce n’est plus un coup de force, c’est un coup d’état, comme le mentionnait la semaine passée dans un communiqué Christian Favier, le Président du Conseil général du Val-de-Marne.

Mais obnubilé par la justification de la parole gouvernementale, Didier Guillaume dérape. Le voilà qui, pour justifier des suppressions à la carte, envisage de pervertir la Constitution : « Pourquoi ne pourrait-on pas dire que si la France est une et indivisible, elle est diverse. Et comme elle est diverse, elle peut être gérée de façon diverse ». Voilà l’unité et l’indivisibilité républicaines qui devraient se conjuguer avec une « diversité » dont on se demande encore ce qu’elle recouvre dans l’esprit du nouveau président du groupe socialiste et apparentés au Sénat. Est-ce le cadre institutionnel qui devrait se plier à cette diversité ? Sont-ce les politiques mises en œuvre qui pourraient s’appliquer dans des champs différenciés ? Est-ce la loi républicaine qui ne le serait plus et serait remplacée par « un pouvoir local d’expérimentation règlementaire » comme le mentionne régulièrement François Hollande depuis le 14 janvier dernier ? Est-ce tout de cela à la fois, puisqu’effectivement c’est un tout porté par les assaillants de l’édifice républicain dont Didier Guillaume se veut maintenant le chef de file ?

En plus d’être dangereuse et antirépublicaine, une telle référence à la diversité sous cette forme est absurde car justement inconstitutionnelle et Didier Guillaume le sait. On se souvient de la décision n°99-412 DC du 15 juin 1999 rendue par le Conseil constitutionnel à propos de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Motivant ses conclusions qui affirmaient que cette charte comportait des clauses contraires à la Constitution, le Conseil constitutionnel notait :

« 5. Considérant, d’une part, qu’ainsi que le proclame l’article 1er de la Constitution : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances » ; que le principe d’unicité du peuple français, dont aucune section ne peut s’attribuer l’exercice de la souveraineté nationale, a également valeur constitutionnelle ;

6. Considérant que ces principes fondamentaux s’opposent à ce que soient reconnus des droits collectifs à quelque groupe que ce soit, défini par une communauté d’origine, de culture, de langue ou de croyance ; »

La « diversité » suggérée par Didier Guillaume est bien inconstitutionnelle. A moins de réviser la Constitution ce que le Président Hollande s’est interdit de faire.

Dès lors les palinodies du même Didier Guillaume pour renvoyer l’UMP à des « postures politiques » concernant cette réforme constitutionnelle, pour vraies qu’elles soient, prouvent d’abord que c’est un même dessein qui anime François Hollande et son prédécesseur Sarkozy : reformater le cadre institutionnel pour livrer les territoires au règne de la compétitivité et de la concurrence libre et non faussée, et pour cela dessaisir le peuple de sa souveraineté : « C’est quand même incroyable que l’UMP ait lancé la fusion des départements et des régions, qu’elle ait lancé la diminution du nombre des régions, […]et qu’aujourd’hui, pour des questions de postures politiciennes, elle n’est plus d’accord ». Ce qu’il fallait démontrer…

Avec des opposants internes de la sorte, de vrais idiots utiles du hollandisme, le Président n’a pas besoin de porteurs de projet.

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