L’UDI reçue à Matignon : Valls au centre de la piste

images (5)Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que Manuel Valls tire ses propres enseignements du vote du 29 avril sur le pacte de responsautérité. Et c’est peu dire que celles et ceux qui, à gauche, considéraient que s’abstenir serait un « acte fondateur » pour la suite du quinquennat en sont pour leurs frais. Aveugle aux 41 abstentions du groupe socialiste, le Premier Ministre a préféré retenir que le groupe UDI émettait un vote « bienveillant » et s’engageait dans la voie de « l’opposition constructive » avec 3 votes Pour, 17 abstentions, et seulement 7 Contre. Manuel Valls a donc pour premier geste politique après le vote … reçu mercredi 30 avril à Matignon les présidents des groupes parlementaires centristes de l’UDI. Plus qu’un symbole, le dessein d’une recomposition politique.

Moins de 24h après le vote sur le pacte de responsaustérité, le député Philippe Vigier et le sénateur François Zocchetto, ont donc été reçus par Manuel Valls à Matignon. Cet entretien soudain revêtait suffisamment d’importance pour le Premier Ministre pour qu’il bouscule l’agenda officiel. Et les centristes de plaider auprès de Manuel Valls pour contribuer à co-construire les orientations gouvernementales : « Nous avons dit notre disponibilité pour travailler » déclarait ainsi à sa sortie Philippe Vigier, qui a demandé « à ce qu’on soit consulté très en amont sur les textes ».

Bien sûr, le pacte de responsaustérité constitue une porte d’entrée commode en ce sens qu’il a déjà reçu sur le fond l’adoubement de l’UDI : « Notre volonté c’est d’aborder les questions de fond et naturellement on l’a interrogé sur les questions les plus brûlantes » comme le financement détaillé du programme de stabilité budgétaire notait Philippe Vigier. Mais la démarche va bien plus loin puisque les parlementaires UDI ont demandé à être associés aux questions liées à la fiscalité, notamment des entreprises, et à la réforme territoriale.

Et l’UDI déjà de ne pas en rester aux incantations mais de vouloir traduire par les actes, et donc les votes, ces nouveaux engagements : « on fera au cas par cas » annonce ainsi Philippe Vigier, avant de préciser : « si le gouvernement prend en compte nos amendements, s’il emprunte cette voie, on les accompagnera ».

Voilà une double bascule côté solférinien et UDI qui constitue dans les faits un rapprochement politique après avoir réalisé une quasi fusion idéologique. Les réticents de l’UDI ne s’y trompent pas comme François Sauvadet, député de Côtes d’Or, qui s’est senti obligé de souligner l’effacement de lignes dans un communiqué, appelant l’UDI à « rester un parti d’opposition », ce que d’évidence il n’est plus depuis sa cooptation par Manuel Valls.

Ainsi donc, la prophétie annoncée au Vatican dimanche dernier par Manuel Valls quand il vantait les mérites du Président du Conseil italien Matteo Renzi n’a pas tardé à se réaliser. C’est en effet Matteo Renzi qui, suivant en cela la nouvelle mode de la social-démocratie européenne, n’a pas hésité à former un gouvernement composé de 18 membres dans lequel on retrouve d’anciens membres du gouvernement Letta aux côtés de personnalités du Parti démocrate (centre-gauche) et du Nouveau centre droit. Ainsi, Angelino Alfano, chef du NCD et dauphin de Silvio Berlusconi demeure ministre de l’intérieur quand deux autres centristes, Maurizio Lupi et Béatrice Lorenzin conservent les transports et la santé. Avec quel engagement pour Forza Italia ? Celui de voter avec le gouvernement « si les lois proposées sont favorables aux intérêts des citoyens ». Philippe Vigier n’aurait rien trouvé à y redire. Voilà donc le modèle suivi par Valls qui partage par ailleurs avec Matteo Renzi la même volonté de casser le droit du travail et de saborder les services publics.

 Une claque 48 heures plus tard à l’Assemblée Nationale et voilà que Manuel Valls en profite donc pour clouer au pilori la gauche de son parti, mais aussi les députés du Front de Gauche et du MRC qui ont unanimement voté contre le pacte de responsaustérité, ou encore les élu-e-s écologistes qui se sont massivement prononcés contre le texte. Manuel Valls et François Hollande sont tellement isolés dans ce qui devrait être leur propre camp, au point de n’avoir pas même pu dégager une majorité absolue ce mardi, qu’ils saisissent la balle au bond pour avancer dans leur volonté de recomposition transcourant et transpartisane qui les anime depuis tant d’années l’alliance au centre pour sceller la disparition de la gauche. Plus que jamais, l’élection européenne du 25 mai prochain, seule à même dans la période de briser cette spirale infernale, revêtira un enjeu décisif pour l’avenir de la gauche et du pays tout entier. Les listes gouvernementales devront y être châtiées.

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