Pour Valls, Matignon vaut bien une messe

Manuel Valls va finir par prendre ses quartiers au Vatican. Le Premier Ministre représentera en effet la France le 27 avril à la cérémonie de canonisation de Jean-Paul II et Jean XIII. On est en droit de s’interroger sur la dimension diplomatique de la présence officielle de la France à ce qui relève d’une cérémonie religieuse et non d’un événement lié au Vatican en tant qu’état. On est plus encore interpelé par le fait que la représentation se fasse au niveau du Premier Ministre. A moins de se souvenir que la génuflexion permanente de Manuel Valls constitue depuis des années un abaissement permanent de la laïcité. Rappel des faits.

Manuel Valls n’en est en effet pas à son coup d’essai. Bien sûr, celui qui était encore ministre de l’intérieur, et donc à ce titre chargé des cultes, a rencontré le Pape en janvier dernier alors qu’il accompagnait François Hollande. Mais Manuel Valls s’est également déjà rendu au Vatican dans l’exercice de ses fonctions pour assister à des messes de béatification ou de canonisation comme ce fut le cas le 11 octobre 2012 quand officiait encore le Pape Benoît XVI.

La présence du Ministre de l’intérieur dans ce cadre est scandaleuse. Certes, une mauvaise coutume veut que l’Etat soit représenté lorsqu’un-e français-e bénéficie de cette « reconnaissance » religieuse. Mais rien n’empêche de rompre avec une tradition qui confond relations avec un état et participation à la cérémonie d’une église, bref qui foule allègrement aux pieds la loi de 1905. Manuel Valls Premier Ministre souhaite ainsi marquer officiellement la « reconnaissance » de faits religieux quand la République, elle, « ne reconnait aucun culte » (article 2 de la loi de 1905). Pourtant, il en sera toujours chez les bien-pensants pour nous vendre à longueur de papier Manuel Valls comme le porte-drapeau des républicains….Je m’en arrête là sur le fond et pour ne pas être redondant renvoie à la note de blog de mon camarade Alexis Corbière sur le sujet.

Il est cependant utile de souligner, fut ce en deuxième rideau et non comme un argument premier, que les personnalités célébrées sont loin de l’héritage progressiste et universaliste qui devrait être revendiqué par la gauche. Le 11 octobre 2012, Jacques Berthieu et Louis Brisson étaient canonisés en présence de Manuel Valls. On doit à ce dernier des perles réactionnaires (« Au lieu de laisser aux prêtres l’instruction et l’éducation, on établit des gymnases où on enseigne à la jeunesse la littérature, les arts, les coutumes et les religions des peuples étrangers. », « Il me faut l’âme, il me faut la volonté de mes élèves, … gagner toutes ces âmes d’enfants et de jeunes gens au bon Dieu », « Le confesseur doit toujours tenir pour la loi et pour l’autorité. Il doit apprendre (…) à la femme à obéir à son mari. Il ne faut jamais que le confesseur donne raison aux enfants contre leurs parents, contre leurs frères ou sœurs plus âgés, à la femme contre son mari. », « Il faut obéir sans raisonner, ne pas écouter ce nous dit notre jugement propre. »), misogynes (« La femme est fourbe naturellement. (…) La femme est menteuse naturellement. (…) La femme est traîtresse. ») et racistes (« C’étaient les couvents qui conduisaient le monde. Aujourd’hui ce sont les Francs-maçons et les Juifs. Ils sont partout. Tous nos livres d’histoire sont faussés par eux. C’est Satan qui est l’inspirateur de tout cela. »). Cette fois, Manuel Valls assistera à la canonisation de Jean-Paul II, celui-là même qui empreint d’anti communisme a lutté constamment contre les forces progressistes au point d’aller saluer Augusto Pinochet en 1987, l’assassin du Président Salvador Allende ! Quel message souhaite donc envoyer Manuel Valls en participant à ces célébrations que l’Eglise catholique est bien en droit d’organiser pour les personnalités qu’elle souhaite mais qui n’appelle pas adhésion ni même participation de la République ?

Manuel Valls n’a donc rien à faire en tant que Premier Ministre aux canonisations qui auront lieu ce dimanche. Comme il n’a rien à faire à venir prendre ses ordres tous les ans au dîner du Crif. Comme il n’avait rien à faire en 2013 en tant que ministre d l’intérieur à la Grande mosquée de Lyon pour la rupture du jeûne du ramadan, surtout pour prononcer ces paroles insupportables, renversant ce que la République accepte au nom de la liberté de conscience et de culte en ce qui la définit : « Le paysage urbain où se côtoient églises, temples, mosquées et synagogues souligne ce qu’est la France ». Comme il n’avait rien à faire en mai de la même année au premier synode national de l’Eglise protestante unie de France.

Voilà le républicain qu’est Manuel Valls, prêt à sacrifier la laïcité pour sur l’autel des communautés pour mieux être adoubé par elles. Ses fidèles étaient sortis du bois voilà quelques mois pour expliciter sa définition de la République reposant sur « l’autorité, le respect, l’ordre ». On découvre maintenant au grand jour sa conception de la laïcité. En complétant le tableau avec son dogme économique imposé avec le pacte de responsabilité, on ne peut plus s’étonner que selon un sondage publié le 26 avril dans Le Parisien plus de la moitié des sympathisants de Droite ne le jugent pas « trop à gauche » et reconnaissent finalement en lui l’un des leurs.

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