23 avril 1848/1905/2014 : le peuple, les socialistes, les fossoyeurs

Ce 23 avril, François Hollande se rend à Carmaux pour « rendre hommage » à Jean Jaurès. Il aurait pu s’y ressourcer en se souvenant que Jean Jaurès avait si ardemment œuvré à la création de la SFIO, le 23 avril 1905, à la salle du Globe à Paris. Il aurait pu se souvenir que c’était aussi un 23 avril, en 1848, que se tinrent les premières élections au suffrage universel (masculin) en France pour désigner l’assemblée constituante. Au lieu de cela, comme un symbole, c’est le jour qu’il a choisi pour entériner définitivement le pacte de responsabilité, détailler les cadeaux aux Medef et expliciter la saignée de 50 milliards infligée au peuple. Sans vergogne, François Hollande est donc allé porter l’affront chez Jaurès, celui qui, parce que « le socialisme sort du mouvement républicain », n’a au contraire eu de cesse pour faire émerger la République sociale de lier les combats qui s’exercent dans les ordres politique, économique et social.

Pendant que François Hollande salissait l’Histoire du socialisme et de la République, ses commis officiaient dans le service après-vente. C’est d’abord Bruno Le Roux qui dégainait de bon matin contre le peuple et la représentation nationale. Depuis le 14 janvier et l’annonce du « pacte de responsabilité » par le Président de la République, de nombreux parlementaires de la majorité demandent en effet à pouvoir exercer le mandat qui leur a été confié par le peuple en discutant (débattant voire délibérant) ce texte. Les palinodies simiesques orchestrées depuis Matignon pour feindre d’être à l’écoute des députés socialistes en recevant mardi 22 avril une délégation en service commandé n’auront donc pas même duré 24 heures. Mercredi 23 avril, sur France-Inter, le président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale Bruno Leroux, excroissance hollandaise s’il en est, vendait en effet la mèche : « [Les députés] peuvent discuter les modalités qui sont celles du gouvernement, non pas du pacte qui est présenté par le Président de la République, celui-là il est acté ». Voilà donc les 30 milliards offerts au Medef actés sans coup férir. Un nouveau bourre-pif en somme pour ceux qui prétendaient contraindre Hollande et Valls à respecter le Parlement, les socialistes, voire le Peuple. Voilà comment Hollande s’inscrit, ou plus exactement dénie, l’héritage du 23 avril 1848.

François Rebsamen, nouveau ministre du Travail, pouvait alors prendre le relais et donner à voir les dons sans droit d’inventaire faits par François Hollande à sa nouvelle Eglise Medef. On avait compris de longue date que les « contreparties » n’étaient qu’une vulgaire fumisterie qui n’engagerait jamais que ceux qui y croient…pour peu encore que celles-ci soient prononcées un jour par le Medef. Mais désormais, le Medef n’a plus à dire un mot, son meilleur porte-parole se trouvant au ministère du Travail. Ainsi, lors d’une audition au Sénat devant la mission d’information « sur la réalité de l’impact sur l’emploi des exonérations de cotisations sociales », François Rebsamen indiquait mardi 22 avril qu’à l’horizon 2017, les 10 milliards de baisse de cotisations patronales prévues par le gouvernement permettraient « la création ou le maintien de 190.000 emplois ». Voilà donc comment des « créations d’emplois » sont transformées en « créations ou maintiens d’emplois ». Contreparties avez-vous dit ? Pour Rebsamen, le statu quo patronal mérite déjà rémunération populaire.

Mais le ministre du Travail a été plus loin en chiffrant pour la première fois l’impact attendu du pacte de responsabilité : 190.000 emplois créés ou maintenus au titre des 10 milliards de baisse de cotisations patronales et 300.000 emplois créés ou maintenus au titre des 20 milliards offerts via le CICE. On est loin des 2 millions d’emplois réclamés par Arnaud Montebourg qui n’en a cure et continue de gesticuler et brasser de l’air au ministère de l’Economie. On est loin du million d’emplois accrochés à la veste de Pierre Gattaz, patron du Medef. On est même en deçà de ses premières projections de 600.000 emplois au moment de l’annonce du pacte de responsabilité. Bref, un chiffrage au-dessous de tout pour un gouvernement en-dessous de tout.

A y regarder de plus près, le cadeau offert au Medef représente un juteux pactole. Selon le chiffrage gouvernemental, chaque emploi maintenu ou créé le serait donc au prix 61.224 € (30 milliards / (190.000 + 300.000)) d’argent public détourné au bénéfice des entreprises. Quand on sait que selon l’Insee, le salaire médian brut annuel en France (meilleure référence ici que le salaire moyen, les mesures gouvernementales touchant plus particulièrement-mais pas que- les bas salaires) s’élevait en 2011 à 20.100 €, on constate que dans le meilleur des cas, le gouvernement offre trois ans de travail gratuit aux entreprises. Sans bien sûr qu’il y ait la moindre contrepartie sur la nature et la pérennité de ces emplois qui n’ont pas même à être créés. Jackpot !!!

Restait au troisième larron la tâche de boucler la boucle et plus sûrement la ceinture : c’est ce qu’a fait Michel Sapin dans le journal Le Monde le 23 avril (daté du 24) dès la sortie du Conseil des ministres en détaillant l’austérité budgétaire liée aux 50 milliards de coupes claires dans la dépense publique. Là encore, ceux qui s’enorgueillissaient de pouvoir aller plaider leur cause à Matignon ont pu vérifier qu’être entendu n’est pas être écouté. Fin de non-recevoir donc pour celles et ceux qui, révolutionnaires, voulaient simplement différer d’un an la baisse des cotisations pour les grandes entreprises. De même pour le point d’indice des fonctionnaires dont Bruno Le Roux avait confirmé le gel dès le matin, laissant comme seule porte ouverte une éventuelle « clause de revoyure ». Mieux vaut parfois se taire que se moquer du monde la sorte.

Le volet des 30 milliards de cadeaux aux entreprises est donc depuis ce 23 avril « acté ». Les 50 milliards de baisse de dépense publique ont quant à eux donné lieu à un bal des faux-culs qui se poursuivra le 29 avril à l’Assemblée. Celle-ci sera en effet saisie « à titre consultatif » du plan proposé, non sans que dès à présent l’exécutif ordonne aux parlementaires de la majorité de marcher au pas en leur mettant le couteau sous la gorge, ce dont il pourrait d’ailleurs se dispenser vu que de nombreux parlementaires de droite (Benoist Apparu, Frédéric Lefebvre !, Yves Jégo…jusqu’au commissaire européen UMP Michel Barnier qui heureusement ne sévit pas à l’AN) annoncent dès à présent qu’ils sont prêts à voter le plan Valls. François Hollande pourra alors le 7 mai aller présenter devant la Commission Européenne la « trajectoire des finances publiques », Commission qui elle détient en la matière un pouvoir coercitif. Voilà la boucle ouverte par François Hollande en 2012 avec la ratification du traité Merkozy (et donc la validation du two-packs) qui se referme sur lui. La chausse-trape hollandaise qui permet d’appliquer l’austérité en se défaisant de la souveraineté populaire et en rejetant le socialisme aura donc fonctionné à plein. Jusqu’à ce que, pour avoir souillé les acquis républicains de 1848, craché sur le socialisme fondateur de 1905 et renié Jaurès, Hollande et sa bande soient mis en débandades dans les urnes le 25 mai prochain.

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