Remaniement : Valls affiche l’austérité dès les intitulés

VallsA l’annonce d’un nouveau gouvernement, beaucoup s’attachent aux noms égrainés par le secrétaire général de l’Elysée. Mais les intitulés des ministères sont bien souvent tout aussi explicites. La continuité affichée dans le petit personnel gouvernemental qui sert Manuel Valls ne saurait cacher l’approfondissement des politiques d’austérité qui apparaît alors, à commencer par cette affreuse résurgence sarkozyste : « ministre des comptes publics ». Etat des lieux.

Si le cap du gouvernement Valls ne faisait guère de doutes, l’annonce du gouvernement a constitué une confirmation en règles : l’austérité sera bien sous Valls comme sous Ayrault la règle d’or du gouvernement. Un coup d’œil du côté du ministère des finances suffit à s’en convaincre. Le premier signal vient de la séparation entre le ministère des finances dévolu à Michel Sapin et celui de l’économie placé sous la houlette d’Arnaud Montebourg. Michel Sapin est cette fois cantonné aux seules finances, contrairement à 1992-993 où il était – déjà- ministre de l’économie et des finances sous Pierre Bérégovoy (avec le succès que l’on sait…).

Mais la vraie innovation vient du fait que Michel Sapin devient « ministre des finances et des comptes publics ». Exit donc le « budget », usuellement rattaché aux finances, revoilà les « comptes publics ». Il ne s’agit donc plus de gérer et traiter des dépenses et des recettes au regard d’orientations politiques comme l’implique un budget. Cette fois, l’orientation est toute tracée : le dogme de la réduction de la dépense publique, de la baisse du déficit et du remboursement de la dette est imposé sous le haut patronage des « comptes publics ».

Le « ministre des comptes publics » nous renvoie à l’ère Sarkozy qui le premier sous la 5ème République avait institué cette dénomination. Du 17 mai 2007 au 10 mai 2012, Eric Woerth, François Baroin puis Valérie Pécresse avaient ainsi successivement été des ministres des « comptes publics » sans pour autant perdre leurs prérogatives budgétaires. François Hollande étaient ensuite revenu sur cette hérésie avant donc d’en faire une arme de poing lors de ce remaniement sans même parler de budget. Avec Hollande et Valls, la sarkozie est revenue !

A dire vrai, les signes annonciateurs avaient été envoyés. Qui n’a pas vu le rôle de perce-muraille attribué à Didier Migaud, fidèle de François Hollande, qui l’a placé à tête de la Cour des comptes. Hollande et Migaud avaient en deux ans transformé l’institution en think tank néo-libéral qui distribuait les bons points, imposait la marche à suivre et se paraît des atours d’une ingénue neutralité pour mettre en œuvre l’austérité et répondre aux attentes libérales de Bruxelles. Désormais la ligne est directe avec Bercy : Migaud ordonne, Sapin exécute !

Les alertes sont aussi nombreuses dans les autres intitulés. On notera à ce stade (mais nous aurons l’occasion d’y revenir) le rattachement de l’enseignement supérieur et de la recherche au ministère de l’éducation nationale confié à la prétendue caution de gauche de ce gouvernement : Benoît Hamon. La cohérence qui pourrait exister vole en éclat dès lors qu’on se souvient du soutien pro-actif du nouveau ministre au LMD et autres mascarades qui ont servi à mettre en œuvre l’autonomie et la concurrence entre universités, enseignant-e-s et étudiant-e-s. Si le lien fondamental entre la recherche et l’enseignement supérieur est heureusement réaffirmé, on peut s’interroger sur la place qui sera réellement octroyée à la recherche au moment même où notre pays devrait répondre à la grande bifurcation écologique et économique en mettant en branle l’immense savoir et capacité d’innovation que recèlent nos chercheurs. Plus que jamais, nous avons besoin d’un état planificateur qui donne de grandes orientations et qui confie aux siens le soin de projeter notre pays vers l’avenir. Au lieu de cela, la recherche est située d’un côté et un ministère du redressement productif est maintenu de l’autre pour se contenter de gérer la fin de vie de l’existant. Avec Hollande, le passé n’offre donc aucun futur.

Quant à Laurent Fabius, il étrenne lui aussi un nouvel intitulé : « ministre des affaires étrangères et du développement international ». Là encore, François Hollande avait fait disparaître dès 2012 la dénomination de « coopération » pour lui substituer celle de « développement ». Un ministre – Pascal Canfin, EE-LV, tiens tiens – y était alors affecté. Fin d’EE-LV au gouvernement, fin de ce ministère et rattachement donc auprès du numéro 2 du gouvernement pour le « développement international ». Ce qui au départ relevait d’une politique de solidarité et de partenariat avec les peuples a en deux ans glissé vers le « développement international » dont on ne sait que trop quel est celui visé : le rayonnement économique de la France par le biais d’accords dont François Hollande s’est fait le VRP comme ce fut encore le cas il y a quelques semaines en amenant Pierre Gattaz dans ses valises aux Etats-Unis, ou encore lorsque le président allait prendre il y a quelques mois des positions en Algérie pour que Total exploite là-bas des hydrocarbures de schiste…

Reste enfin les disparitions et les maintiens. Ainsi, la formation professionnelle est rayée de l’intitulé des ministères. Nul ne sait pour l’heure auprès de qui elle sera rattachée. Ce qui était sensé être l’une des grandes réussites de François Hollande avec un accord imposé par Michel Sapin contre l’avis des syndicats de lutte disparaît donc des écrans radars. La sale besogne contre les salariés a été accomplie, c’est désormais dans l’ombre qu’il leur faudra souffrir.

Au rang des maintiens, il est un ministère qui malheureusement ne bouge ni dans l’intitulé, ni dans la personne qui l’occupe : celui de la décentralisation , de la réforme de l’état et de la fonction publique qui reste confié à Marylise Lebranchu. Le projet de loi de décentralisation qui doit être présenté à la mi-avril et basé sur la fusion de régions, la suppression de départements sur les aires métropolitaines, la fin de la clause de compétences générales et l’expérimentation règlementaire, porte ouverte à la loi à géométrie variable, est donc par avance confirmé. La sanction des urnes comme les majorités nouvelles favorables à la droite qui se dessinent dans ces nouvelles institutions n’y font donc rien : l’idéologie promue et mise en œuvre par François Hollande se marie aussi bien avec la droite qu’avec les solfériniens. Tous peuvent l’appliquer car c’est la même !

Approfondissement, continuité, austérité. Le gouvernement Valls ne changera donc rien sinon qu’il est effectivement un « gouvernement de combat ». Un combat dirigé contre la gauche et contre le peuple. Alors le 12 avril, marchons !

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