Pendant que le PS soustrait, le Front de Gauche additionne

sans-titre (4)Jusqu’à présent, le parti solférinien soustrayait des idées à la gauche. Le voilà qui désormais y soustrait des voix. Le Val-de-Marne, bastion communiste livré aux assauts de la bande à Luc Carvounas, 1er fédéral et secrétaire national aux relations extérieures du PS, vaut toutes les règles à calcul. Ses enseignements portent d’ailleurs au-delà des rives de la Seine et de la Marne : la démonstration par les chiffres du recul infligé à la Gauche par le parti socialiste trouve son pendant dans la résistance dynamique que permet d’opposer le Front de Gauche et l’alternative nouvelle à gauche qu’il a permis de faire émerger par son ouverture à des recompositions élargies.

Pour s’en convaincre, les villes où les équipes municipales sortantes étaient à direction communiste apportent un éclairage saisissant. Dans le Val-de-Marne, toutes les villes où le Parti communiste a fait le choix de mener la liste aux côtés du Parti socialiste ont vu se traduire un effondrement du vote à gauche par rapport à 2008. A Champigny-sur-Marne, 2343 voix ont été perdues entre 2008 et 2014 soit 20 %. A Choisy-le-Roi, 1054 voix ont été soustraites en 6 ans soit 23 %. A Villejuif, ce sont 1745 voix qui ont disparu soit 28 % de perte. A Villeneuve-Saint-Georges, 1115 voix (30 %) manquent à l’appel. Quant à Vitry, l’hémorragie se porte à 5012 voix, 37 % de chute ! Le Parti socialiste est bien le siphon qui aspire par le fond l’ensemble de la gauche.

A l’inverse, dans les villes où les sortants communistes ont privilégié le Front de Gauche, voire l’ont élargi à Europe Ecologie-Les Verts comme à Fontenay-sous-Bois, Ivry-sur-Seine ou Chevilly-Larue, la confrontation dans les urnes avec le parti solférinien a tourné à la fessée pour les caciques du Parti socialiste et a parallèlement permis de renforcer la gauche dans son ensemble. Ainsi à Fontenay, les listes FDG-EELV et PS maintiennent à elles deux le nombre de voix par rapport à 2008. Mais avec 48,4% pour la première contre 13,1 misérables pourcents pour les socialistes, le choix des électrices et des électeurs a été clair. A Ivry, là même où le PS et ses alliés étaient venus chiper en 2012 le siège de député de Pierre Gosnat, la liste Front de Gauche-EELV et ses 49,7% enterrent la liste socialiste balayée avec 21,5%. Le nombre de voix de ces deux listes augmente de 666 par rapport à 2008 à l’époque d’une liste de rassemblement de la gauche ! Quant à Chevilly-Larue, objectif de conquête ouvertement affiché par les solfériniens sur le dos du Front de Gauche, là aussi une liste FDG-EELV a laminé les espoirs de Luc Carvounas avec 47,5% des voix contre 25 % au PS. Dans le même temps, le total gauche de ces deux listes progresse sur la ville de 1544 voix par rapport à 2008.

Ces résultats chiffrés ont une traduction politique immédiate. Là où les listes ont été communes avec le PS, la gauche est fragilisée et la Droite se place en situation de menace voire de conquête. A Champigny, Villejuif, Villeneuve-Saint-Georges, la mobilisation pour le second tour est nécessaire pour faire obstacle à la Droite (et au Front National). Alors même que le second tour devrait être le moment du rassemblement, ce saut qualitatif est plus compliqué à mettre en œuvre quand le premier tour n’a pas pu être l’occasion de trancher entre les différentes orientations à gauche. Il faut pourtant dans cette ultime semaine de campagne organiser la mobilisation et tirer les enseignements qui permettront de préserver ces villes des assauts de la Droite voire de lamentables et hétéroclites rassemblements de circonstance où se perdent de tristes sires comme à Villejuif.

L’autre enseignement notable, et finalement complémentaire du premier, c’est l’émergence d’une alternative crédible à gauche dès lors que le Front de Gauche s’exprime en ce qu’il est : une stratégie d’ouverture et de rassemblement, à vocation majoritaire, sur la bases du refus des politiques d’austérité. A Cachan, face à la liste du député maire socialiste sortant soutenu par le PCF, la liste citoyenne conduite par Thierry Didier et soutenue par le PG et EELV obtient ainsi 26,6 % des suffrages et permet ainsi augmentation du total des voix de gauche de 15% (+790 voix).

Même dans les bastions de Droite, ces configurations politiques nouvelles se sont déjà positionnées comme la relève face au vieux modèle solférinien. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître quand ces listes d’opposition de gauche représentent déjà un tiers du total gauche comme à Nogent-sur-Marne (FDG-EELV), Maison Alfort (PG-EELV) ou encore Charenton-le-Pont où la liste FDG-EELV atteint les 9,63 % alors que le PS plafonne à 16,67 %.

Partout, les formes ont su être trouvées pour porter la contradiction face aux parlementaires socialistes qui votent la politique de Hollande au Palais Bourbon ou au Sénat et qui briguaient en Val-de-Marne un mandat local. Partout, ces listes ont rencontré un écho citoyen insoupçonné. A Alfortville, chez Luc Carvounas, la liste rassemblant le Parti de Gauche, Ensemble et le NPA a dépassé les 8 %. Sortie de terre, en quelques semaines, cette liste a rassemblé plus de suffrages sur la ville que la candidate du PCF en juin 2012 alors même que le PCF officiel était cette fois avec Luc Carvounas ! Au Kremlin-Bicêtre, face à l’un des autres promoteurs et préfigurateurs de la métropole du Grand Paris qui fera disparaitre d’ici 18 mois les départements de petite couronne dont le Val-de-Marne, une liste citoyenne soutenue par le PG et Ensemble a pu se constituer en quelques jours après l’abandon du PCF pour rallier la liste gouvernementale, et a été décrocher un joli 6,6 %. A Fresnes, les 10 % ont été dépassés et c’est heureux dans l’état de difficulté dans lequel se trouve le parti socialiste à l’aube du second tour.

Lundi prochain, il faudra faire les bilans. Avec lucidité et sans complaisance. Tous les enseignements devront être tirés des stratégies définies par chacun. Des perspectives s’ouvriront alors d’elles-mêmes, qui se traduiront dans la rue dès le 12 avril avec la marche « Maintenant ça suffit ! », mais aussi dans les urnes à l’occasion de prochaines échéances électorales, notamment les régionales l’an prochain. D’ici là, l’éclairage apporté par les résultats du premier tour doit permettre de faire la clarté sur les campagnes qu’il nous mener dans les jours qui nous séparent du second tour pour ancrer le Front de Gauche et maintenir à flot une gauche que d’autres envoient par le fond.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s