Hollande et la grande aventure Lego

LegoLes petites briques de couleur disposées par François Hollande lors de l’annonce de son pacte de responsabilité commencent lentement mais sûrement à s’assembler. En substituant l’accord entre partenaires sociaux au cadre républicain, en basculant la compétence économique sur les régions, en se plaçant dans la main de la Commission européenne, François Hollande avait en effet pris soin de défricher le terrain pour ouvrir un boulevard au Medef. François Hollande est bien le « Lord Business » du film Lego, celui qui veut coller les petites briques entre elles. Synopsis.

Notre « Lord business » à nous a commencé par s’auto-décerner le titre : « président des entreprises » comme il aime à le dire, « président du Medef » comme il vaudrait mieux le dire pour coller à la réalité. C’est donc tout auréolé de ce sobriquet ridicule qui jette un voile sur la Nation pour lui préférer le champ économique, que François Hollande a annoncé le 14 janvier 2014 son pacte de responsabilité. Depuis, les contemplateurs naïfs guettent la mise en place de contreparties aux 30 milliards offerts par le Président au Medef. Or bien sûr, de contreparties il n’y aura pas. C’est ce qui a été égrainé ce mercredi 5 mars, journée où « Lord Business Hollande » a rassemblé ses petites briques pour les coller entre-elles.

Ce fut d’abord l’accord sur les contreparties trouvé par trois organisations patronales (Medef, UPA et CGPME) et trois organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC et CFTC). Comme dans le monde de « Lord Business Hollande » les accords sociaux équivalent à la Loi, cet accord scelle le destin du pacte de responsabilité. Les parlementaires, une fois encore comme ce fut le cas avec l’Accord National Interprofessionnel (ANI), seront réduits au silence et se verront imposer un texte au nom duquel la souveraineté populaire qu’ils sont sensés incarner sera foulée aux pieds. Voilà à quoi conduit la logique même qui consiste à remplacer la Loi par le contrat, logique bien peu républicaine comme l’a concédé le ministre Alain Vidalies la semaine passée : à ce que les « accords majoritaires » se substituent à l’intérêt général.

Pour quel résultat ? Des cacahuètes vides. Le texte ne prévoit que des « objectifs quantitatifs et qualitatifs en termes d’emploi ». Des « objectifs »…Par ailleurs ceux-ci seront définis au niveau des branches professionnelles, ce qui en fragmente encore un peu plus la portée et affaibli l’espérance d’avoir un retour concret. D’autant que doivent uniquement s’engager « des discussions en vue d’aboutir à un relevé de conclusions signé ». Oh le beau document juridique qu’un relevé de conclusions !!! De toute façon, ce qui est pris est pris et ce qui est à moi est à moi et ce qui est à toi est aussi à moi a dit le Medef. Voilà comment pourrait-être résumé le fait que l’accord ne parle en aucune manière de restituer l’argent qui aurait été donné, se contentant de demander la mise en place d’un « observatoire national tripartite [qui] suivra le déploiement des dispositifs du pacte de responsabilité ». Et comme le Medef entend commencer par engranger, il a posé comme postulat qu’il n’assumerait éventuellement sa part du pacte que « dès lors que la trajectoire de baisse des prélèvements sociaux et fiscaux sera précisément définie par les pouvoirs publics ». Par ici la monnaie !

Pour se prémunir contre le ras-le-bol de gauche que ne manque pas de susciter cet accord, « Lord Business Hollande» avait déjà commencé à ériger sa digue. Ainsi, alors même qu’il annonçait la déflagration économique que va représenter pour le peuple son pacte de responsabilité, il distillait le venin de la casse du cadre républicain et institutionnel pour permettre son application. Ainsi le 14 janvier était annoncés la fusion de certaines régions, la suppression des départements sur les aires des 14 métropoles, mais aussi le champ de compétences qui serait recouvert par chaque échelon territorial. Au nom de la sempiternelle compétitivité, les régions se voyaient ainsi proposé d’agir avec toute latitude en matière économique et de s’écharper dans un marigot de concurrence libre et non faussée. Fou mais pas sourd, le Medef a entendu son porte-parole présidentiel. Et en guise de contreparties, il a imposé que « la réalisation des objectifs dépendra donc en grande partie de l’engagement des régions à l’accompagner » (Le Figaro du 5 mars). Voilà les contreparties liées au territoire : Une région veut espérer un geste sur le front de l’emploi ? Passez d’abord à la caisse répond le Medef ! Au jeu de la mise en concurrence, c’est le Medef qui raflera la mise.

Restait le financement du Pacte de responsabilité. « Lord Business Hollande » avait annoncé une baisse de la dépense publique d’au moins 50 milliards d’euros d’ici 2017 pour y parvenir. Mais il savait aussi que sur ce sujet il allait devoir se confronter à la révolte populaire. Habile prestidigitateur, il avait au préalable pris soin de faire affirmer par la Commission européenne qu’une telle saignée était plus nécessaire que jamais, voire qu’elle était trop lente à se mettre en œuvre et serait sans doute insuffisante. Ainsi, mercredi 5 mars, la Commission européenne, devant laquelle François Hollande a prêté allégeance dès son entrée à l’Elysée, a repris son rôle de garde-chiourme tançant la France pour ses déficits excessifs et plaçant notre pays sous « surveillance renforcée ». La Commission européenne appelle ainsi la France à « prendre des mesures correctrices » et à « procéder à un ajustement budgétaire ». Oli Rehn, le sinistre commissaire libéral, va lui droit au but et demande « que l’effort porte sur la baisse des dépenses publiques ». Nous y voilà !   

« Lord Business Hollande » a donc rapproché et collé ce mercredi toutes les pièces qu’il avait pris soin de préparer. Soumission à la Commission européenne, saignée du peuple, dépeçage du cadre national, mépris de la souveraineté populaire sont les éléments de la charte que « Lord Business Hollande » a imposé à sa petite entreprise boutiquière. Voilà la nouvelle licence grâce à laquelle le Président pourtant bien réel entend engraisser le Medef.

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