Le PSE en campagne : du Pacte de responsabilité à l’union des libéraux

Désir SchulzSamedi 1er mars, le Parti socialiste européen (PSE) adoptait à Rome son manifeste pour les élections européennes de mai prochain. L’occasion pour Harlem Désir et Jean-Christophe Cambadélis, directeur de campagne, de lancer le 3 mars lors d’un point presse la campagne du PS. Au programme ? Un bon vieux « Pour une nouvelle Europe » pour manifeste, un ressassé « Choisir notre Europe » pour slogan, une dérive sémantique et idéologique perpétuée, mais surtout une complémentarité réaffirmée entre la politique européenne et le pacte de responsabilité de François Hollande avant que ne soit affirmé l’objectif premier que s’est assigné le PS : faire élire le fossoyeur de la gauche européenne Martin Schulz à la tête de la Commission européenne.  

Rien de nouveau donc a priori dans ce manifeste du PSE qui reprend les grandes lignes des documents adoptés en 2009 et en 2004. Ainsi en est-il du titre du document qui de manière incantatoire évoque cette fois « une nouvelle Europe » après avoir voulu en 2009 en « changer la direction » (ou « le sens » selon la première traduction de l’époque avant que celle-ci soit corrigée pour ne pas prêter le flanc à un révolutionnarisme coupable). De même, le gouffre idéologique dans lequel a plongé la social-démocratie européenne l’a certes contraint à ramener les 60 propositions de 2009 à 10 entrées généralistes pour 2014, mais le copier-coller entre 2009 et 2014 est flagrant.

Mais la force de l’habitude ne doit pas masquer les évolutions sémantiques qui sont autant de franchissements de seuil idéologiques. La social-démocratie européenne, en se vidant de sa substance pour mieux se rendre compatible avec la complainte libérale, expurge parallèlement les marqueurs et les idéaux de la Gauche. Elle profite de ces manifestes récurrents pour faire évoluer l’assiette de ceux qu’elle convie au banquet. Ainsi en 2004, le texte affirmait encore que « le parti socialiste européen est composé de 32 partis socialistes, sociaux-démocrates et travaillistes ». Cinq ans plus tard en 2009, il était question de : « Nous, socialistes, sociaux-démocrates et démocrates progressistes ». En 2014, la liste s’est allongée pour devenir : « Nous, socialistes, sociaux-démocrates, travaillistes, démocrates et progressistes ». La séparation de « démocrates progressistes » en « démocrates et progressistes » est tout sauf anodine. Elle permet tout à la fois de marquer l’émergence d’un courant démocrate tel que façonné par le bipartisme américain et décliné par exemple en Italie, mais également d’ouvrir le champ de l’alliance au centre-droit. Ce faisant, elle traduit les pratiques désormais entérinées de co-gestion avec la Droite, PPE et libéraux. 

Cette recomposition institutionnelle, les sociaux-démocrates européens savent ne pas pouvoir y appeler en prenant appui sur le peuple. D’où la nécessité pour eux de faire passer la souveraineté populaire sous les fourches caudines de l’euro-béatitude. Ainsi, le « Manifeste pour une nouvelle Europe » explicite que « les décisions doivent être prises au niveau le plus approprié (local, régional, national ou européen), dans l’intérêt des citoyens européens ».  Voilà donc Harlem Désir et ses comparses qui repeignent l’intérêt général de tous les corps politiques confondus en un intérêt supérieur, « l’intérêt des citoyens européens ». La Nation française, définie en tant que communauté politique,  serait ainsi tenue, pour le PSE et ses affidés du PS français, comme devant se soumettre à cet intérêt supérieur européen que bien sûr nul peuple ne serait amené à définir en l’absence à ce stade de peuple européen. « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup y ramène » nous enseignait Jaurès dans L’armée nouvelle. Pas pour les solfériniens qui préfèrent signer la dilution de la patrie républicaine et son corollaire de souveraineté populaire dans l’océan libéral.

Auto-exonérés de leur responsabilité devant le peuple, les solfériniens de France et de Navarre peuvent alors brader les acquis du camp de l’humanisme radical. Pour cela, ils adjoignent des adjectifs aux droits gagnés de haute lutte afin de les minorer. Ainsi en est-il de « la décence ». Dans le « Manifeste pour une nouvelle Europe », il n’est question que « d’emploi décent », de « salaires minimaux décents », de « travail décent ». Ainsi en est-il du « juste échange » défini comme horizon économique. Ils peuvent par ce biais également se soustraire à la nécessité de bifurcation écologique et se réfugier derrière « l’économie verte », « les technologies vertes », « l’Europe verte » plutôt que de se positionner contre les gaz de schiste ou le nucléaire qui sont incroyablement absents de ce document. Ils en profitent même pour passer les luttes sociales en Europe par pertes et profits en n’en mentionnant aucune dans leur texte : voilà des ex socialistes de pacotille qui prétendent « réorienter l’Europe » sans prendre le moindre appui dans le réel.     

Il est d’autres responsabilités dont le PSE s’exonère à moindre frais : celles du bilan. La litanie des méfaits du capitalisme financiarisé, les banques voraces, les coups de poignards de la Troïka, les 27 millions d’européens au chômage, les 120 millions en-deçà ou au niveau du seuil de pauvreté, sont autant de descriptions que le PSE voudrait poser en extériorité. Comme si le PSE n’avait pas gouverné en collégialité avec la Droite, au prix d’un compromis pourri qui a permis l’élection de Martin Schulz à la tête du Parlement européen en janvier 2012.

Martin Schulz ! Celui justement que le PSE a désigné ce samedi pour candidat à la présidence de la Commission européenne, là où les choses se passent. Celui au nom duquel Harlem Désir et le PS entendent mener la bataille auprès des citoyens : « Il s’agit d’une élection historique, car pour la première fois, le Parlement européen va élire le président de la Commission européenne ». Martin Schulz, celui qui fut membre du bureau du SPD en 1999 quand Gerard Schröder détricotait le compromis social allemand, celui qui fut président du groupe socialiste européen à l’époque du Traité Constitutionnel Européen, celui qui en 2009 sacrifia la socialiste Pervenche Berès pour la présidence de la commission des affaires économiques et monétaires pour la remplacer par une libérale démocrate britannique… Martin Schulz, le préfigurateur à défaut d’en être le théoricien, de la cogestion à l’échelle européenne qui, du Parlement de Strasbourg, s’est depuis déclinée dans 14 des 28 gouvernements européens où les sociaux-démocrates exercent le pouvoir avec la droite.

Reste qu’aux côtés de cet objectif numéro un défini par le PS, son corollaire en politique intérieure est patent. Les solfériniens ne prennent d’ailleurs pas même la peine de masquer les vues et enjeux véritables de l’élection européenne : valider le pacte de responsabilité de François Hollande. Jean-Christophe Cambadélis avançait ainsi à visage découvert en déclarant « Sans une réorientation de l’Europe, rien n’est possible. On ne peut pas concevoir un pacte de responsabilité, des économies budgétaires, sans une politique de croissance européenne, sans sortir l’Europe de la récession. Ce qui est un ensemble. Il faut le dire aux Français le plus clairement possible avant le tumulte des municipales ». Voilà la meilleure preuve que le manifeste du PSE n’est qu’un ridicule verbiage. Derrière la « réorientation de l’Europe » affichée, c’est donc bien à la soumission à la finance et au patronat  que ce texte laisse les mains libres. Michel Barnier, ex-ministre UMP, homme du sérail bruxellois et actuellement commissaire européen au Marché intérieur et aux services, ne s’y trompe pas quand il se félicite le 4 mars au micro de France-Info de la perspective ouverte par le pacte de responsabilité.  

Parce qu’il sait que l’élection européenne vaudrait référendum sur son pacte de responsabilité, François Hollande accélère d’ailleurs actuellement le calendrier. Le vote de confiance sur le pacte, initialement prévu au lendemain de l’élection européenne, serait désormais avancé au mois de mai. La réponse du peuple aux magouilles électorales de Hollande devra donc non seulement intervenir dans les urnes le 25 mai, mais elle devra être précédée d’une sanction de la Rue pour rappeler aux solfériniens que les manifestes d’alcôves ne valent rien quand ils ne considèrent le terme « citoyens » que comme un sticker à apposer sur un texte. Ça tombe bien, le rendez-vous est dès à présent fixé au 12 avril.

Un commentaire sur “Le PSE en campagne : du Pacte de responsabilité à l’union des libéraux

  1. Wihlelm dit :

    C’est bien de critiquer le PSE, encore faudrait-il peut-être que le FDG se lance dans la campagne. Vous attendez quoi les gars ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s