Le PS, porteur d’eau du pacte de responsabilité

Pacte de responsabilité PSCela ne faisait guère de doute après le pathétique séminaire organisé en guise de grand-messe par le Parti socialiste le 10 février dernier  pour assurer la promotion du pacte de responsabilité de François Hollande, mais cette fois c’est officiellement confirmé : le bureau national du parti socialiste a approuvé subrepticement ce mardi 25 février un texte intitulé « Réussir le pacte de responsabilité pour une économie plus compétitive, plus durable, plus créatrice d’emplois ». Rien moins qu’un  blanc-seing apporté à la politique de François Hollande en faveur du Medef. Et surtout, aux détours du texte, d’historiques reniements au socialisme. Assumés comme tels par Harlem Désir et avalés comme tels par ceux qui prétendent s’opposer en interne à la dérive libérale.

Ce n’est en effet pas tant le vote du bureau national du parti socialiste qui surprend. Depuis longtemps, les dirigeants solfériniens s’étaient empressés d’avaliser dans le discours le pacte de responsabilité faisant mine de ne pas voir que celui-ci était un copier-coller du pacte de confiance proposé trois mois plus tôt par le Medef. Ce n’est pas non plus l’attitude de l’aile gauche auto-labellisée gauche du PS qui étonne. Les critiques émises sur le pacte de responsabilité avaient en effet aussitôt été balayées par l’annonce que ces parlementaires chamallows voteraient au garde à vous le texte gouvernemental. Ainsi, dès le 16 janvier, Pascal Cherki déclarait sur Europe 1 : « Je le voterai, parce que le gouvernement engagera sa confiance. Donc, si je ne vote pas la confiance au gouvernement, je renverse le gouvernement », avant qu’un membre d’Un monde d’avance, le courant de Benoît Hamon, enfonce le clou : « Non, je n’ai pas l’air d’avoir le bras tordu. Le rôle d’un député socialiste, c’est d’accompagner le gouvernement, même dans ses échecs. S’il y a beaucoup de folledinguerie, là je réfléchirai. Mais pour l’instant, je voterai, même si ça ne me convainc pas » (http://www.europe1.fr/Politique/Pacte-de-responsabilite-la-gauche-du-PS-genee-aux-entournures-1773551/). Bref, en termes de rapport de force, ceux-là sont aussi doués que François Hollande l’est avec le Medef : ils baissent la culotte avant de discuter, les déclarations publiques ne valant dès lors que ré-habillage…

Par contre, la façon dont s’est déroulé le vote a de quoi surprendre tant l’enjeu aurait dû sembler important à ces sommités que sont les membres du bureau national du parti solférinien. Au lieu de ça, le lamentable texte « Réussir le pacte de responsabilité pour une économie plus compétitive, plus durable, plus créatrice d’emplois » a été adopté par 24 voix pour, 3 abstentions et 7 contre. Autrement dit seuls 34 membres du BN ont pris part au vote. Pas même la moitié des 72 membres du BN ! Et ce texte n’a recueilli que 24 voix favorables soit à peine 1/3  du bureau national. Voilà pour ce qui est de l’adhésion massive à ce qu’Harlem Désir a appelé, sans rire, en conférence de presse « un des moments les plus importants de notre histoire et le plus grand compromis social depuis le Conseil National de la Résistance ». Heureusement qu’à l’époque celles et ceux qui ont écrit la Grande Histoire ne se sont pas défilés comme les solfériniens d’aujourd’hui !   

Car l’enjeu était de taille. Pour le pays bien sûr, même si l’on sait désormais le peu de poids que pèse le parti socialiste, qu’il soit dans la majorité ou dans l’opposition, sur la destinée nationale. Mais aussi pour le parti socialiste lui-même dans la construction/évolution de son soubassement idéologique. Et face au vide oppositionnel, Harlem Désir y est allé gaiement pour enfoncer les portes. Chacun-e aura noté que dès le titre du texte, la « compétitivité » est érigée en axiome premier, reléguant le caractère « durable » et la création d’emplois en fond de scène. Pour ce qui est du caractère « durable », on se demande d’ailleurs en quoi il consiste, la croissance généraliste et abstraite rappelée à longueur de texte garantissant l’approfondissement du productivisme.

Mais le pire est à venir. Il s’agit en effet selon ce texte de « remettre la France sur le chemin du progrès, pour qu’elle reste une puissance et une référence dans la mondialisation ». La mondialisation ! Voilà le nouvel horizon indépassable du socialisme installé par Harlem Désir. Et c’est en son nom que les solfériniens prennent le peuple à témoin pour mieux le trahir : « Il y a urgence patriotique à renforcer la compétitivité de notre appareil productif ». En quoi l’amour de son pays et  le souci de l’intérêt général devraient-il conduire à ériger la compétitivité en obélisque ? Et c’est en son nom que les sofériniens trahissent le socialisme : « Pour nous socialistes, la compétitivité est affaire […] de positionnement des produits dans la mondialisation ». La boucle est bouclée. La mondialisation est l’horizon du socialisme désirien (pas désiré !), la compétitivité son vecteur, le patriotisme sa justification. Se souviennent-ils ces prétendus socialistes du grand Jaurès qui en 1888, dans La Revue de Paris, écrivait : « À coup sûr, le socialisme et le prolétariat tiennent à la patrie française par toutes leurs racines. […]. L’unité nationale est la condition même de l’unité de production et de propriété, qui est l’essence même du socialisme».

Ce n’est pas le moindre des reniements que contient le texte adopté par le bureau national du parti socialiste. Avant même d’aborder le pacte de responsabilité, en guise de préambule en somme, ce document abat l’égalité comme ambition pour l’Ecole et lui substitue l’égalité des chances : « Cette ambition éducative repose sur les valeurs d’égalité des chances ». Là où la mobilisation des syndicats et de la communauté éducative avait réussi il y a un an à faire reculer Vincent Peillon afin que ne figure pas l’égalité des chances comme postulat de sa loi de refondation scolaire, voilà que les derniers de la classe solférinien ramènent cette crapulerie par le fenêtre à travers ce texte ! Ils ont beau jeu alors de promouvoir comme Sarkozy et l’UMP « le développement de l’apprentissage et la de la formation en alternance » avant même d’évoquer et uniquement dans un second temps « le soutien à la formation et à la qualification ». C’est leur hiérarchie des normes…

Pas même l’impôt n’échappe à leur révisionnisme. Il aura suffi que Pierre Moscovici parle d’un « ras-le-bol fiscal » pour que dans la foulée du chef de l’Etat, les Oui-Oui de Solférino proclament dans leur texte à propos de l’impôt qu’il faut « en réduire le poids ». Le nouveau catéchisme fait donc de la globalité pour épargner les puissants. L’impôt devient une généralité et la baisse promise aux français est uniquement destinée à masquer celle bien réelle pour le capital. D’ailleurs, comme un écho aux 50 milliards de coupes claires qu’entend réaliser François Hollande dans la dépense publique d’ici 2017, ces pseudos socialistes considèrent que « le redressement des comptes passera par des économies et non par des prélèvements ». L’inversion de sens est en marche. Comme un corollaire au basculement hollandais de la demande vers la politique de l’offre, l’impôt n’est plus introduit par sa dimension redistributrice mais bien comme un poids qu’il faudrait alléger. Tout l’inverse de ce que rappelait Jaurès le 24 octobre 1913 dans un discours prononcé à Limoges : « Nous voulions qu’avant tout, l’impôt progressif et global servît à dégrever les petits paysans, les petits patentés, de la charge trop lourde qui pèse sur leurs épaules et nous voulions que ces ressources largement réalisées servent aussi à doter vraiment et substantiellement les grandes œuvres de solidarité sociale, faisant de la simili-assurance contre la vieillesse une réelle assurance sociale contre l’invalidité, contre la maladie, contre le chômage, développant les entreprises de logements sains et à bon marché pour arracher les travailleurs à la misère des taudis. Voilà à quoi nous destinions le produit de ces grands impôts sur la fortune, sur le revenu et sur le capital. Par-là, nous ne servions pas seulement la masse des salariés, des travailleurs, mais aussi la production nationale elle-même, car à mesure que la masse gagnera en bien-être, la force de consommation s’accroîtra et, par suite, le débouché intérieur le plus vaste, le plus profond et le plus sûr sera ouvert à la production elle-même ».

Non contents de proclamer la nécessité d’économie, voilà donc les solfériniens obligés d’avaler la potion libérale comme les y a invités François Hollande. Mettant ses pas dans ceux de Nicolas Sarkozy, celui-ci déclarait ainsi le 7 janvier lors de ses vœux aux corps constitués que l’Etat serait « trop lourd, trop lent, trop cher ». Les solfériniens reprennent le credo à leur compte et campent ainsi dans un texte du parti que « la dépense publique peut être rendue plus performante et les services publics ainsi gagner en efficacité et en proximité ». Haro sur le service public donc pour justifier la ceinture budgétaire mais plus sûrement pour démanteler le cadre républicain si gênant pour la mise en œuvre de leur libéralisme décervelé.

Après un tel toilettage de la pensée socialiste, Harlem Désir en arrive benoîtement au pacte de responsabilité. Prudent, il n’y a rien dans ce texte qui puisse être contraignant pour le patronat. Les contreparties sont par exemple « à négocier dans le cadre du dialogue social dans toutes ses dimensions ». Bien sûr, aucun chiffre de création d’emploi n’est cité et aucune sanction évoquée pour les entreprises qui préfèreraient continuer à nourrir leurs actionnaires sur la base des sommes transférées depuis la collectivité nationale. Pire,  le texte introduit l’idée que les contreparties ne seraient pas dues que par les entreprises : « les contreparties doivent être respectives, (chaque partenaire doit prendre sa part de l’effort commun) et respectées. Elles doivent être négociées ». Comme si le financement des cadeaux aux patronat par le biais de la réduction de la dépense publique ne suffisait pas, voilà les salariés appelés à en assumer une deuxième fois leur part ! Plus royaliste que le Roi, le PS s’est réduit en porteur auprès du Medef du chèque en blanc signé par le gouvernement.

Alors l’opposition interne du verbe peut bien monter sur ses grands chevaux pour dénoncer la prise de position du parti sur ce pacte de responsabilité dans lequel, « au-delà des contreparties qui ne sont pas chiffrées, tout est flou, tout est mou. Il n’y a pas l’exigence de négociations salariales, du remboursement des aides publiques en cas de non-application des contreparties » selon Emmanuel Maurel. Et le même de s’interroger : « Comment peser sur le patronat avec un tel texte ? ». Et nous de nous interroger en retour : Comment peser en interne avec un rapport de force que vous dévoyez en avalant toutes les couleuvres, de l’amnistie des syndicalistes bafouée par Hollande à la loi Florange édulcorée en passant par l’ANI qui a détricoté le code du travail ou par l’allongement de la retraite à 66 ans dans les faits ?

Gaëtan Gorce, député socialiste de la Nièvre, avait finalement pour une fois vu juste quand il déclarait : « En 100 ans, le monde sera passé du ballon dirigeable au supersonique, et le PS de Jean Jaurès à Harlem Désir ». Celles et ceux à qui importent cet héritage et cette conviction pour le socialisme et la République ne peuvent plus par leur hululement accompagner ces renoncements. En 11 ans à la tête du parti socialiste, François Hollande a transformé ce parti de l’intérieur et l’a préparé au choc frontal où il le conduit aujourd’hui en temps que chef de l’Etat. Il est urgent pour celles et ceux qui le peuvent encore de rompre les rangs.

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