Ayrault « ne cède pas à la rue » ; A la droite et au Medef si !

Ayrault Europe 1Il aura suffi d’une interview le 13 février sur Europe 1 pour que Jean-Marc Ayrault mette à nues les raisons véritables de l’abandon en rase campagne de la loi sur la famille. Lorsqu’il affirme très sérieusement à propos de la mobilisation des taxis : « Je ne cède pas à la rue », il faut donner au Premier Ministre acte de ses propos. Mais c’est donc que ce sont d’autres raisons « impérieuses » qui ont présidé à donner gain de cause il y a tout juste 10 jours aux forces réactionnaires de la « Manif pour tous » qui avaient la veille battu le pavé. 

La réponse n’est a priori pas à chercher bien loin. La célérité gouvernementale à servir le Medef et ses affidés n’a d’égal que la détermination du duo Hollande-Ayrault à mettre à terre les syndicats de lutte qui défendent les salariés. Ainsi, ce gouvernement serait un gouvernement de classe au service du Medef. Cela s’est d’ailleurs une fois encore vérifié le 13 février quand Jean-Marc Ayrault a salué les déclarations de Pierre Gattaz qui avait lâché la veille à propos du Pacte de responsabilité : « Je n’exclus pas des engagements chiffrés qui seraient des objectifs à partager sur la base d’estimations ». En une phrase, Gattaz transforme des engagements en objectifs et encore sur la base d’estimations. Sûr qu’il a bien dû rigoler en réfléchissant à cette formule. Mais Ayrault est le Villeret du Dîner de cons : il la prend très au sérieux et considère que cette déclaration va « dans la bonne direction ». Fin de partie pour les contreparties.

Dans le même temps, les syndicats de salariés continuent à subir les foudres du Premier Ministre. On se souvient que le 30 décembre 2013, Jean-Marc Ayrault avait répondu aux injonctions patronales en signant un décret autorisant plus largement le travail le dimanche dans les magasins de bricolage contre l’avis des syndicats. Or le 12 février, patatras ! Les syndicats de lutte qui avaient saisi le Conseil d’Etat ont eu gain de cause. Non seulement le Conseil d’Etat décriait la forme en estimant qu’il « existait un doute sérieux sur la légalité » du décret, mais il considérait aussi que ce décret « est de nature à porter une atteinte grave et immédiate aux intérêts défendus par les organisations syndicales », alors « que le principe d’un repos hebdomadaire est l’une des garanties du droit constitutionnel au repos reconnu aux salariés et que ce droit s’exerce en principe le dimanche ». Perspicace en l’occurrence, le Conseil d’Etat dévoilait au grand jour ce que chacun-e avait perçu dès le début : en plus d’un cadeau au patronat, la volonté de Jean-Marc Ayrault était un mauvais coup visant à torpiller les syndicats de salariés.

Mais puisqu’il s’agit d’une volonté délibérée de l’exécutif, Ayrault, Sapin et autres rabatteurs du patronat ont aussitôt annoncé qu’il n’entendaient se laisser dicter le droit par le Conseil d’Etat et ont donc communiqué sur le fait qu’ « un nouveau décret sera publié dans les plus brefs délais ». Certes le doute n’était pas permis sur le contenu et sur la volonté de passage en force du gouvernement. Et l’est désormais d’autant moins que Jean-Marc Ayrault déclarait dès le lendemain 13 février sur Europe 1 que pour le futur texte, « ce sera la même chose [que l’ancien]. Simplement, il y avait un délai qui avait été fixé de durée de ce décret, c’est ça qu’il faut changer, il n’y aura plus de délai ». Le jugement sur le fond porté par le Conseil d’Etat est purement balayé par le Premier Ministre. Le Conseil d’Etat peut  continuer à parler, le gouvernement n’en a cure, le service du Medef vaut bien quelques infidélités au droit constitutionnel !

Arrivé à ce stade, un bilan s’impose. D’un côté, Ayrault et Hollande répondent favorablement et fissa aux injonctions du Medef (pacte de responsabilité en réponse au pacte de confiance, renoncement à l’écotaxe, recul devant la basse-cour des Pigeons et des Poussins, communion avec la Manif pour tous sur la loi famille…). De l’autre, ils frappent jusqu’à plus soif les syndicats de salariés (retraite, ANI, refus de la loi d’amnistie, travail le dimanche, poursuite politique des Cinq de Roanne…). Pourquoi ?

Se contenter de commenter le ralliement solférinien au social-libéralisme puis au libéralisme le plus assumé n’est pas une réponse en soi. C’est bien sûr le reflet d’une adhésion progressive et devenue entière aux thèses de l’autre camp faute d’avoir été imprégné de la culture et de l’ambition du progressisme, de l’humanisme radical et de l’universalisme. Mais cela ne justifie pas d’un point de vue électoral la nécessité d’humilier les siens car la violence du choc ne peut que les décrocher. C’est donc que Hollande et consorts estiment, conformément aux recommandations de l’excroissance solférinienne qu’est Terra Nova, ne pas pouvoir appliquer leur potion libérale en étant assis pour tout ou partie sur un socle électoral progressiste qu’ils auraient sinon ménagé par certains aspects. Dès lors, il leur faut s’engoncer dans un nouveau fauteuil et traduire leur nouvel eldorado électoral à travers des alliances nouvelles. C’est tout l’objet de l’ouverture au Modem, à l’UDI, à l’ensemble de cette droite « démocrate chrétienne » qui court jusqu’au sein de l’UMP, qui à l’occasion du pacte de responsabilité sont appelés à faire preuve de ladite responsabilité (tiens donc) pour se regrouper sous une bannière commune au nom d’un prétendu intérêt supérieur du pays. Les municipales préfigurent d’ailleurs dans bien des cas ces rapprochements. Paris n’est pas le moindre des lieux de transfuges, le directeur de la communication du Modem ayant encore le 10 février rejoint l’équipe de la candidate solférinienne. Et comme les exilés libéraux de la Révolution qui n’ont rien oublié, Hollande et Ayrault ont tout appris : ils savent que leur renversement d’alliance ne peut se concrétiser qu’en faisant mettre genoux à terre au « petit peuple » pour l’empêcher de nourrir des désirs de révolte et de révolution. Ils s’y emploient.

Voilà ce que Jean-Marc Ayrault a exprimé en l’espace de quelques minutes sur Europe 1 le 13 février. En reconnaissant qu’il ne cédait à la rue non sous la pression mais par l’adhésion, et en pointant du doigt dans le même mouvement ceux qu’il entend pourchasser pour mieux convoler en noces avec la nouvelle mariée, il a dressé le tableau de la recomposition à laquelle il travaille patiemment. Vernissage en mai 2014 ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s