Hollande l’aligné

Hollande ObamaLundi 10 janvier, François Hollande cosignait avec Barack Obama une tribune publiée dans le Washington Post et dans Le Monde. Pour mieux détourner l’attention du fond de ses engagements, François Hollande a fait le choix de vanter à chaque paragraphe  et au risque de la redondance « l’alliance » entre la France et les Etats-Unis. Mais il n’aura échappé à personne que plus qu’une union ou un simple accord, la tribune à quatre mains signe l’aveu de l’alignement de François Hollande sur la politique états-unienne en termes géostratégique, économique et écologique. Et pour gage de cet alignement, François Hollande a été jusqu’à abandonner ce qui faisait la grandeur de la pensée politique et philosophique de la France : son universalisme.

En mathématiques, deux points définissent une droite. C’est l’ajout d’un troisième point sur celle-ci qui définit un alignement. François Hollande est décidément réduit à ce rôle de point rajouté et il y entraîne la France dans son sillage. C’est en effet lui qui en 2012, tout juste arrivé au pouvoir, reprenait à son compte le traité des droites libérales européennes, le traité Merkozy issu de l’alliance pour le coup bien réelle entre la chancelière allemande Angela Merkel et le Président français d’alors Nicolas Sarkozy. L’alignement de François Hollande allait alors jusqu’à faire ratifier en catimini ce traité par le Parlement à l’automne 2012.

Dix-huit mois plus tard, François Hollande remet le couvert en prenant cette fois pied sur la ligne atlantiste tracée par Nicolas Sarkozy « l’américain ». François Hollande revendique lui-même cette filiation. Ainsi, le chef de l’Etat d’appuyer : « Il y a dix ans à peine, peu nombreux étaient ceux qui pensaient que nos deux pays allaient travailler ensemble aussi étroitement dans tant de domaines. Mais notre alliance s’est transformée au cours des dernières années ».

Sarkozy-Bush-Obama-Hollande même combat ? De fait oui pour ce qui est des structures de commandement militaire : « Depuis le retour de la France dans la structure de commandement de l’OTAN, il y a quatre ans, nous avons développé notre coopération à tous les niveaux ». Avant de livrer aux yeux de tous ce qui n’avait échappé à personne : « notre engagement à renforcer constamment le partenariat entre l’OTAN et l’Union européenne ». Voilà l’OTAN rhabillée en force de défense de l’UE !

Si l’OTAN est à ce point mise en avant, c’est pour mieux masquer l’absence de l’ONU dès lors qu’il est question d’ordre international. Hollande et Obama ont beau jeu de déclarer : « Il faut qu’un plus grand nombre de pays prennent leurs responsabilités pour garantir la sécurité et la paix dans le monde et faire progresser la liberté et les droits de l’homme » quand ils refusent à ces pays le cadre pour agir. Les Etats-Unis n’ont jamais rien eu à faire de l’ONU. Et François Hollande s’est aligné sur leurs mauvaises manières en faisant bifurquer la diplomatie française depuis l’intervention au Mali qui n’a pas été décidée sous l’égide de l’ONU. La déclaration bi-présidentielle vaut dès lors seulement incantation.

Sachant parfaitement qu’il abandonne là une nouvelle part de souveraineté nationale, François Hollande prend les devants pour déminer le terrain. Mais c’est pour mieux justifier à la ligne suivante que l’alignement factuel et concret avec les Etats-Unis via l’OTAN et l’UE est la traduction d’un alignement de fond sur les « intérêts » et les « valeurs » : « C’est précisément parce que nos intérêts et nos valeurs sont si proches que nous avons été en mesure de faire franchir un nouveau cap à notre alliance ».

Mais quels sont donc ces « intérêts » et ces « valeurs » que nous avons en partage ?  En premier lieu « une croissance forte, durable et équilibrée ». Bien. Le productivisme donc, nul n’étant en capacité d’expliciter ce que « croissance durable et équilibrée » veut dire. De toute façon peu importe puisque les adjectifs supplétifs disparaissent peu après, quand l’ode au Grand Marché Transatlantique (GMT) rend les présidents extatiques :  « Le partenariat pour le commerce et l’investissement que nous cherchons à mettre en place entre l’Union européenne et les Etats-Unis constitue une vraie opportunité pour tirer parti des millions d’emplois que représentent déjà, de part et d’autre de l’Atlantique, les échanges entre l’UE et les Etats-Unis. Un tel accord créera plus d’échanges, plus d’emplois et plus de possibilités d’exportations, notamment pour les petites entreprises dans nos deux pays. Nos efforts en faveur de la croissance et de la relance de l’économie mondiale disposeraient ainsi d’une base pérenne». Hollande peut faire mine de s’y opposer à Paris, il défend bel et bien le GMT à Washington. Cela mériterait de faire trancher la question par un tribunal d’arbitrage…populaire.

Mais de cela il ne saurait être question. La préservation des intérêts économiques des puissants ne peut que reposer sur leur cloisonnement dans les cénacles de l’oligarchie. C’est pourquoi François Hollande et Barack Obama s’engagent à promouvoir la « stabilité » en agissant « dans des enceintes telles que le G8 et le G20 ». Le gouvernement des puissants en somme. Et naturellement, ce qui fédère dans ce club des riches, c’est la recherche de la compétitivité au sein d’un marché où la concurrence libre et non faussé règne en maîtresse des lieux. François Hollande requalifie pour ce faire la France aux côtés des Etats-Unis « en tant que sociétés valorisant l’esprit d’entreprise ». De 1789, François Hollande n’a retenu ni la philosophie humaniste qui y conduit, ni la quête de l’égalité qui en résulte. Il s’est arrêté au libéralisme économique. L’alignement de Hollande, c’est d’abord celui avec Lafayette !  

Les multinationales n’ont avec François Hollande d’ailleurs pas de souci à se faire. La transition énergétique et écologique notamment sera pour plus tard. Il faut quand même oser s’afficher conjointement avec le président des Etats-Unis, pays qui n’a pas ratifié le protocole de Kyoto, pour affirmer un « leadership en matière de lutte contre le changement climatique » et affirmer progresser « vers une croissance sobre en carbone » ! Pince sans rire, les deux présidents appellent « tous les pays à s’associer à notre recherche d’un accord mondial ambitieux et global pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre par des mesures concrètes » et vont « aider les pays en développement à se vers des sources d’énergie sobres en carbone ». Faites ce que je dis, pas ce que je fais dit Obama, à l’heure où les Etats-Unis comptent plus de 500.000 forages de gaz et huiles de schiste qui interdisent toute transition vers la sortie des énergies carbonées. Faites ce que je dis, pas ce à quoi Montebourg ouvre la voie dit Hollande, à l’heure où le ministre du redressement productif joue à « C’est pas sorcier » en voulant relancer la fracturation avec du fluoropropane plutôt que de l’eau (lequel a un impact sur l’effet de serre 2900 fois supérieur au CO2). D’ailleurs, il a déjà convaincu Fabius…

Le Président du Medef Pierre Gattaz qui accompagne François Hollande dans la délégation officielle aux Etats-Unis, exagère de faire la forte tête lui qui est pourtant si généreusement servi. Mais non, il trouve encore à redire, affirmant ainsi en marge du déplacement à propos du pacte de responsabilité : « Je suis extrêmement libre. Il n’y a pas de contreparties ». Avant de demander une rallonge à François Hollande sur les 30 milliards déjà offerts il y a 15 jours. Après  avoir vu Hollande céder sur la loi famille, Gattaz sait qu’il peut faire monter les enchères.

Ainsi donc, pour une caresse d’Obama, François Hollande a en une tribune abandonné ce qui fait la grandeur de la France : son universalisme et la recherche de la jonction entre la liberté et l’égalité. En s’alignant sur le président états-unien, c’est la politique de la France que François Hollande cherche à aligner sur celle des Etats-Unis. Jusqu’à cette conclusion pathétique où il reprend à son compte : « Comme toujours, l’avenir que nous voulons doit se mériter ». Comme toujours ? Non. Là où le mérite et les devoirs précèdent les droits, ce sont les Etats-Unis, pas la France. L’alignement de Hollande est une déraison et une perdition.  

 

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