Hollande : le renoncement comme arme de recomposition

Hollande Voeux 2013Lundi 3 février, en début de soirée, le gouvernement annonçait le report sine die du projet de loi sur la famille qui n’était pourtant pas encore rédigé. La veille, fidèle à leur héritage, les droites avaient défilé. Et Hollande a cédé. Pourquoi cet « abandon en rase campagne » selon les termes du député écologique Noël Mamère ? Ce nouveau renoncement de François Hollande, parce que justement il s’inscrit dans une trop longue série de replis, ne saurait être vu comme une simple méthode de « gouvernance ». Il traduit au contraire les gages que le Président de la République entend donner à une partie du centre et de la droite pour concrétiser la recomposition vers laquelle convergent tous les trahisons qu’il inflige à la Gauche.

Le recul de François Hollande ne saurait en effet résulter d’une nécessité de répondre à une vague insubmersible de la droite se propageant dans la rue. Pour preuve, ce dimanche, la droite unie autour de son vieux fond catholique a rassemblé environ 3 fois moins de monde que lors de sa précédente « manifestation pour tous ». Existe-t-il un gouvernement qui-fut jamais emporté non par la vague mais par le ressac ? D’ailleurs, reprenant à son compte le tristement célèbre « Ce n’est pas la rue qui gouverne » de Jean-Pierre Raffarin, François Hollande avait ainsi déclaré le 8 janvier 2013 : « On ne fait pas une loi en fonction du nombre de manifestants, sinon ce serait la rue qui gouvernerait ».

François Hollande a d’ailleurs fait la démonstration face à la gauche qui battait le pavé qu’il ne cédait rien à la rue quand il le décidait. Droit dans ses bottes, le Président a ainsi il y a quelques mois traité par le mépris les dizaines de milliers de salariés et de syndicalistes qui se sont mobilisés à plusieurs reprises contre l’accord national interprofessionnel (ANI). Il a affiché son dédain face aux salariés qui dénonçaient sa contre-réforme des retraites. Il a feint de ne pas voir que ces sur les bases mêmes de sa contre-réforme qui rejoignait celle de Sarkozy et Fillon que les salariés avaient été en 2010 plus de 4 millions dans la rue. Il a ignoré les 100.000 personnes qui ont défilé en septembre 2012 contre le traité Merkozy qu’il a pourtant ratifié en catimini. Il a minoré les 180.000 citoyens qui défilaient le 5 mars 2013 pour une 6ème République. Il a rejeté malgré la mobilisation permanente le principe d’une loi d’amnistie des militants syndicalistes, de l’environnement et associatifs. Face à la Gauche, Hollande a toujours su ériger une herse qu‘il s’est fait fort de tenir droite.

Sans doute les « concessions » faites à la Gauche pèseraient-elles dans son calcul beaucoup plus lourd que la bénédiction offerte à la droite la plus réactionnaire. En donnant raison aux partisans de la « Manifestation pour tous », au point que leur présidente Ludovine de La Rochère s’exclamait lundi 3 février « C’est une victoire », François Hollande ne peut ignorer qu’il donne par rebond quitus aux franges les plus radicalisées. Celles qui ont défilé le dimanche 26 janvier à Paris à l’occasion du « Jour de colère », mais aussi à celles (les mêmes) qui, entre-temps, ont lancé l’offensive des « Journées de retrait de l’école » (JRE) contre l’Ecole de la République sous couvert d’une prétendue « théorie du genre ».  Mais ce prix à payer, Hollande l’assume car il participe de la recomposition de la droite légitimiste qu’il laisse aux bons soins de Marine Le Pen.

Ce sur quoi lui se concentre, c’est la recomposition de la droite libérale et orléaniste. Et pour cela, il s’attelle d’abord à cajoler la démocratie chrétienne. La visite papale de François Hollande le 24 janvier valait bénédiction. Le grand dessein de François Hollande se matérialise dans cette recomposition globale de l’échiquier politique dont le centre deviendrait le pivot. Pour ce faire, François Hollande donne des gages pour préparer la future coalition du centre-gauche et des libéraux qu’il a théorisée depuis 30 ans dans les pas d’Antony Giddens. Et rien n’est trop beau pour faire la cour à la future mariée.

Sur le plan économique, c’est bien sûr le Pacte de responsabilité qui a été apporté aux libéraux genoux à terre. Grâce à sa politique de l’offre, grâce aux 65 milliards offerts aux entreprises, grâce à ses coups de boutoir contre la protection sociale, Hollande a été adoubé par ses pairs Borloo, Raffarin et Juppé. Le premier s’est dit dès le 14 janvier « prêt à soutenir », le deuxième disait le 17 janvier dans Le Figaro « Banco » à Hollande quand le troisième interrogeait : « Pourquoi bouder notre plaisir ? ». A dire vrai, la droite libérale avait déjà depuis de longs mois reçu son bristol. Souvenons-nous de la fuite hollandaise devant les « pigeons » et les « poussins », souvenons-nous de l’abandon le 30 décembre du droit au repos dominical par la généralisation du travail le dimanche, souvenons-nous de la hausse de la TVA entrée en vigueur au 1er janvier et qui n’est rien moins que la « TVA sociale » des Sarkozy et autres Bayrou.

Aucune entrave, surtout pas écologique, ne saurait être déployée pour freiner la concurrence libre et non faussée. C’est donc sur la transition énergétique elle-même que le gouvernement entend revenir en vidant le futur projet de loi de sa substance. Coup sur coup, on apprend ainsi que la France devrait maintenir son soutien aux exportations de charbon, filière polluante s’il en est. Quelques jours auparavant, Arnaud Montebourg remontait sur la foreuse pour promouvoir l’exploitation des gaz de schiste par une technique prétendument propre au…propane. Jusqu’au nucléaire pour lequel la taxe sur « les gains financiers du parc nucléaire existant » aurait disparu de la rédaction du projet de loi sur la transition énergétique selon Le journal de l’environnement. Et que dire du démantèlement par le gouvernement de l’Ecotaxe en réponse au démembrement de portiques, tout cela pour satisfaire le lobby droitier du monde agricole des grandes exploitations et de la FNSEA. La droite productiviste peut donc être rassurée, sa hollando-compatibilité est assurée.

C’est aussi dans le champ institutionnel que le gouvernement entend apporter de l’eau au moulin de la droite girondine. François Hollande et Jean-Marc Ayrault avaient beau jeu de lancer en décembre 2013, en breton dans le texte, leur plan d’avenir pour la Bretagne afin de satisfaire la droite locale et son puissant évêché. Depuis, métropoles, regroupements de régions, suppression de départements, France fédérale sont venus compléter le tableau. François Hollande et ses sbires n’ont pas manqué d’annoncer depuis le 14 janvier l’atomisation de la France. Jusqu’à la loi à géométrie variable, ce «pouvoir règlementaire local d’adaptation » promu par François Hollande pour revenir sur l’unité et indivisibilité de la République. La France régionalisée pourra entre de plain-pied dans l’Europe des régions si chère à François Bayrou. Avec François Hollande, la page du gaullisme est tournée. Celle des républicains l’est aussi.

Quand il a peur de ne pouvoir reculer, François Hollande décide de ne pas avancer : ainsi en est-il du droit de vote des résidents étrangers aux élections locales ou des récépissés pour éviter les contrôles policiers au faciès. Diable, et s’il trouvait une majorité ! Mais le lancement de projets politiques et leur brusque interruption sont quand même des signaux plus actifs envoyés à la droite que la simple inaction. Il faut faire un pas en avant pour feindre d’avoir été repoussé. C’est toute la « pantalonnade » dénoncée par le député EE-LV Sergio Coronado (Le Parisien-Aujourd’hui en France du 4 février), à ceci près qu’elle est savamment calculée. Car François Hollande n’avance que pour mieux attraper la main du camp opposé.

A dire vrai, la filiation date déjà et est régulièrement rappelée. Il y a 6 ans jours pour jours était adopté le traité de Lisbonne. La Droite avait alors pu compter sur la bienveillance socialiste. 17 parlementaires PS avaient en effet voté pour et 93 s’étaient abstenus, dont Jean-Marc Ayrault alors président du groupe à l’Assemblée nationale et … François Hollande, 1er secrétaire du Parti Socialiste.  C’est donc d’abord sur l’Europe, après le TCE de 2005, que François Hollande a réussi à faire tomber le clivage gauche/droite. C’est encore sur l’Europe qu’il entend concrétiser la recomposition au lendemain de la débâcle électorale à venir du mois de mai, quand il proposera un gouvernement de coalition voire d’union nationale, comme c’est désormais devenu la règle en Europe pour les partis dits socialistes rattachés à l’internationale du même nom. Jusqu’à l’Allemagne qui se dotait il y a quelques semaines d’un gouvernement d’union entre le SPD et … la démocratie chrétienne.

C’est tout l’objet du réceptacle idéologique que François Hollande construit méthodiquement et sans dévier depuis le 6 mai 2012 et dont l’abandon du projet de loi sur la famille n’est finalement qu’un nouvel avatar.

Un commentaire sur “Hollande : le renoncement comme arme de recomposition

  1. Danièle Dugelay dit :

    Merci pour cet inventaire qui rafraîchit la mémoire, ainsi que pour la synthèse qui éclaire bien la situation actuelle.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s