Pour la « France fédérale », Hollande lâche ses fauves sur la République

Source gallica.bnf.frFrançois Hollande a lâché ses fauves sur la République : Huchon, Lebranchu, Rousset, c’est à celui qui arrachera le premier le plus grand morceau de Marianne. Les vieux girondins décomplexés s’en donnent à cœur joie et croient tenir le temps de la revanche, eux qui, en bons libéraux, n’ont jamais digéré l’affront de 1793 et la mise en place d’une République Une et indivisible. Le premier appelle à un « Etat fédéral », la deuxième abandonne la décentralisation pour la « régionalisation », le troisième tire les ficelles de « l’adaptation des lois ». En deux semaines, Hollande et sa meute ont tenté de défaire ce que deux siècles de construction avaient patiemment réussi à forger.

 

On se souvient en effet des vœux à la presse du Président de la République quand, le 14 janvier dernier, il avait profité de la présentation du « pacte de responsabilité » pour abattre le pilier républicain qu’est la protection sociale et annoncer un « big bang » institutionnel. Le regroupement de régions, la suppression de département et la mise en place d’un « pouvoir réglementaire local d’adaptation» attribué aux régions étaient annoncés.

 

Pour dompteur qu’il soit, le Président avait naturellement commencé petit et demandé au cobaye Ayrault de courir le premier dans la roue en se positionnant 48h après pour la suppression des départements de la petite couronne (92, 93, 94). La ministre Duflot, rarement la dernière quand il s’agit d’attraper un sucre, est quant à elle passée aux travaux pratiques avec célérité en relançant la structure d’un aménageur unique pour l’Ile-de-France, préfigurant ainsi le passage des compétences aménagement et logement à la métropole Grand Paris.

 

Mais mardi 28 janvier, changement de cage, changement de bêtes. C’est Jean-Paul Huchon, Président de la région Ile-de-France, qui se fendait d’une tribune dans Les Echos et affirmait : « Nous devons nous diriger vers un Etat fédéral ». Pour celles et ceux qui n’auraient pas compris le sens du cadrage présidentiel du 14 janvier, Jean-Paul Huchon de préciser : « On aurait tort de n’en retenir que quelques mesures techniques, car il pose en vérité, de façon claire et cohérente, les jalons d’un modèle fédéral à la française ». Et dès lors de s’essayer à la réécriture historique pour éliminer le peuple et la souveraineté populaire : « Dans un pays comme le nôtre, où l’Etat fit la nation, et non la nation l’Etat ». Ainsi donc, pour Jean-Paul Huchon, la nation (sans majuscule) se borne à être la résultante d’une construction institutionnelle, un contenant dans lequel se serait déversé le peuple. On comprend mieux avec cette conception le mépris solférinien pour un peuple aliéné et sous la tutelle des grands commis de cet Etat patriarche. En bon girondin, Jean-Paul Huchon a une vision aristocratique de l’exercice du pouvoir et le peu de cas qu’il fait de l’intérêt général le fait glisser dans la catégorie oligarchique comme nous l’enseigne Aristote.

 

C’est parce qu’il refuse la Nation (en majuscule) en tant que corps politique que Jean-Paul Huchon est prêt à rompre avec Loi comme « expression de la volonté générale » (Rousseau). Au contraire, pour Jean-Paul Huchon, c’est « en privilégiant le contrat à la loi partout où c’est possible, [que] nous pouvons tirer le meilleur de la dynamique allemande, en nous rapprochant d’un modèle fédéral ». Et pour mieux adapter la loi aux territoires, Jean-Paul Huchon propose de re-répartir les compétences : l’Etat se contenterait d’une part seulement de ses missions régaliennes (« Laissons l’Etat se concentrer sur ses premières missions, à commencer par la sécurité, la solidarité et la justice ») quand les régions se verraient transférer « transports, aménagement, environnement », mais aussi « l’éducation et la formation, l’entreprise ainsi que l’innovation sous toutes leurs formes » ! Vous ne rêvez pas, avec Jean-Paul Huchon, c’en est fini de l’Education Nationale ! Pire, ce qu’il décrit, c’est le passage de la formation initiale et continue dans les mains des régions au moment même où celles-ci seraient en charge du développement économique et soumises à la mise en concurrence au service de la compétitivité économique ! Et le Président de la région Ile-de-France de mettre les pattes sur le tabouret pour affirmer son offre de services : « Je suis prêt à donner à mon tour des preuves tangibles de ma confiance et à poser avec le gouvernement les premières pierres d’un modèle fédéral à la française ».

 

Le gouvernement justement n’a pas tardé à miauler en écho. C’est la ministre de la Réforme de l’Etat, de la décentralisation et de la fonction publique, Marylise Lebranchu, qui déclarait mercredi 29 janvier à propos de la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles qui venait d’être promulguée : « Il s’agit d’une première étape vers la régionalisation ». Finie donc la décentralisation, bienvenue dans la régionalisation ! D’ailleurs, les deux volets de l’Acte 3 qui étaient prévus pour 2014 à savoir la « mobilisation des régions pour la croissance et l’emploi et de promotion de l’égalité des territoires » et le «développement des solidarités territoriales et de la démocratie locale » sont écartés et inclus dans le projet de loi global qui sera présenté dès le mois d’avril en conseil des ministres conformément au souhait du Président de la République. Celles et ceux qui pariaient sur une mise en oeuvre laborieuse et à pas feutrés sont obligés de constater que le gouvernement va bel et bien passer en force et que, notamment pour le Grand Paris, il va s’efforcer de tenir l’échéance de 2016 pour éradiquer les départements de petite couronne. 

 

Mais il en manquait un pour asséner ses sempiternels coups de griffes. Alors pour ne pas être en reste, Alain Rousset, président de l’Association des régions de France (ARF) et grand ordonnateur du détricotage du cadre républicain qui unifie la République, a dans la foulée vendu la mèche le 29 janvier à l’occasion de ses vœux à la presse : «C’est une petite révolution qui semble se préparer avec l’Acte 3 de la décentralisation ». En bon libéral, preuve est faite qu’il n’a rien oublié et n’a toujours pas digéré la révolution –la Grande, pas sa petite- 220 ans après. Et après avoir exprimé son accord avec Jean-Paul Huchon sur la perspective d’une « France fédérale », Alain Rousset remettait sur l’atelier le cœur du dispositif : « le pouvoir réglementaire » des régions, cette loi à géométrie variable dont il se fait le chantre depuis des années.   

 

Avec Hollande les prédateurs se font charognards. Excités par la perspective de leurs baronnies locales au cœur d’une France fédérale, ils dépècent la République.  Et puisqu’avec Hobbes ils considèrent que « l’homme est un loup pour l’homme » d’où ils tirent cette idée réactionnaire que la Nation procèderait de l’Etat, alors gageons qu’à la prochaine étape ils vont s’entretuer et laisser la France en charpie. Ce qui est bien le pire qui puisse arriver quand rôde l’ombre de la bête immonde. Les fauves sont lâchés mais c’est encore le dompteur qui tient le fouet. Les prochaines échéances électorales nous donnent l’occasion de le désarmer. Et puis qui sait, il pourra toujours se reconvertir en équilibriste sur un scooter ou faire des acrobaties.

2 commentaires sur “Pour la « France fédérale », Hollande lâche ses fauves sur la République

  1. Danièle Dugelay dit :

    Si je peux donner un conseil aux lecteurs de cet article, c’est d’écouter Jean Ferrat chanter « Ma France ». La Nation y est toute entière exprimée.

  2. hors les murs dit :

    C’est un veritable plaisir passez a lire ce billet, je vous remercie enormement !!!

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