Du Bourget à la politique de l’offre : Putain, deux ans !

sans-titre (2)Comme souvent le calendrier fait foi. C’est bien le 21 janvier que François Hollande lancera officiellement son « pacte de responsabilité » par une réunion ministérielle immédiatement suivie de ses vœux aux « acteurs de l’économie et de l’emploi ». Encore un concours de risette en perspective entre le Président de la République et le Medef. Le lendemain, c’est conseil ministériel sur la décentralisation et le 23 janvier conseil stratégique de la dépense publique. Voilà comment François Hollande entend célébrer le deuxième anniversaire du discours du Bourget : par la mise en œuvre dans tous les champs des atrocités énoncées lors de sa conférence de presse du 14 janvier. « Mon véritable adversaire, c’est la finance » ? Mon oeil !

Reprenons et complétons l’agenda présidentiel pour étayer le propos. Aujourd’hui, Hollande est en Hollande. Au cours de la conférence de presse commune avec son « ami Mark Rutte », François Hollande a reçu un bon point de la part du très libéral Premier Ministre néerlandais qui a fait part de son « appréciation de la vision et des réformes économiques présentés par François Hollande la semaine dernière». Pour mémoire, Mark Rutte est le chef du Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD). Ancien responsable des ressources humaines chez Unilever (tout un programme), il s’est fait le chantre à Droite de l’orthodoxie budgétaire austéritaire et du durcissement de la politique migratoire. En tête mais minoritaire lors des élections législatives de 2012, il est désormais à la tête d’un gouvernement d’union avec les travaillistes. Tiens, tiens…Revoilà François Hollande qui marque son intérêt pour ses amis de tous bords qui s’essayent à faire converger leur idéologie commune en pratique du pouvoir. Tout rapprochement avec la disponibilité énoncée lundi 20 janvier par Jean-Louis Borloo sur France-Inter pour participer au pacte de responsabilité, ou avec les satisfecit des Juppé ou autres Raffarin est bien sûr nul et non avenu. Ou pas….

Voilà en tout cas François Hollande rodé pour entendre les gloussements de bonheur du Medef le lendemain 21 janvier lors des vœux présidentiels aux « acteurs de l’économie et de l’emploi ». Tout juste le service d’ordre doit-il être sollicité pour éviter les débordements de joie du Medef qui n’a de cesse de revendiquer depuis le 31 décembre la paternité dudit pacte. Encore vendredi 17 janvier fallait-il la Une du Monde pour que Pierre Gattaz se félicite d’avoir été à ce point suivi. Entre Hollande et le Medef, ce n’est pas juste de la gratitude, c’est un adoubement ! Et le banquet de ne plus en finir. Dimanche 19 janvier, sur Radio J, Pierre Moscovici, ministre des finances, se contenter d’évoquer à propos des contreparties imposées au patronat « l’emploi des jeunes, la qualité de l’emploi et la localisation des sites productifs ». Exit donc les « objectifs chiffrés d’embauches » qui auront donc tenu cinq jours !

Et la lune de miel entre Hollande et le Medef ne devrait pas se démentir le lendemain 22 janvier puisque le projet de loi sur la formation professionnelle sera présenté en conseil des ministres. Mal formé le salarié serait pour le gouvernement le responsable de son chômage. Pendant ce temps, le Medef et les actionnaires qu’ils défendent ont beau jeu de se dédouaner de leur responsabilité. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la CGPME appelle quant à elle à ne pas ratifier l’accord. Ce projet de loi a comme seule boussole la compétitivité. Il s’agirait d’orienter la formation professionnelle pour « dynamiser la compétitivité des entreprises (…) Le niveau et l’évolution des compétences des salariés sont un levier déterminant de la compétitivité des entreprises ». Complément indispensable de l’ANI, le projet de loi sur la formation professionnelle poursuit le démantèlement du code du travail. Cet accord détruit l’obligation de l’employeur, définie par l’article L.6321-1 qui stipulait que « l’employeur assure l’adaptation des salariés à leur poste de travail ». Avec l’ANI et le compte personnel de formation, ce sera le salarié lui-même qui aura la charge de sa formation. Pendant ce temps, le patronat non seulement ne s’engage à aucune embauche mais c’est lui qui surveille la formation : « L’entreprise définit avec le salarié, avant son départ en formation, la nature des engagements auxquels elle souscrit, si l’intéressé suit avec assiduité la formation et satisfait aux évaluations prévues ».  Au passage, le texte achève la décentralisation aux régions des compétences qui appartenaient à l’Etat en matière de formation professionnelle et d’apprentissage.

Avant cela, il aura été certainement été question le même jour, lors de la réunion ministérielle sur la décentralisation programmée à 8h30, de fusion des régions, de suppressions de départements, d’installation de métropoles vampires…En refondant la carte républicaine pour l’adapter aux règles de la compétitivité, François Hollande en aura à coup sûr profité pour réaffirmer son credo dans la loi à géométrie variable qu’il entend imposer au travers d’un « pouvoir réglementaire local d’adaptation » des régions. Ça tombe bien, c’est le même jour que le PS dépose une proposition de loi constitutionnelle pour ratifier la charte des langues régionales. Bêtement, j’avais pour ma part coché sur mon calendrier la date du 27 janvier qui sera le 220ème anniversaire célébrant le moment où le français est devenu la langue obligatoire dans tous les actes publics. Vous me direz que de l’eau a coulé sous les ponts puisque désormais le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault n’a rien trouvé de mieux en décembre que de s’adresser au peuple en breton et de faire traduire et adopter le plan d’avenir pour la Bretagne dans cette langue. Décadence républicaine de responsables qui n’en ont plus que le titre…

Enfin jeudi 23 janvier, pour boucler la boucle de sa conférence de presse, François Hollande présidera un conseil stratégique de la dépense publique. L’occasion pour lui de réaffirmer sans doute sa volonté de faire monter les coupes dans les dépenses publiques à 65 milliards d’ici à 2017 pour mieux répercuter dans les poches du patronat les « économies » réalisées sur le dos du peuple. Moins d’investissements publics et moins de service public sont au programme puisque comme le déclarait François Hollande le 7 janvier lors de ses vœux aux corps constitués, l’Etat serait « trop lourd, trop lent, trop cher ». L’occasion aussi sans doute de continuer à serrer un peu plus le nœud coulant passé à la gorge des collectivités locales pour mieux leur imposer sa loi austéritaire. Hasard du calendrier, c’est le moment où sera examinée à l’Assemblée nationale la proposition de loi du groupe Front de Gauche visant à nationaliser les sociétés d’autoroutes. Hors de question pour le gouvernement, qui a prolongé à 2033 en moyenne la fin des concessions dont disposent les groupes Vinci, Eiffage et Albertis. De quoi leur permettre de conforter allègrement leurs très substantiels profits : plus de 2 milliards d’euros de bénéfices net pour un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros en 2012. Et en 2030, on devrait approcher des 10 milliards annuels ! Pas sûr que François Hollande évoque donc lors de ce conseil stratégique les 18 milliards d’euros de manque à gagner pour l’Etat d’ici à vingt ans du fait de ce nouveau cadeau aux multinationales amies du pouvoir.

Le calendrier est riche d’enseignements. Et ce qu’il en ressort deux ans exactement après le discours du Bourget, c’est que les deux bougies anniversaires de François Hollande ressembleront plutôt pour le peuple à deux oreilles de cocu.

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